Rémy Pawin. Kaléidoscope (numéro 2)

Kaléidoscope du numéro 2 de Sciences & Bonheur.

minilogo

Lire la suite

Thierry Nadisic. Recension résumée de l’ouvrage « well-being: challenging the Anglo-Saxon hegemony » (Catherine Coron et Louise Marie Dalingwater)

Depuis les travaux précurseurs de Richard Easterlin dans les années 1970, la science économique a fortement développé les travaux sur le bonheur. Or, ces recherches, majoritairement anglo-saxonnes, ont privilégié une approche libérale du concept où le marché, la prise de risque, l’individualisme et l’aspect matériel occupent une place centrale. L’ouvrage « well-being : challenging the Anglo-Saxon hegemony », coédité par deux chercheures françaises spécialisées dans la langue et la culture anglosaxonne permet d’y voir plus clair. Il montre les racines et les spécificités communes de ce modèle anglais et américain du bonheur. Nous y découvrons par exemple l’influence première de Bentham et de son principe d’utilité ainsi que la manière dont l’approche pluraliste flexible de Sen peut permettre de l’élargir pour y incorporer l’éthique. Nous comprenons également mieux comment ce modèle a été utilisé dans la mesure du bien-être et la mise en place de politiques publiques néolibérales. Enfin, nous sommes initiés à des approches alternatives du bonheur, comme celle des Navajos pour qui la famille, la tradition et la spiritualité sont les composantes les plus importantes. L’ouvrage représente une belle démonstration de la spécificité du modèle anglo-américain et de sa force pour inspirer l’action publique tout en montrant ses limites liées à son inadaptation à d’autres cultures.

Jean Heutte. L’environnement optimal d’apprentissage : contribution de la recherche empirique sur les déterminants psychologiques de l’expérience positive subjective aux sciences de l’éducation et de la formation des adultes

En tant que pionnier de la recherche empirique sur les déterminants psychologiques de l’expérience positive subjective, via l’élaboration de la théorie de l’autotélisme-flow, Mihaly Csikszentmihalyi est l’inspirateur de la psychologie positive. Afin de mieux illustrer la portée de cette théorie majeure de la psychologie scientifique contemporaine, nous mettrons en lumière son importante contribution à la recherche fondamentale en sciences de l’éducation et de la formation des adultes, tout au long et tout au large de la vie (éducation formelle, non formelle ou informelle). Enfin, après un focus sur la dimension sociale de la motivation, dans un dernier temps, nous élargirons notre propos pour souligner la portée universelle du modèle de la « sélection psychologique » (cf. « 3e paradigme de l’évolution ») selon lequel le flow serait l’un des catalyseurs fondamentaux des processus biologiques, culturels et psychologiques au cœur de l’évolution humaine.

minilogo

Lire la suite

Neil Thin. Sociologie positive et empathie appréciative : Histoire et perspectives

Cet article explore les contributions de la sociologie (et des disciplines voisines telles que l’anthropologie, les politiques publiques et les études culturelles) aux travaux de recherche sur le bien-être depuis les Lumières jusqu’à ce jour. Les penseurs avant le 20e siècle, dont les œuvres ont posé les bases des sciences sociales, prenaient le thème du bonheur au sérieux, comme un enjeu central de leurs recherches. Au cours du siècle dernier, les sociologues ont réalisé d’importantes contributions pour comprendre le bonheur, bien que l’absence de cette thématique des manuels, des encyclopédies et des colloques suggère qu’elle n’a jamais été centrale dans les courants dominants. Le rôle de la sociologie dans les recherches sur le bonheur pourrait être considérablement renforcé à travers des approches plus systématiques et explicites, en particulier suivant des méthodes qualitatives. Celles-ci se développeront sans doute prochainement, à mesure que la discipline converge avec les autres sciences sociales (notamment la psychologie et l’économie) qui ont déjà réalisé de grands progrès en convainquant le grand public et les responsables politiques qu’un sujet aussi évanescent que le bonheur puisse être analysé et évalué d’une manière à la fois éclairante et scientifiquement robuste. Une focale bonheur (« happiness lens ») est souhaitable si l’objectif est de renforcer les contributions de la sociologie à la compréhension et à l’essor de sociétés harmonieuses et de vies épanouies. Cette focale pourrait compléter l’approche « pathologiste » avec une certaine « positivité », elle insisterait sur les efforts emprunts d’empathie pour respecter la subjectivité du moi, et viendrait promouvoir le holisme et l’analyse du cycle de vie.

minilogo

Lire la suite

Stefano Bartolini et Francesco Sarracino Heureux pour combien de temps ? Comment le capital social et la croissance économique influencent le bien-être subjectif .

Quels sont les éléments qui permettent de prédire l’évolution du bien-être subjectif ? Dans cet article, nous mettons en lien les évolutions du bien-être subjectif avec celles du capital social et du PIB. Nous montrons qu’à moyen ainsi qu’à long terme, le capital social est un bon prédicteur du bien-être subjectif. À court terme, cette corrélation est moins évidente, les variations du capital social ne permettent de prédire qu’une faible partie de celles du bien-être subjectif. Le PIB suit le mouvement inverse, confirmant ainsi le paradoxe d’Easterlin : le PIB est corrélé de façon plus forte au bien-être à court terme qu’à moyen terme, tandis qu’à long terme cette corrélation disparaît.

Lire la suite

Thomas Seguin. Autour d’une société des affects positifs

L’attention grandissante portée à la notion de bien-être, et de bonheur, provient sans nul doute d’une nouvelle conceptualisation de la pensée de la croissance. Progressivement la croissance post-matérialiste se substitue à la croissance matérialiste en ce que les déterminants qualitatifs et subjectifs de l’individualité deviennent prépondérants. Néanmoins, il ne faudrait pas non plus réitérer une vision cumulative simplement individualiste qui a été celle de la croissance mesurée de manière matérialiste, il conviendrait en effet de prendre en compte le bonheur d’un individu pris dans un environnement plus ample d’interactions sociales. Situer le bonheur individuel en fonction des interactions sociales dans une réalisation du bonheur collectif constitue probablement un des défis majeurs d’une pensée du bonheur, reposant ainsi la vieille thématique sociologique de l’harmonie entre le milieu social et l’individu, ou plus proche de nous celle de l’émancipation. C’est en termes de « rapport » que nous pouvons imaginer une société du bonheur en suivant notamment les enseignements de Spinoza, Deleuze et Foucault. L’individu n’existe en effet que dans un rapport avec son environnement élargi. Mais comment savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais dans ces rapports aux êtres et aux choses ? Il s’agit de cheminer par la théorie des affects vers une adéquation ontologique du soi au rapport, comme un pont entre l’ordre individuel, intime et collectif. C’est ainsi que nous pouvons délimiter les synergies ou notions communes, qui sont autant d’indicateurs du politique et de la régulation sociale. Cette éthique du rapport nous aide à conceptualiser les affects positifs, ferments d’un sentiment de confiance. La connaissance même des affects de joie et de tristesse permet de transiter vers une définition du bonheur. Au fond la nature même de cette définition requiert de reposer la question de l’ontologie humaine. Mais l’ontologie qui émergerait à partir de tous ces ajustements relatifs ne saurait correspondre à une conception absolue du bonheur, elle donnerait cependant des clés pour saisir sa dimension qualitative au plus proche des relations humaines. Il importe donc de tracer la méthodologie qui nous permette de poser cette question dans une vision globale de la société.

minilogo

Lire la suite

Yankel Fijalkow. Du confort au bonheur d’habiter

Cet article se propose de déconstruire la notion de confort à l’aune de celle, plus subjective, du bonheur d’habiter. Dans une perspective socio-historique, il s’attache à identifier les valeurs de l’habitat de manière à les détacher de la question des équipements domestiques et à rendre compte des différentes situations de vulnérabilité résidentielle vécues en France aujourd’hui. De cette réflexion émerge un élargissement des enjeux politiques de l’habiter.

minilogo

Lire la suite

Sarah Flèche. Le bonheur au cours de la vie

Comment le bonheur évolue-t-il au cours de la vie ? Quelle est l’influence des conditions prévalant en début de vie sur le bonheur futur ? Les études empiriques sur le bonheur ont mis en avant plusieurs déterminants de la satisfaction dans la vie : le revenu, l’état de santé, les relations sociales, le statut dans l’emploi, etc. Toutefois, la plupart des travaux sur le sujet ont échoué à prendre en compte une dimension de long terme. L’étude des données de cohortes, qui assurent le suivi des mêmes individus de leur naissance à l’âge adulte, permet de fournir de premiers éléments de réponse. L’analyse révèle que : 1) le bonheur à l’âge adulte dépend significativement du contexte familial prévalant dans l’enfance, 2) l’influence des conditions de vie initiales sur le bonheur à l’âge adulte ne s’estompe pas au cours du temps et 3) la part de variance du bonheur expliquée par les conditions prévalant en début de vie reste relativement faible. Cet article présente les principaux résultats de l’ouvrage The Origins of Happiness, écrit en collaboration avec Andrew Clark, Richard Layard, Nattavudh Powdthavee et George Ward.

minilogo

Lire la suite

Édito

Tour à tour objet moral, philosophique et politique, le bonheur est devenu, depuis les années 1950, un objet scientifique, notamment sous l’influence de psychologues américains (Gurin, Veroff, Feld, Cantril, etc.), qui prennent en compte l’autopositionnement des patients sur une échelle de bien-être. Ce changement de paradigme s’appuie sur des évolutions importantes de société. En effet, si les améliorations scientifiques modifient en profondeur les sociétés, elles ne le font pas de manière autonome ; elles sont elles-mêmes largement tributaires des sociétés qui les voient naître. Ainsi, cette impulsion scientifique ne surgit pas ex nihilo;si elle influence et renforce les tendances sociétales sous-jacentes, elle naît aussi dans les interstices créés par l’émiettement progressif des carcans nationaux, familiaux et religieux. À une conception a priori (et donc normative) des conditions du bien-être humain se substitue alors progressivement l’idée selon laquelle l’individu est le seul détenteur des clés de son propre bien-être ainsi que de son évaluation.

minilogo

Lire la suite

L’économie du bonheur. Qu’attendre de racines oubliées ? Philippe d’Iribarne

Quand, après avoir consacré bien des années de recherche (pour l’essentiel entre 1967 et 1975) à l’économie du bonheur et s’être tourné ensuite vers de tout autres champs, on reçoit des échos du renouveau contemporain des travaux consacrés à cette économie du bonheur, le premier sentiment est une grande satisfaction devant cette renaissance, avec l’avancée des idées dont elle est porteuse. Puis, des interrogations surgissent. Comment se fait-il qu’une étrange amnésie paraisse avoir fait disparaître dans une sorte de trou noir les recherches menées avant que ne débute une histoire officielle ? Peut-on tirer des enseignements encore utiles de ces premières recherches et en particulier des problèmes qu’elles ont rencontrés ? L’approche comparative des formes de v