Le Sumak Kawsay ou le bien-vivre de la cosmovision andine, un modèle de développement axé sur le bonheur | Olivia Giordano

Sumak Kawsay, or Buen Vivir in the Andean worldview: A development model centered on happiness

Résumé

Et si le bonheur venait simplement d’un rapport équilibré entre l’humain et le non-humain ? Dans la cosmovision andine des peuples quechua et aymara, il existe un concept qui désigne la vie harmonieuse que tout humain devrait suivre : le bien-vivre (« buen vivir ») ou sumak kawsay en langue quechua. Il propose une vision intégrale de la vie où les éléments composant le monde sont en équilibre et entretiennent des liens de réciprocité. Ce concept est né d’un mouvement autochtone qui s’est opposé à un modèle de développement loin de leurs réalités et auquel ils ont peu participé. Le contexte des régimes progressistes sud-américains a poussé les peuples autochtones à proposer la vision d’un avenir politique inclusif, basé sur le dialogue interculturel : la poursuite d’un développement alternatif éloigné de la conception occidentale du développement. En Équateur, il se conçoit comme un droit constitutionnel, les droits du bien-vivre, tandis qu’en Bolivie, il englobe un ensemble de valeurs qui permettent de « bien-vivre ensemble ». Ce concept résonne pertinemment avec les enjeux écologiques et culturels d’aujourd’hui, ce qui fait de lui un paradigme prometteur à l’heure de quête d’alternatives au modèle productiviste. Le rapport au vivant, le sens de la communauté et de la durabilité suffiraient à connaître le bonheur. Qu’il soit individuel ou collectif, le bien-vivre englobe les moyens concrets d’atteindre un objectif bien particulier et précieux, celui d’une vie humaine heureuse.

Mots-clés : Sumak kawsay ; Bien-vivre ; Bonheur ; Cosmovision andine ; Développement ; Équateur ; Bolivie.

Abstract

What if happiness simply arose from a balanced relationship between humans and the non-human world? In the Andean worldview of the Quechua and Aymara peoples, there is a concept referring to the harmonious way of life that every human being should strive for: Buen Vivir (“good living”), or sumak kawsay in Quechua. It offers a holistic vision of life in which the different elements of the world exist in balance and maintain relationships of reciprocity. This concept emerged from Indigenous movements that challenged a model of development far removed from their realities and in whose construction they had little involvement. Against the backdrop of progressive governments in South America, Indigenous peoples put forward a vision of an inclusive political future based on intercultural dialogue and the pursuit of an alternative form of development distinct from Western conceptions of development. In Ecuador, Buen Vivir has been incorporated into the Constitution through a set of rights associated with good living, whereas in Bolivia it encompasses a set of values aimed at enabling people to “live well together.” The concept is particularly relevant to contemporary ecological and cultural challenges, making it a promising paradigm at a time when alternatives to the productivist model are increasingly being sought. A connection with the living world, a sense of community, and a commitment to sustainability may thus provide the foundations for happiness. Whether understood at the individual or collective level, Buen Vivir encompasses concrete ways of achieving a particularly valuable goal: a happy human life.

Keywords: Sumak Kawsay; Buen Vivir; Happiness; Andean worldview; Development; Ecuador; Bolivia.

Accès au texte intégral

#article

Les droits culturels des peuples autochtones (Ba)Twa riverains du Parc National de Kahuzi-Biega : entre malheurs vécus et bonheurs espérés ? | Amos Musafiri Kamurume, Julien Ashuza Mulumeoderhwa et Pierrot Chambu Ntizimire

The cultural rights of the Indigenous (Ba)Twa Peoples living near Kahuzi-Biega National Park: Between past suffering and hopes for happiness?

Résumé

Le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), créé en 1937 en République démocratique du Congo, a été étendu en 1975 de 60 000 à 600 000 hectares, entraînant l’expulsion sans consultation préalable ni indemnisation des peuples autochtones (Ba)Twa. Ces derniers ont vu leur identité culturelle gravement fragilisée à la suite de cette privation d’accès à leurs terres ancestrales, socle de leur culture et de leurs rites. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (Communication n° 588/15) a condamné l’État congolais en mai 2022 pour violation des droits culturels des (Ba)Twa. Si cela constitue un motif d’espoir pour le bien-être collectif des (Ba)Twa, l’État congolais, au lieu de mettre en œuvre les recommandations de la Commission, a choisi de renforcer le cadre législatif en adoptant la loi n° 22/030 du 15 juillet 2022 consacrant plusieurs droits culturels en faveur des peuples autochtones pygmées (PAP) notamment la protection de la pharmacopée traditionnelle, des langues, des savoirs et des pratiques artistiques des peuples autochtones pygmées. La consécration de ces droits suffit-elle pour rétablir la dignité perdue par un peuple culturellement marginalisé ? La présente étude qui considère les droits culturels consacrés, y compris dans la Loi du 15 juillet 2022, comme un motif d’espoir pour les PAP, démontre que les seules aspirations législatives ne suffisent pas pour assurer aux (Ba)Twa le bien-être collectif tant espéré. Leur bonheur collectif passe plutôt par la réparation des injustices subies lors de l’expulsion du PNKB, par l’abolition des mesures coercitives qui limitent l’accès aux terres ancestrales, mais surtout par la transformation des secteurs du PNKB en « Aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire » (APAC).

Mots-clés : (Ba)Twa ; Parc National de Kahuzi-Biega ; Droits culturels autochtones ; Bien-être collectif ; Conservation ; Aires et territoires du patrimoine au-tochtone et communautaire.

Abstract

Kahuzi-Biega National Park (KBNP), established in 1937 in the Democratic Republic of the Congo, was expanded in 1975 from 60,000 to 600,000 hectares, resulting in the eviction of the Indigenous (Ba)Twa peoples without prior consultation or compensation. Their cultural identity was severely undermined by the loss of access to their ancestral lands, which form the foundation of their culture and rituals. In May 2022, the African Commission on Human and Peoples’ Rights (Communication No. 588/15) found that the Congolese State had violated the cultural rights of the (Ba)Twa. Although this decision provides grounds for hope regarding the collective well-being of the (Ba)Twa, the Congolese State, rather than implementing the Commission’s recommendations, chose to strengthen the legislative framework by adopting Law No. 22/030 of 15 July 2022. This law enshrines several cultural rights for Indigenous Pygmy Peoples (IPPs), including the protection of their traditional pharmacopoeia, languages, knowledge, and artistic practices. Is the recognition of these rights sufficient to restore the dignity of a culturally marginalised people? While this study regards the cultural rights enshrined in law, including those established by the Law of 15 July 2022, as a source of hope for IPPs, it demonstrates that legislative aspirations alone are insufficient to ensure the long-awaited collective well-being of the (Ba)Twa. Their collective happiness instead depends on redressing the injustices suffered during their eviction from KBNP, abolishing coercive measures that restrict access to their ancestral lands, and, above all, transforming areas of KBNP into “Indigenous and Community Conserved Areas and Territories” (ICCAs).

Keywords: (Ba)Twa; Kahuzi-Biega National Park; Indigenous cultural rights; Collective well-being; Conservation; Indigenous and Community Conserved Areas and Territories (ICCAs).

Accès au texte intégral

#article

Le droit au bonheur des peuples indigènes en isolement volontaire d’Amazonie | Arnaud Martin

The right to happiness of indigenous peoples in voluntary isolation in the Amazon

Résumé

A priori, le droit au bonheur des peuples indigènes en isolement volontaire d’Amazonie, ne devrait pas soulever de problème particulier, puisqu’il ne s’agit que de permettre à ceux-ci de conserver leurs modes de vie en évitant tout contact avec les populations non indigènes. Pourtant, il ne parvient pas à être juridiquement garanti, car cela supposerait de protéger la forêt tropicale, et donc de freiner les activités économiques qui s’y développent. Cela irait à l’encontre des projets des gouvernements, des grands groupes économiques et des simples particuliers qui voient dans ces vastes étendues une opportunité de développement et préfèrent occulter l’écocide et l’ethnocide auxquels conduit la destruction de la forêt amazonienne.

Mots-clés : Peuples indigènes en isolement volontaire ; Droit au bonheur ; Amazonie ; Écocide ; Ethnocide.

Abstract

A priori, the right to happiness of indigenous peoples in voluntary isolation in the Amazon should not raise any particular problems, since this only means allowing them to preserve their way of life by avoiding all contact with non-indigenous populations. However, this separation cannot be legally guaranteed, because this would require protecting the rainforest and therefore stopping the economic activities which develop it. This would run counter to the projects of governments, large businesses, and ordinary individuals who see in these vast expanses an opportunity for development and who prefer to conceal the ecocide and ethnocide to which the destruction of the Amazon rainforest leads.

Keywords: Indigenous peoples in voluntary isolation; Right to happiness; Amazon; Ecocide; Ethnocide.

Accès au texte intégral

#article

L’articulation entre droits des peuples autochtones et droit de l’environnement à la lumière de l’affaire Batwa c. la République démocratique du Congo et de l’Agenda 2030 | Hassane Djibrine

The interplay between Indigenous Peoples’ rights and environmental law in light of the Batwa v. Democratic Republic of the Congo case and the 2030 Agenda

Résumé

L’objectif de cet article est d’analyser l’articulation entre les droits des peuples autochtones et le droit de l’environnement à la lumière de la décision de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (ComADHP) dans l’affaire Batwa c. la République démocratique du Congo (RDC) et de l’Agenda 2030 de développement durable adopté par les Nations Unies en 2015. Le droit de l’environnement pénètre les droits des peuples autochtones lorsque le mode de vie d’une population autochtone est intimement lié à l’occupation d’un espace naturel protégé et à l’utilisation de ses ressources naturelles. Dans l’affaire Batwa c. la RDC, la ComADHP a affirmé que le modèle de gestion des aires protégées fondé sur l’expulsion des peuples autochtones de leurs terres est désormais dépassé. En s’appuyant sur cette décision non contraignante sur le plan juridique, le présent article met en évidence les perspectives de conciliation ainsi que les possibles contradictions entre droits des peuples autochtones et droit de l’environnement. Il souligne également le défi pour la RDC de concilier le respect du droit à l’autodétermination du peuple Batwa dans les domaines sanitaire, éducatif, culturel, etc. avec ses engagements liés à certains Objectifs de développement durable (ODD), notamment la lutte contre la pauvreté (ODD 1) et la faim (ODD 2), l’assurance de la bonne santé et du bien-être (ODD 3), la garantie d’une éducation de qualité (ODD 4), ou encore la protection de l’environnement (ODD 6, 7, 11, 12, 13, 14, 15).

Mots-clés : Autodétermination ; Peuples autochtones ; Protection de l’environnement ; Développement durable ; Bonheur ; Bien-être ; Agenda 2030.

Abstract

The aim of this article is to analyse the relationship between the rights of indigenous peoples and environmental law in the light of the decision of the African Commission on Human and Peoples’ Rights (ComADHP) in Batwa v Democratic Republic of Congo (DRC) and the 2030 Agenda for Sustainable Development adopted by the United Nations in 2015. Environmental law penetrates the rights of indigenous peoples when the way of life of an indigenous population is intimately linked to the occupation of a protected natural area and the use of its natural resources. In Batwa v. DRC, the ComADHP affirmed that the model of protected area management based on the expulsion of indigenous peoples from their lands is now outdated. Based on this non-legally binding decision, this article highlights the prospects for reconciling the rights of indigenous peoples and environmental law, as well as possible contradictions. It also highlights the challenge for the DRC of reconciling respect for the Batwa people’s right to self-determination in the areas of health, education, culture, etc. with its commitments to certain Sustainable Development Goals (SDGs), in particular the fight against poverty (SDG 1) and hunger (SDG 2), ensuring good health and well-being (SDG 3), guaranteeing quality education (SDG 4), and protecting the environment (SDGs 6, 7, 11, 12, 13, 14, 15).

Keywords: Self-determination; Indigenous peo-ples; Environmental protection; Sus-tainable development; Happiness; Welfare; Agenda 2030.

Accès au texte intégral

#article

COP 30 – L’Amazonie et les Peuples Autochtones au centre du monde : une réflexion à partir de l’expérience Me Hoprê Catejê | João Mitia Antunha Barbosa, Leila Saraiva et Francisco Hyjno Krahô

COP30 – The Amazon and Indigenous Peoples at the centre of the world: Reflections based on the Me Hoprê Catejê experience

Résumé

au cœur des agendas mondiaux sur le climat et la biodiversité, en mettant particulièrement l’accent sur les Peuples Autochtones et les Communautés Locales (PA&CL). Bien qu’ils soient de plus en plus reconnus dans les discours internationaux comme des acteurs indispensables pour la préservation des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique, ils restent de manière disproportionnée exposés à ses impacts et exclus structurellement des ressources nécessaires au maintien de leurs territoires et de leurs modes de vie. Les preuves scientifiques confirment de manière récurrente leur rôle central dans la conservation de la biodiversité, la séquestration du carbone et la préservation de la couverture végétale. Pourtant, malgré cette reconnaissance, les flux financiers demeurent largement asymétriques, la plupart des soutiens passant par des intermédiaires plutôt que par des mécanismes dirigés par les peuples eux-mêmes. Dans ce contexte, la revendication d’un financement direct—garantissant que les ressources atteignent les organisations et fonds territoriaux autochtones selon leurs priorités et leurs systèmes de gouvernance—est devenue l’une des demandes centrales portées dans les négociations internationales. La COP-30, qui s’est tenue, en 2025, en Amazonie brésilienne, incarne à la fois l’espoir d’une transformation structurelle et le risque d’une inclusion purement symbolique. Pour illustrer ces tensions, le texte présente une étude de cas de l’initiative de surveillance territoriale du peuple Krahô, Me Hoprê Catejê. Née d’une mobilisation autonome et soutenue par des organisations autochtones et alliées, cette initiative illustre la créativité et la résilience des stratégies autochtones de protection territoriale. Elle met également en lumière les limites imposées par l’absence de ressources continues, la fragilité des politiques publiques et une architecture mondiale du financement climatique qui privilégie les intermédiaires bureaucratiques au détriment des communautés. Pour les Krahô, la surveillance territoriale ne se limite pas à une simple action technique, mais s’inscrit dans les rituels, la mobilité et l’organisation sociale, reflétant ainsi une relation cosmologique profonde avec le Cerrado. En ce sens, la surveillance territoriale constitue à la fois un acte de résistance et une affirmation d’autonomie, tout en révélant les asymétries persistantes entre les pratiques autochtones de soin et les cadres institutionnels qui prétendent les encadrer. L’analyse montre que ces dilemmes ne sont pas conjoncturels mais structurels, profondément enracinés dans les contradictions durables entre PA&CL, États et institutions globales. Les solutions à la crise climatique ne peuvent être abstraites, technocratiques ou déconnectées des réalités communautaires ; elles doivent impliquer le renforcement des droits territoriaux et le soutien durable aux initiatives portées par les peuples. En reliant les débats mondiaux de la COP-30 aux pratiques quotidiennes de surveillance et de soin du territoire Krahô, cet article souligne que l’avenir de la gouvernance climatique dépendra de la capacité à articuler négociations globales et réalités locales. La durabilité des réponses planétaires au changement climatique suppose de reconnaître que les PA&CL sont non seulement disproportionnellement menacés par ces crises, mais qu’ils incarnent également de nombreux savoirs nécessaires pour proposer des solutions viables.

Mots-clés : Peuples Autochtones et Communautés Locales ; COP 30 ; Amazonie ; Financement direct ; Peuple Krahô.

Abstract

This study analyses the contradictions at the heart of global climate and biodiversity agendas, with particular emphasis on Indigenous Peoples and local communities (IPLCs). Although they are increasingly recognised in international discourse as essential actors in ecosystem preservation and climate change mitigation, they remain disproportionately exposed to its impacts and structurally excluded from the resources required to sustain their territories and ways of life. Scientific evidence consistently confirms their central role in biodiversity conservation, carbon sequestration and the preservation of vegetation cover. Yet, despite this recognition, financial flows remain highly asymmetrical, with most support channelled through intermediaries rather than through mechanisms led by Indigenous Peoples and local communities themselves. In this context, the demand for direct funding—ensuring that resources reach Indigenous organisations and territorial funds in accordance with their own priorities and governance systems—has become a central issue in international negotiations. COP30, held in the Brazilian Amazon in 2025, embodied both the hope of structural transformation and the risk of merely symbolic inclusion. To illustrate these tensions, the article presents a case study of the Me Hoprê Catejê territorial monitoring initiative of the Krahô people. Emerging from autonomous mobilisation and supported by Indigenous and partner organisations, this initiative illustrates the creativity and resilience of Indigenous strategies for territorial protection. It also highlights the constraints created by a lack of sustained funding, fragile public policies and a global climate finance architecture that favours bureaucratic intermediaries over communities. For the Krahô, territorial monitoring is not merely a technical activity; it is embedded in rituals, mobility and social organisation, thereby reflecting a profound cosmological relationship with the Cerrado. In this sense, territorial monitoring constitutes both an act of resistance and an assertion of autonomy, while revealing the persistent asymmetries between Indigenous practices of care and the institutional frameworks that claim to govern them. The analysis shows that these dilemmas are not merely circumstantial but structural, deeply rooted in the enduring contradictions between IPLCs, states and global institutions. Solutions to the climate crisis cannot be abstract, technocratic or disconnected from community realities; they must involve strengthening territorial rights and providing sustained support for initiatives led by Indigenous Peoples and local communities. By connecting the global debates surrounding COP30 with everyday Krahô practices of monitoring and caring for their territory, this article emphasises that the future of climate governance will depend on the ability to connect global negotiations with local realities. The sustainability of global responses to climate change requires recognition that IPLCs are not only disproportionately threatened by these crises but also embody many of the knowledge systems needed to develop viable solutions.

Keywords: Indigenous Peoples and local communities; COP30; Amazon; Direct funding; Krahô people.

Accès au texte intégral

#article

Le droit au bonheur des peuples autochtones … selon le colonisateur italien. Brève histoire juridique d’une pharisienne construction dogmatique | Franck Laffaille

The right to happiness of indigenous peoples … according to the Italian colonizer. A brief legal history of a pharisaical dogmatic construction

Résumé

Le droit au bonheur des peuples autochtones est appréhendé, le plus souvent, avec les yeux de ces derniers. Une autre lecture est opérée ici : lire ce droit avec le regard du colonisateur, italien en l’espèce. L’œuvre coloniale se veut émancipatrice : elle soutient apporter le bonheur civilisationnel aux populations conquises, notamment en abolissant l’esclavage. Un discours politico-juridique – aussi sémantiquement bienveillant qu’hypocrite matériellement – est développé : répétant à l’envie qu’il respecte les coutumes et traditions locales, le colonisateur s’érige en violent gardien (pénal) des bonnes mœurs et de la (sa) morale. La prétention du colonisateur – apporter le bonheur civilisationnel – va de pair avec la sujétion de peuples regardés comme ontologiquement inférieurs.

Mots-clés : Colonisation italienne ; Racisme ; Infériorité civilisationnelle ; Droit coutumier (local) ; Droit pénal (italien).

Abstract

The right to happiness of indigenous peoples is most often apprehended through their eyes. Another approach is taken here: reading this right through the eyes of the colonizer, in this case the Italian. The colonial project was intended to emancipate: it aimed to bring civilizational happiness to the conquered populations, notably by abolishing slavery. A politico-legal discourse – as semantically benevolent as it is materially hypocritical – is developed: repeating over and over that it respects local customs and traditions, the colonizer sets himself up as the violent (penal) guardian of good morals and (his) morality. The colonizer’s claim – to bring civilizational happiness – goes together with the subjection of peoples regarded as ontologically inferior.

Keywords: Italian colonization; Racism; Civilizational inferiority; Customary (local) law; (Italian) Criminal law.

Accès au texte intégral

#article

Appel à contributions : « Les sciences du bonheur face aux polycrises »

Dans le cadre d’un futur numéro thématique, la revue Sciences et Bonheur lance un appel à contributions sur le thème « Les sciences du bonheur face aux polycrises » sous la coordination de Gaël Brulé, Laetitia Dillenseger, Pascale Haag, Laurent Sovet et Franck Zenasni (par ordre alphabétique).

Quand nous pensons au zeitgeist actuel, « bonheur » n’est pas nécessairement le premier mot qui nous vient à l’esprit tant l’actualité semble remplie de négativité et d’incertitude, qu’elle soit géopolitique, économique, sociale ou climatique. Dans ce contexte troublé, le bonheur pourrait paraître naïf, voire à contretemps des enjeux du moment. Ce qui pourrait sembler être un conflit des horizons n’en est un que si l’on considère le bonheur comme une simple quête individuelle de bien-être ? En regardant le bonheur comme un enjeu collectif et politique majeur, il serait possible d’argumenter que c’est justement le moment d’y penser ou d’en repenser les contours.

En mars 2026, une journée d’étude internationale a été organisée sur ce thème à l’occasion des dix années de la revue. Un programme pluridisciplinaire a permis de rassembler 14 interventions complémentaires sur ce thème. Organisé dans un format hybride, 70 participants issus de 7 pays y ont pris part. Dans les conclusions, il est apparu que les sciences du bonheur ont toute leur place dans l’analyse des polycrises contemporaines. Les échanges ont souligné la nécessité de penser le bonheur comme un phénomène situé, relationnel, traversé par des rapports de pouvoir, des inégalités sociales, des contraintes environnementales et des choix politiques. En ce sens, les crises actuelles invitent moins à suspendre la réflexion sur le bonheur qu’à la renouveler.

Ce numéro thématique souhaite ainsi interroger ce que les polycrises font au bonheur, mais aussi ce que les sciences du bonheur permettent de comprendre des polycrises. Comment les individus, les groupes et les sociétés redéfinissent-ils les conditions d’une vie heureuse dans des contextes marqués par l’instabilité, la vulnérabilité ou l’incertitude ? De quelles ressources disposent-ils pour préserver, reconstruire ou transformer leur rapport au bonheur ? Dans quelle mesure les crises révèlent-elles les limites de certaines conceptions du bonheur, notamment lorsqu’elles reposent sur des logiques individualistes, consuméristes ou dépolitisées ?

Les propositions pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les axes suivants :

  • les effets des crises géopolitiques, économiques, sociales, sanitaires ou écologiques sur les expériences subjectives du bonheur ;
  • les liens entre bonheur, vulnérabilités, inégalités et justice sociale ;
  • les formes individuelles et collectives de résistance, d’adaptation ou de résilience ;
  • les transformations des aspirations, des normes et des représentations du bonheur en contexte de crise ;
  • les politiques publiques, territoriales ou institutionnelles visant à promouvoir le bien-être et le bonheur dans un monde instable ;
  • les apports et les limites des méthodes de mesure du bonheur face à des situations de crise multiples et imbriquées.

La revue Sciences & Bonheur accueillera des contributions empiriques, théoriques ou méthodologiques relevant de l’ensemble des disciplines, ainsi que des approches interdisciplinaires. Les articles pourront porter sur des terrains variés, à différentes échelles, et proposer des éclairages comparatifs ou situés. Ce numéro entend ainsi offrir un espace de réflexion scientifique sur les manières dont le bonheur peut être pensé, éprouvé, mesuré ou mis à l’épreuve dans le monde contemporain.

Soumettre une contribution

Les contributions pourront prendre la forme d’études empiriques, de revues de la littérature, de réflexions théoriques. Elles se composent de 20 000 à 60 000 signes (incluant les espaces et les références bibliographiques). Ces contributions s’accompagnent d’un titre, d’un résumé, d’une série de trois à sept mots-clés en français et en anglais. Les recensions d’ouvrage et les résumés de thèse se composent de 6 000 à 12 000 signes (incluant les espaces et les références bibliographiques). Elles devront être présentées de manière conforme aux standards de la revue Sciences et Bonheur. Les contributions rédigées en anglais sont les bienvenues.

Lien vers les consignes de rédaction : https://sciences-et-bonheur.org/soumettre-un-article/

Si vous souhaitez proposer un projet d’écriture dans le cadre de ce numéro thématique, merci de nous faire parvenir un résumé de 400 mots maximum de votre proposition, accompagnée d’un titre, de trois à sept mots-clés, d’une bibliographie et de vos coordonnées, par courriel pour le mardi 30 juin 2026 au plus tard. Une réponse de la part du comité éditorial sera adressée sous un délai maximum de deux semaines. Les propositions jugées pertinentes par la direction scientifique devront s’engager à fournir la version finale de leur texte pour le lundi 30 novembre 2026 au plus tard. La publication de ce numéro thématique est prévue au printemps 2027. Néanmoins, le comité éditorial propose une mise en ligne des articles au fil de l’eau avec la possibilité d’une publication anticipée. Nous attendons vos contributions !

Contact : edition@sciences-et-bonheur.org

Télécharger l’appel à contributions dans sa version complète

Bilan de la journée d’étude sur le bonheur

La journée d’étude sur le bonheur intitulée « Les sciences du bonheur face aux polycrises » s’est déroulée le lundi 23 mars 2026. Un programme pluridisciplinaire a permis de rassembler 14 interventions complémentaires sur ce thème. Nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble des intervenant·e·s pour la qualité de leur contribution.

Cette journée d’étude a été proposée dans un format hybride. Il était possible d’y participer en présentiel dans les locaux de l’Université Paris Cité situés à Boulogne-Billancourt (Campus de Boulogne) et en distanciel. Au total, 70 participant·e·s issu·e·s de 7 pays y ont pris part. Au regard de ce bilan très positif, nous prévoyons de renouveler l’initiative en 2027.

Toutes les ressources partagées par les intervenant·e·s sont disponibles sur cet espace numérique : https://cloud.u-paris.fr/s/L66wLCBTwKqzqow

Un appel à contribution sera prochainement lancée en vue de proposer un numéro thématique sur le thème de cette journée d’étude. Toutes les informations seront communiquées sur notre site internet.

Nous remercions également l’ensemble du comité d’organisation pour avoir permis la tenue de cet événement et pour avoir contribué à sa réussite.

Journée d’étude sur le bonheur – Lundi 23 mars 2026

Le comité éditorial de la revue Sciences & Bonheur a le plaisir de vous annoncer l’organisation d’une journée d’étude intitulée « Les sciences du bonheur face aux polycrises », qui se tiendra le lundi 23 mars 2026. Cet événement est proposé en format hybride. Il est possible d’y participer en présentiel dans dans les locaux de l’Université Paris Cité situés à Boulogne-Billancourt (Campus de Boulogne) et en distanciel. La participation est gratuite mais l’inscription est obligatoire.

Voici le lien d’inscription : https://sondage.app.u-paris.fr/328657

Le programme complet et les modalités d’inscription sont disponibles sur le site internet dédié à l’événement : https://sites.google.com/view/jdb2026

N’hésitez pas à diffuser cette information dans vos réseaux !

Bonne année 2026 !

La revue Sciences & Bonheur vous souhaite une bonne année 2026 !

Nous vous remercions pour votre fidélité et votre soutien tout au long de l’année écoulée. Votre engagement à nos côtés est précieux et nous encourage à poursuivre notre mission : diffuser des connaissances et promouvoir des réflexions enrichissantes sur les sciences du bonheur.

En 2026, notre revue célébrera fièrement son dixième anniversaire. À cette occasion, nous prévoyons d’organiser une journée d’études en mars 2026. Le programme est en cours de préparation. Nous ne manquerons pas de revenir vers vous très prochainement.