Viorica Dobrica-Tudor et Manon Théorêt. Le bien-être pédagogique chez les enseignants du secondaire

RÉSUMÉ

Le présent article tire son origine de notre recherche doctorale, qui s’intéresse aux relations entre les pratiques professionnelles réfléchies et le bien-être pédagogique chez les enseignants du secondaire. Tout au long de cet article nous nous penchons sur le bien-être pédagogique des enseignants, exploré par l’intermédiaire des réflexions des enseignants sur les interactions avec les élèves et les collaborations avec les collègues. Notre intérêt pour ce concept est lié à l’évolution continue du travail enseignant, dont les conséquences comptent, parmi d’autres, la complexification et l’alourdissement de la tâche.

Pour mettre en évidence comment les enseignants construisent leur bien-être pédagogique, nous faisons référence à l’analyse qualitative des données de notre recherche doctorale. Il s’agit d’une recherche exploratoire menée auprès de treize enseignants de la grande région de Montréal. En optant pour une approche sociocognitive, nous nous sommes penchées sur le concept de bien-être pédagogique des enseignants à partir de trois de ses dimensions : l’autoefficacité, l’engagement et la satisfaction au travail. Pour la collecte des données, nous avons fait appel à deux techniques : la technique Q et la technique de l’incident critique.

D’après l’ensemble de nos résultats, les interactions pédagogiques avec les élèves constitueraient la principale source de bien-être pédagogique. Ainsi, l’engagement des élèves dans l’apprentissage, le souci pour le bien-être de ceux-ci, la force de leurs compétences pédagogiques et les comportements qui produisent les résultats escomptés représentent autant des sources de bien-être chez les participants. Pour leur part, les relations de travail avec les collègues influenceraient positivement le bien-être pédagogique, notamment par l’entremise de réflexions collectives sur les situations ordinaires des pratiques professionnelles.

 

SUMMARY

This article has its origins in our doctoral research, which focuses on the relationship between thoughtful professional practice and educational well-being among high school teachers. To highlight how teachers build their educational well-being, we refer to the

qualitative analysis of data from our doctoral research. It is an exploratory research conducted with thirteen teachers from the greater Montreal Area. According to the overall results of our research, the educational well-being of high school teachers is both a dynamic process whose evolution is influenced by the events in the work environment, especially in the classroom, and by the teacher’s essential qualities, and a construct based on specific dimensions; three dimensions were used in this study: self-efficacy, commitment and job satisfaction. Educational relations with students seem to be the main source of educational well-being for teachers. Believing in the efficiency of their class management skills and noticing that students are happy to be in their class and are involved in their learning apparently stimulates the commitment and job satisfaction of teachers. Reflections on the characteristics and background of students, including their well-being in the classroom, and professional skills seem to be the aspects of interactions with students that affect the educational well-being of teachers the most. As for interactions between work relations with their colleagues, they seem to have a positive impact on educational well-being, namely through collective reflections on the ordinary situations of professional practices. We used two data collection techniques: the Q technique and critical incident technique.

 

MOTS-CLÉS

Autoefficacité ; approche sociocognitive; bien-être pédagogique; engagement, satisfaction.

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Rémy Pawin. Kaléidoscope (numéro 2)

Kaléidoscope du numéro 2 de Sciences & Bonheur.

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Thierry Nadisic. Recension résumée de l’ouvrage « well-being: challenging the Anglo-Saxon hegemony » (Catherine Coron et Louise Marie Dalingwater)

Depuis les travaux précurseurs de Richard Easterlin dans les années 1970, la science économique a fortement développé les travaux sur le bonheur. Or, ces recherches, majoritairement anglo-saxonnes, ont privilégié une approche libérale du concept où le marché, la prise de risque, l’individualisme et l’aspect matériel occupent une place centrale. L’ouvrage « well-being : challenging the Anglo-Saxon hegemony », coédité par deux chercheures françaises spécialisées dans la langue et la culture anglosaxonne permet d’y voir plus clair. Il montre les racines et les spécificités communes de ce modèle anglais et américain du bonheur. Nous y découvrons par exemple l’influence première de Bentham et de son principe d’utilité ainsi que la manière dont l’approche pluraliste flexible de Sen peut permettre de l’élargir pour y incorporer l’éthique. Nous comprenons également mieux comment ce modèle a été utilisé dans la mesure du bien-être et la mise en place de politiques publiques néolibérales. Enfin, nous sommes initiés à des approches alternatives du bonheur, comme celle des Navajos pour qui la famille, la tradition et la spiritualité sont les composantes les plus importantes. L’ouvrage représente une belle démonstration de la spécificité du modèle anglo-américain et de sa force pour inspirer l’action publique tout en montrant ses limites liées à son inadaptation à d’autres cultures.

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Jean Heutte. L’environnement optimal d’apprentissage : contribution de la recherche empirique sur les déterminants psychologiques de l’expérience positive subjective aux sciences de l’éducation et de la formation des adultes

En tant que pionnier de la recherche empirique sur les déterminants psychologiques de l’expérience positive subjective, via l’élaboration de la théorie de l’autotélisme-flow, Mihaly Csikszentmihalyi est l’inspirateur de la psychologie positive. Afin de mieux illustrer la portée de cette théorie majeure de la psychologie scientifique contemporaine, nous mettrons en lumière son importante contribution à la recherche fondamentale en sciences de l’éducation et de la formation des adultes, tout au long et tout au large de la vie (éducation formelle, non formelle ou informelle). Enfin, après un focus sur la dimension sociale de la motivation, dans un dernier temps, nous élargirons notre propos pour souligner la portée universelle du modèle de la « sélection psychologique » (cf. « 3e paradigme de l’évolution ») selon lequel le flow serait l’un des catalyseurs fondamentaux des processus biologiques, culturels et psychologiques au cœur de l’évolution humaine.

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Neil Thin. Sociologie positive et empathie appréciative : Histoire et perspectives

Cet article explore les contributions de la sociologie (et des disciplines voisines telles que l’anthropologie, les politiques publiques et les études culturelles) aux travaux de recherche sur le bien-être depuis les Lumières jusqu’à ce jour. Les penseurs avant le 20e siècle, dont les œuvres ont posé les bases des sciences sociales, prenaient le thème du bonheur au sérieux, comme un enjeu central de leurs recherches. Au cours du siècle dernier, les sociologues ont réalisé d’importantes contributions pour comprendre le bonheur, bien que l’absence de cette thématique des manuels, des encyclopédies et des colloques suggère qu’elle n’a jamais été centrale dans les courants dominants. Le rôle de la sociologie dans les recherches sur le bonheur pourrait être considérablement renforcé à travers des approches plus systématiques et explicites, en particulier suivant des méthodes qualitatives. Celles-ci se développeront sans doute prochainement, à mesure que la discipline converge avec les autres sciences sociales (notamment la psychologie et l’économie) qui ont déjà réalisé de grands progrès en convainquant le grand public et les responsables politiques qu’un sujet aussi évanescent que le bonheur puisse être analysé et évalué d’une manière à la fois éclairante et scientifiquement robuste. Une focale bonheur (« happiness lens ») est souhaitable si l’objectif est de renforcer les contributions de la sociologie à la compréhension et à l’essor de sociétés harmonieuses et de vies épanouies. Cette focale pourrait compléter l’approche « pathologiste » avec une certaine « positivité », elle insisterait sur les efforts emprunts d’empathie pour respecter la subjectivité du moi, et viendrait promouvoir le holisme et l’analyse du cycle de vie.

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Stefano Bartolini et Francesco Sarracino Heureux pour combien de temps ? Comment le capital social et la croissance économique influencent le bien-être subjectif .

Quels sont les éléments qui permettent de prédire l’évolution du bien-être subjectif ? Dans cet article, nous mettons en lien les évolutions du bien-être subjectif avec celles du capital social et du PIB. Nous montrons qu’à moyen ainsi qu’à long terme, le capital social est un bon prédicteur du bien-être subjectif. À court terme, cette corrélation est moins évidente, les variations du capital social ne permettent de prédire qu’une faible partie de celles du bien-être subjectif. Le PIB suit le mouvement inverse, confirmant ainsi le paradoxe d’Easterlin : le PIB est corrélé de façon plus forte au bien-être à court terme qu’à moyen terme, tandis qu’à long terme cette corrélation disparaît.

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Thomas Seguin. Autour d’une société des affects positifs

L’attention grandissante portée à la notion de bien-être, et de bonheur, provient sans nul doute d’une nouvelle conceptualisation de la pensée de la croissance. Progressivement la croissance post-matérialiste se substitue à la croissance matérialiste en ce que les déterminants qualitatifs et subjectifs de l’individualité deviennent prépondérants. Néanmoins, il ne faudrait pas non plus réitérer une vision cumulative simplement individualiste qui a été celle de la croissance mesurée de manière matérialiste, il conviendrait en effet de prendre en compte le bonheur d’un individu pris dans un environnement plus ample d’interactions sociales. Situer le bonheur individuel en fonction des interactions sociales dans une réalisation du bonheur collectif constitue probablement un des défis majeurs d’une pensée du bonheur, reposant ainsi la vieille thématique sociologique de l’harmonie entre le milieu social et l’individu, ou plus proche de nous celle de l’émancipation. C’est en termes de « rapport » que nous pouvons imaginer une société du bonheur en suivant notamment les enseignements de Spinoza, Deleuze et Foucault. L’individu n’existe en effet que dans un rapport avec son environnement élargi. Mais comment savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais dans ces rapports aux êtres et aux choses ? Il s’agit de cheminer par la théorie des affects vers une adéquation ontologique du soi au rapport, comme un pont entre l’ordre individuel, intime et collectif. C’est ainsi que nous pouvons délimiter les synergies ou notions communes, qui sont autant d’indicateurs du politique et de la régulation sociale. Cette éthique du rapport nous aide à conceptualiser les affects positifs, ferments d’un sentiment de confiance. La connaissance même des affects de joie et de tristesse permet de transiter vers une définition du bonheur. Au fond la nature même de cette définition requiert de reposer la question de l’ontologie humaine. Mais l’ontologie qui émergerait à partir de tous ces ajustements relatifs ne saurait correspondre à une conception absolue du bonheur, elle donnerait cependant des clés pour saisir sa dimension qualitative au plus proche des relations humaines. Il importe donc de tracer la méthodologie qui nous permette de poser cette question dans une vision globale de la société.

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Yankel Fijalkow. Du confort au bonheur d’habiter

Cet article se propose de déconstruire la notion de confort à l’aune de celle, plus subjective, du bonheur d’habiter. Dans une perspective socio-historique, il s’attache à identifier les valeurs de l’habitat de manière à les détacher de la question des équipements domestiques et à rendre compte des différentes situations de vulnérabilité résidentielle vécues en France aujourd’hui. De cette réflexion émerge un élargissement des enjeux politiques de l’habiter.

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