Stefano Bartolini et Francesco Sarracino Heureux pour combien de temps ? Comment le capital social et la croissance économique influencent le bien-être subjectif .

Quels sont les éléments qui permettent de prédire l’évolution du bien-être subjectif ? Dans cet article, nous mettons en lien les évolutions du bien-être subjectif avec celles du capital social et du PIB. Nous montrons qu’à moyen ainsi qu’à long terme, le capital social est un bon prédicteur du bien-être subjectif. À court terme, cette corrélation est moins évidente, les variations du capital social ne permettent de prédire qu’une faible partie de celles du bien-être subjectif. Le PIB suit le mouvement inverse, confirmant ainsi le paradoxe d’Easterlin : le PIB est corrélé de façon plus forte au bien-être à court terme qu’à moyen terme, tandis qu’à long terme cette corrélation disparaît.

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Thomas Seguin. Autour d’une société des affects positifs

L’attention grandissante portée à la notion de bien-être, et de bonheur, provient sans nul doute d’une nouvelle conceptualisation de la pensée de la croissance. Progressivement la croissance post-matérialiste se substitue à la croissance matérialiste en ce que les déterminants qualitatifs et subjectifs de l’individualité deviennent prépondérants. Néanmoins, il ne faudrait pas non plus réitérer une vision cumulative simplement individualiste qui a été celle de la croissance mesurée de manière matérialiste, il conviendrait en effet de prendre en compte le bonheur d’un individu pris dans un environnement plus ample d’interactions sociales. Situer le bonheur individuel en fonction des interactions sociales dans une réalisation du bonheur collectif constitue probablement un des défis majeurs d’une pensée du bonheur, reposant ainsi la vieille thématique sociologique de l’harmonie entre le milieu social et l’individu, ou plus proche de nous celle de l’émancipation. C’est en termes de « rapport » que nous pouvons imaginer une société du bonheur en suivant notamment les enseignements de Spinoza, Deleuze et Foucault. L’individu n’existe en effet que dans un rapport avec son environnement élargi. Mais comment savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais dans ces rapports aux êtres et aux choses ? Il s’agit de cheminer par la théorie des affects vers une adéquation ontologique du soi au rapport, comme un pont entre l’ordre individuel, intime et collectif. C’est ainsi que nous pouvons délimiter les synergies ou notions communes, qui sont autant d’indicateurs du politique et de la régulation sociale. Cette éthique du rapport nous aide à conceptualiser les affects positifs, ferments d’un sentiment de confiance. La connaissance même des affects de joie et de tristesse permet de transiter vers une définition du bonheur. Au fond la nature même de cette définition requiert de reposer la question de l’ontologie humaine. Mais l’ontologie qui émergerait à partir de tous ces ajustements relatifs ne saurait correspondre à une conception absolue du bonheur, elle donnerait cependant des clés pour saisir sa dimension qualitative au plus proche des relations humaines. Il importe donc de tracer la méthodologie qui nous permette de poser cette question dans une vision globale de la société.

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Yankel Fijalkow. Du confort au bonheur d’habiter

Cet article se propose de déconstruire la notion de confort à l’aune de celle, plus subjective, du bonheur d’habiter. Dans une perspective socio-historique, il s’attache à identifier les valeurs de l’habitat de manière à les détacher de la question des équipements domestiques et à rendre compte des différentes situations de vulnérabilité résidentielle vécues en France aujourd’hui. De cette réflexion émerge un élargissement des enjeux politiques de l’habiter.

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Sarah Flèche. Le bonheur au cours de la vie

Comment le bonheur évolue-t-il au cours de la vie ? Quelle est l’influence des conditions prévalant en début de vie sur le bonheur futur ? Les études empiriques sur le bonheur ont mis en avant plusieurs déterminants de la satisfaction dans la vie : le revenu, l’état de santé, les relations sociales, le statut dans l’emploi, etc. Toutefois, la plupart des travaux sur le sujet ont échoué à prendre en compte une dimension de long terme. L’étude des données de cohortes, qui assurent le suivi des mêmes individus de leur naissance à l’âge adulte, permet de fournir de premiers éléments de réponse. L’analyse révèle que : 1) le bonheur à l’âge adulte dépend significativement du contexte familial prévalant dans l’enfance, 2) l’influence des conditions de vie initiales sur le bonheur à l’âge adulte ne s’estompe pas au cours du temps et 3) la part de variance du bonheur expliquée par les conditions prévalant en début de vie reste relativement faible. Cet article présente les principaux résultats de l’ouvrage The Origins of Happiness, écrit en collaboration avec Andrew Clark, Richard Layard, Nattavudh Powdthavee et George Ward.

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Édito

Tour à tour objet moral, philosophique et politique, le bonheur est devenu, depuis les années 1950, un objet scientifique, notamment sous l’influence de psychologues américains (Gurin, Veroff, Feld, Cantril, etc.), qui prennent en compte l’autopositionnement des patients sur une échelle de bien-être. Ce changement de paradigme s’appuie sur des évolutions importantes de société. En effet, si les améliorations scientifiques modifient en profondeur les sociétés, elles ne le font pas de manière autonome ; elles sont elles-mêmes largement tributaires des sociétés qui les voient naître. Ainsi, cette impulsion scientifique ne surgit pas ex nihilo ; si elle influence et renforce les tendances sociétales sous-jacentes, elle naît aussi dans les interstices créés par l’émiettement progressif des carcans nationaux, familiaux et religieux. À une conception a priori (et donc normative) des conditions du bien-être humain se substitue alors progressivement l’idée selon laquelle l’individu est le seul détenteur des clés de son propre bien-être ainsi que de son évaluation.

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L’économie du bonheur. Qu’attendre de racines oubliées ? Philippe d’Iribarne

Quand, après avoir consacré bien des années de recherche (pour l’essentiel entre 1967 et 1975) à l’économie du bonheur et s’être tourné ensuite vers de tout autres champs, on reçoit des échos du renouveau contemporain des travaux consacrés à cette économie du bonheur, le premier sentiment est une grande satisfaction devant cette renaissance, avec l’avancée des idées dont elle est porteuse. Puis, des interrogations surgissent. Comment se fait-il qu’une étrange amnésie paraisse avoir fait disparaître dans une sorte de trou noir les recherches menées avant que ne débute une histoire officielle ? Peut-on tirer des enseignements encore utiles de ces premières recherches et en particulier des problèmes qu’elles ont rencontrés ? L’approche comparative des formes de vivre ensemble qui coexistent sur la planète (mon champ actuel de recherches) pourrait-il éclairer certaines des questions que rencontre l’économie du bonheur [1]?

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Vers une géographie du bien-être. Antoine Bailly

Le livre « La géographie du bien-être » a été publié un peu trop tôt (1981) pour le public francophone, habitué aux indicateurs économiques et financiers tel que le PIB. Retravaillé en 2014, il répond à une prise de conscience de la nécessité de dépasser la mesure de la qualité de vie pour celle plus subjective du bien-être. Cet article en retrace l’histoire et en montre les difficultés.

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Faire l’histoire du bonheur. Rémy Pawin

À première vue, le champ de recherche récent sur les sciences du bonheur pourrait se passer des services de la discipline historique. De fait, son objectif est plutôt l’étude du bonheur aujourd’hui, avec en horizon l’amélioration du bien-être des citoyens. Dès lors, la question se pose de savoir quelle pourrait être l’utilité de l’historien dans les sciences du bonheur. L’objet de cet article est de montrer que la perspective et les méthodes propres à l’histoire peuvent permettre de mieux comprendre l’objet et d’entamer un dialogue fécond avec les autres disciplines. Ainsi posera-t-on trois questions : en quoi l’historien peut-il être utile aux sciences du bonheur ? Comment peut-on faire l’histoire du bonheur ? Quels peuvent en être les résultats ? Chacune des parties de l’article se chargera de répondre à ces problématiques.

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L’angle mort de la sociologie. Ruut Veenhoven

Les études empiriques sur le bonheur ont mis en avant que a) la plupart des gens étaient heureux dans les sociétés modernes, b) le niveau moyen de bonheur augmentait c) les inégalités de bonheur diminuaient d) le bonheur dépendait fortement du type de société dans lequel on vit et e) assez peu de la place relative au sein de cette société. Ces résultats ont été largement ignorés par la sociologie. Il y a plusieurs raisons à cela. L’une est un biais professionnel : la plupart des sociologues sont payés à étudier les problèmes sociaux et ont du mal à concevoir que des gens puissent s’épanouir. Une autre raison est idéologique : de nombreux sociologues portent un regard critique sur les sociétés modernes et imaginent difficilement que des personnes puissent s’y sentir bien. Enfin, certaines théories sociologiques ne se prêtent pas bien à l’étude du bonheur, en particulier les théories cognitives qui impliquent que le bonheur n’est que relatif. Ces théories et leurs limites sont discutées dans cet article.

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L’économie du bonheur, nouveau paradigme ou phénomène de mode? Bachir Lakhdar

L’économie du bonheur est-elle un nouveau paradigme en sciences sociales ou est-elle tout simplement un phénomène de mode ? Nous entendons par paradigme un ensemble d’idées communément admises par la communauté scientifique à un moment donné. Cette vision du monde doit satisfaire à des conditions de forme et à des conditions de fond. A l’inverse, le phénomène de mode peut être perçu comme un bourdonnement temporaire. Pour répondre à la question posée, nous revenons au champ disciplinaire qu’est l’économie et à ses thuriféraires que sont les économistes. Parler de bonheur en économie c’est revenir au lien ancien qui existe entre économie et richesse et indirectement entre richesse et bonheur. L’économie en tant que discipline scientifique s’est construite à partir de ce lien. Cependant nous comprenons, intuitivement, que le lien existant entre richesse et bonheur est insuffisant et renvoie à de nombreuses questions très stimulantes et parfois très complexes. Cet article se propose davantage de poser ces questions que d’y répondre.

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