Édito

Tour à tour objet moral, philosophique et politique, le bonheur est devenu, depuis les années 1950, un objet scientifique, notamment sous l’influence de psychologues américains (Gurin, Veroff, Feld, Cantril, etc.), qui prennent en compte l’autopositionnement des patients sur une échelle de bien-être. Ce changement de paradigme s’appuie sur des évolutions importantes de société. En effet, si les améliorations scientifiques modifient en profondeur les sociétés, elles ne le font pas de manière autonome ; elles sont elles-mêmes largement tributaires des sociétés qui les voient naître. Ainsi, cette impulsion scientifique ne surgit pas ex nihilo;si elle influence et renforce les tendances sociétales sous-jacentes, elle naît aussi dans les interstices créés par l’émiettement progressif des carcans nationaux, familiaux et religieux. À une conception a priori (et donc normative) des conditions du bien-être humain se substitue alors progressivement l’idée selon laquelle l’individu est le seul détenteur des clés de son propre bien-être ainsi que de son évaluation.

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L’économie du bonheur. Qu’attendre de racines oubliées ? Philippe d’Iribarne

Quand, après avoir consacré bien des années de recherche (pour l’essentiel entre 1967 et 1975) à l’économie du bonheur et s’être tourné ensuite vers de tout autres champs, on reçoit des échos du renouveau contemporain des travaux consacrés à cette économie du bonheur, le premier sentiment est une grande satisfaction devant cette renaissance, avec l’avancée des idées dont elle est porteuse. Puis, des interrogations surgissent. Comment se fait-il qu’une étrange amnésie paraisse avoir fait disparaître dans une sorte de trou noir les recherches menées avant que ne débute une histoire officielle ? Peut-on tirer des enseignements encore utiles de ces premières recherches et en particulier des problèmes qu’elles ont rencontrés ? L’approche comparative des formes de vivre ensemble qui coexistent sur la planète (mon champ actuel de recherches) pourrait-il éclairer certaines des questions que rencontre l’économie du bonheur [1]?

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Vers une géographie du bien-être. Antoine Bailly

Le livre « La géographie du bien-être » a été publié un peu trop tôt (1981) pour le public francophone, habitué aux indicateurs économiques et financiers tel que le PIB. Retravaillé en 2014, il répond à une prise de conscience de la nécessité de dépasser la mesure de la qualité de vie pour celle plus subjective du bien-être. Cet article en retrace l’histoire et en montre les difficultés.

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Faire l’histoire du bonheur. Rémy Pawin

À première vue, le champ de recherche récent sur les sciences du bonheur pourrait se passer des services de la discipline historique. De fait, son objectif est plutôt l’étude du bonheur aujourd’hui, avec en horizon l’amélioration du bien-être des citoyens. Dès lors, la question se pose de savoir quelle pourrait être l’utilité de l’historien dans les sciences du bonheur. L’objet de cet article est de montrer que la perspective et les méthodes propres à l’histoire peuvent permettre de mieux comprendre l’objet et d’entamer un dialogue fécond avec les autres disciplines. Ainsi posera-t-on trois questions : en quoi l’historien peut-il être utile aux sciences du bonheur ? Comment peut-on faire l’histoire du bonheur ? Quels peuvent en être les résultats ? Chacune des parties de l’article se chargera de répondre à ces problématiques.

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L’angle mort de la sociologie. Ruut Veenhoven

Les études empiriques sur le bonheur ont mis en avant que a) la plupart des gens étaient heureux dans les sociétés modernes, b) le niveau moyen de bonheur augmentait c) les inégalités de bonheur diminuaient d) le bonheur dépendait fortement du type de société dans lequel on vit et e) assez peu de la place relative au sein de cette société. Ces résultats ont été largement ignorés par la sociologie. Il y a plusieurs raisons à cela. L’une est un biais professionnel : la plupart des sociologues sont payés à étudier les problèmes sociaux et ont du mal à concevoir que des gens puissent s’épanouir. Une autre raison est idéologique : de nombreux sociologues portent un regard critique sur les sociétés modernes et imaginent difficilement que des personnes puissent s’y sentir bien. Enfin, certaines théories sociologiques ne se prêtent pas bien à l’étude du bonheur, en particulier les théories cognitives qui impliquent que le bonheur n’est que relatif. Ces théories et leurs limites sont discutées dans cet article.

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L’économie du bonheur, nouveau paradigme ou phénomène de mode? Bachir Lakhdar

L’économie du bonheur est-elle un nouveau paradigme en sciences sociales ou est-elle tout simplement un phénomène de mode ? Nous entendons par paradigme un ensemble d’idées communément admises par la communauté scientifique à un moment donné. Cette vision du monde doit satisfaire à des conditions de forme et à des conditions de fond. A l’inverse, le phénomène de mode peut être perçu comme un bourdonnement temporaire. Pour répondre à la question posée, nous revenons au champ disciplinaire qu’est l’économie et à ses thuriféraires que sont les économistes. Parler de bonheur en économie c’est revenir au lien ancien qui existe entre économie et richesse et indirectement entre richesse et bonheur. L’économie en tant que discipline scientifique s’est construite à partir de ce lien. Cependant nous comprenons, intuitivement, que le lien existant entre richesse et bonheur est insuffisant et renvoie à de nombreuses questions très stimulantes et parfois très complexes. Cet article se propose davantage de poser ces questions que d’y répondre.

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Psychologie positive, entre plaidoyer pour le bonheur et orientation scientifique. Charles Martin-Krumm & Antonia Csillik

La psychologie positive est une discipline qui a le vent en poupe. Pourtant, derrière la littérature foisonnante qui lui est consacrée, il est parfois difficile de s’y retrouver, avec d’un côté un certain oubli de ce qui existait avant la psychologie positive et de l’autre, des assaillants plus soucieux de la critiquer que de voir ce qu’elle revêt réellement, lui reprochant par exemple un déni de la souffrance. Cet article tente d’esquisser un chemin entre amnésie du passé et critique sans fondement afin de comprendre ce qui se cache derrière le terme de psychologie positive, la situation actuelle en Europe et notamment en France. Plusieurs articles empiriques portant sur le sujet sont présentés afin d’étayer les propos. En conclusion, il s’agit d’un nouveau courant de pensée qui propose une compréhension scientifique plus complète et « équilibrée » de l’expérience humaine, en s’évertuant à l’examiner sous toutes ses facettes et qui se nourrit des auteurs précédents notamment de la psychologie humaniste, tout en apportant des éléments nouveaux et novateurs, testé à la lumière d’un empirisme rigoureux, avec des méthodologies robustes.

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Le bonheur est-il miscible dans la (neuro)science ? Jacques Fradin et Camille Lefrançois-Coutant

Le présent article propose un certain nombre d’hypothèses concernant les processus participant aux capacités d’accès d’un individu au bonheur. En effet, le bonheur est susceptible d’être généré par plusieurs types de mécanismes et substrats neuropsychologiques ne s’excluant pas les uns des autres. Ceux-ci induiraient des composantes du bonheur que l’on pourrait qualifier d’instinctives, émotionnelle et adaptative. Cette conception à plusieurs facettes explique en partie la difficulté qu’ont les scientifiques à délimiter et définir l’objet du bonheur. Malgré cette contrainte, les perspectives suggérées dans cet écrit se voient appuyées par un certain nombre d’écrits scientifiques dans le domaine de la biologie, des neurosciences et d’observations et de pratiques en développement personnel ou en psychothérapie. Les neurosciences apparaissent alors comme un moyen potentiel d’objectiver le vécu de bonheur. Il est à noter que les auteurs ont davantage rédigé cet article en tant que praticiens qu’en tant que chercheurs, bien que les hypothèses qui y sont formulées soient d’abord issues de leurs propres recherches scientifiques et observations cliniques.

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Les paradoxes du bonheur. Jacques Lecomte

L’hédonisme est souvent lié au bien-être immédiat de la personne, tandis que l’eudémonisme est davantage associé à la conscience d’un sens à la vie sur le plus long terme. Toutefois, alors que l’opposition hédonisme-eudémonisme est généralement formulée de manière assez catégorique en philosophie, plusieurs chercheurs en psychologie soulignent la complémentarité de ces deux approches de l’existence. Le présent article explore les complémentarités de concepts souvent opposés.

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Kaléidoscope*. Gaël Brulé

* Le kaléidoscope est une partie dont le but est de croiser les regards des articles rédigés dans le numéro. Elle est rédigée par les membres du comité de rédaction de Sciences & Bonheur, et est donnée à relire aux auteurs pour s’assurer que le texte ne déforme pas leurs propos ou leur pensée.

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