Thierry Nadisic. Recension résumée de l’ouvrage « well-being: challenging the Anglo-Saxon hegemony » (Catherine Coron et Louise Marie Dalingwater)

Depuis les travaux précurseurs de Richard Easterlin dans les années 1970, la science économique a fortement développé les travaux sur le bonheur. Or, ces recherches, majoritairement anglo-saxonnes, ont privilégié une approche libérale du concept où le marché, la prise de risque, l’individualisme et l’aspect matériel occupent une place centrale. L’ouvrage « well-being : challenging the Anglo-Saxon hegemony », coédité par deux chercheures françaises spécialisées dans la langue et la culture anglosaxonne permet d’y voir plus clair. Il montre les racines et les spécificités communes de ce modèle anglais et américain du bonheur. Nous y découvrons par exemple l’influence première de Bentham et de son principe d’utilité ainsi que la manière dont l’approche pluraliste flexible de Sen peut permettre de l’élargir pour y incorporer l’éthique. Nous comprenons également mieux comment ce modèle a été utilisé dans la mesure du bien-être et la mise en place de politiques publiques néolibérales. Enfin, nous sommes initiés à des approches alternatives du bonheur, comme celle des Navajos pour qui la famille, la tradition et la spiritualité sont les composantes les plus importantes. L’ouvrage représente une belle démonstration de la spécificité du modèle anglo-américain et de sa force pour inspirer l’action publique tout en montrant ses limites liées à son inadaptation à d’autres cultures.