Postface : Sens et bonheur face à l’absurdité du malheur | Christian Heslon

Le texte qui suit a pour l’essentiel été élaboré avant que ne gronde la guerre en Ukraine. Depuis lors, ce septième volume de Sciences & Bonheur intitulé « Sens et bonheur : Regards pluriels sur deux concepts en débat », résonne étrangement : s’il n’est ni sûr que le sens soit condition du bonheur, ni que le bonheur donne du sens à l’existence, il est en revanche certain que la guerre conjugue les deux antonymes du sens et du bonheur : elle n’est que malheur absurde. Nous nous serions pourtant tellement volontiers passés de cette démonstration du fait que, si les liens entre sens et bonheur sont diffus, le non-sens et l’absurde conduisent nécessairement au malheur …

1. Sens et bonheur, deux notions aux destins contrastés

Cette nouvelle livraison de la revue Sciences & Bonheur met au regard l’une de l’autre deux notions à l’actualité paradoxale : le « sens » et le « bonheur ». En effet, l’actuel succès du « sens » ne fait aucun doute, au point qu’il mérite d’être interrogé. Quant au « bonheur », il fait l’objet d’une vive ambivalence, notamment en France, ainsi que l’a montré Gaël Brulé (2020). Dès lors, conjoindre sens et bonheur confine autant à l’aporie qu’à l’oxymore. D’un côté, l’intuition commune voudrait sans doute que le fait de vivre des choses qui « ont du sens » contribue au bonheur, voire en procure. De l’autre, la recherche métaphysique de sens (sens de la vie / sens de sa vie ; sens du travail / sens au travail) risque fort de faire sombrer dans des abymes existentiels fort éloignés du bonheur, voire dans cet « anéantissement » de soi qui caractérise à certains égards notre époque et que Michel Houellebecq (2022) vient de dépeindre avec l’habituelle finesse ironique qui sert d’encre à sa plume. On sait d’ailleurs, depuis Jean-Paul Sartre (1943), que le néant constitue simultanément la condition et la négation de l’être.

Deux traditions s’opposent ici en psychologie : la tragique et la pragmatique. La première de ces traditions psychologique, que j’appelle tragique, s’enracine dans la philosophie classique, particulièrement allemande et, bien entendu, dans la psychanalyse freudienne. La seconde tradition, celle de la psychologie pragmatique, s’enracine dans la tradition plutôt nord-américaine, notamment initiée par William James à l’époque où Sigmund Freud fondait la psychanalyse. Sans retracer ici les diverses filiations et les multiples cousinages auxquels ces deux branches de la psychologie ont donné lieu en 130 ans, contentons-nous de remarquer que l’actuel regain de la psychologie existentielle articule ces deux traditions, quand la psychologie positive fait du bonheur non seulement un objet d’étude, mais encore un but louable, là où, au contraire, certains courants de la psychologie sociale s’en défient – ou le considèrent comme une représentation sociale. Voilà d’ailleurs le pari de Sciences & Bonheur, première revue francophone consacrée à l’approche scientifique du bonheur, dans un espace linguistique où il a moins bonne presse que dans l’anglo-saxon, selon une approche tirée de recherches et de travaux réflexifs, mais aussi expérimentaux et cliniques, qui ont pour partie l’habitude de considérer ce thème avec circonspection. Le bonheur apparaît en effet mal objectivable, flou, voire quelque peu vulgaire, banal, trop convenu pour être honnête, contrairement au « bien-être », notion mieux décrite, évaluée et objectivée par de nombreuses publications internationales qui tendent à faire consensus.

Et voici donc que cet objet suspect, en tout cas insuffisamment noble pour mériter un traitement scientifique, est ici croisé avec la notion de « sens » ! Cette relation ressemble à ces « allant de soi » hier pourfendus par les ethno-méthodologues : le bonheur passerait évidemment par le sentiment que les choses ont du sens. Mais, je viens de l’indiquer, la recherche de sens peut aussi conduire à la quête insatiable, à l’obsession, à l’angoisse, bref, à tout ce qui s’oppose au bonheur. J’ajouterais que si l’absurdité de la guerre est source de malheur, toute une partie de la tradition pragmatique en psychologie découle de l’absolue absurdité du malheur de la guerre, notamment celle que l’on nomme encore la « seconde » guerre mondiale – postulant qu’il n’y en aura pas de troisième – plus précisément des camps d’extermination nazis. Ainsi de la plupart des modèles et concepts les plus véhiculés par la psychologie existentielle et une partie de la psychologie positive, à commencer par la logothérapie de Viktor E. Frankl, dont on sait qu’il la déduisit de sa propre expérience d’Auschwitz : ceux qui, comme lui, y survécurent avaient développé leur vie intérieure et leur capacité à trouver du sens malgré l’horreur absurde dans laquelle ils étaient jetés. De même, les concepts de résilience et de coping résultent de chercheurs marqués par la Shoah, dans leur propre vie ou celle de leurs familles.

Or c’est 60 ans après la Shoah que la notion de sens connaît à nouveau un grand succès, bien au-delà de ses disciplines d’origine que sont la philosophie, la linguistique et la sémiologie. Aux débuts des années 2000 en effet, apparaissent d’une part la quête spirituelle devant le matérialisme triomphant du capitalisme de consommation, d’autre part les interrogations existentielles sur le sens d’une vie vouée à un travail souvent insatisfaisant au sein d’un Monde menacé d’effondrement écologique et géopolitique. En résulte le grand succès et l’intensification des publications scientifiques sur le sens, dont trois font précisément l’objet des recensions d’ouvrages réunies dans ce septième volume de Sciences & Bonheur. Celle de Nadia Baatouche est consacrée à la deuxième édition de l’ouvrage « Psychologie de l’accompagnement. Concepts et outils pour développer le sens de la vie » (Bernaud et al., 2020). Cette nouvelle édition, révisée et enrichie par rapport à la première, présente une méthode d’accompagnement psychologique visant à développer le sens de la vie et du travail, voire de la vie au travail, après avoir fourni nombre de repères théoriques sur ces notions.

La recension rédigée par Mathilde Moisseron-Baudé concerne l’ouvrage « Coaching existentiel. Accompagner la recherche de sens au travail » (Omid Khoneh-Chari, 2020). Ce livre débusque les problématiques » existentielles qui se logent dans les questionnements professionnels et propose une forme adéquate de coaching. La troisième recension due à Laurent Sovet présente « Meaning in life: An evidence-based handbook for practitioners » (Vos, 2018). Ce manuel explore le vaste champ des thérapies d’orientation existentielle. Ces trois recensions centrées sur le sens illustrent l’engouement dont cette notion, à peu près réservée voici vingt ans aux philosophes, linguistes et sémiologues, fait désormais l’objet, puisque chacun des trois ouvrages ici recensés comporte à chaque fois une importante bibliographie francophone et anglophone récente. Rien à voir avec la réserve prudente, quand ce n’est pas la méfiance, qui entoure encore les trop rares publications francophones sur le bonheur en sciences humaines et sociales.

2. Interroger le sens pour interroger le bonheur

Partant, n’est-il pas pertinent d’interroger ce succès du sens en même temps que l’insuccès du bonheur ? Si les travaux sur le sens, dans ses trois dimensions (signification, direction, sensation) sont pléthore, n’est-ce pas par un effet de mode auquel la présente revue, pourtant centrée sur le bonheur qui est tellement encore parent pauvre des sciences humaines et sociales, vient elle-même de sacrifier ? S’il est certain que les gens s’interrogent sur le sens de ce qu’ils vivent ou font, il n’est pas moins patent qu’ils cherchent surtout à être heureux – sans toujours savoir s’y prendre. Et si les chercheurs avaient eux-mêmes contribué à fabriquer cette quête de sens ? Si l’engouement récent pour le sens résultait au moins pour partie de la déshérence dans laquelle évoluent les universitaires, intellectuels et penseurs ? Il importe en tout cas d’esquisser une critique de ce concept de sens qui, à force d’être englobant, perd parfois de son acuité.

C’est ainsi que Jean-Pierre Boutinet (2018) rappelle, en une sorte de prolongement de la « déconstruction » de Jacques Derrida, l’instabilité du sens du fait des quatre caractéristiques de toute recherche de sens, par nature toujours singulière, provisoire, partielle et plurielle. Recherche singulière, car « propre à un individu, un groupe ou une collectivité donnée et tributaire de l’histoire de cet individu ou de ce groupe » (Boutinet, 2018, p. 3). Recherche provisoire au sens où Deleuze définissait la recherche de sens comme « une régression infinie qui se nourrit d’un rapport intrinsèque entre le sens et le non-sens » (Boutinet, 2018, p. 4). Recherche « destinée à demeurer partielle, voire fragmentée, si tant est […] que le monde est à jamais insaisissable dans sa profondeur abyssale » (Boutinet, 2018, p. 4). Recherche plurielle, enfin, car « bien que singulière, [elle] se veut plurielle, tant le terme sens est polysémique depuis ses lointaines origines étymologiques puisées dans l’ancien français médiéval (Boutinet, 2018, p. 4).

Autrement dit, le sens fait toujours défaut car il se dérobe dès lors que l’on croit l’avoir trouvé, un peu à la manière dont Lacan suggère que l’objet cause du désir n’est jamais pleinement atteint, que le désir manque toujours son but et que ce manque est source du désir. Le sens est-il alors autre chose que sa quête même, c’est-à-dire l’une des expressions du désir ? Boutinet amplifie alors les modèles habituels du sens qui comportent, comme je l’ai rappelé plus haut, trois dimensions, à savoir la direction, la signification et la sensibilité-sensorialité – cette polysémie étant d’ailleurs restreinte par le terme anglais de meaning, qui souligne surtout la signification, quand le sense renvoie aux sensations et qu’aucun de ces deux mots n’évoquent la direction. Toujours est-il que Jean-Pierre Boutinet distingue (2018, p. 14), à partir de la métaphore de l’embarcation dans un projet :

  • le sens-orientation, soit la proue de l’embarcation et son cap. C’est la direction que le sujet donne à sa vie, le sens vers lequel il dirige son projet. Je distingue à mon tour cinq manières de se déplacer vers une direction, cinq types de trajets possibles pour un projet : la trajectoire du « projet sur », le parcours du « projet pour », l’itinéraire du « projet de », le cheminement du « projet avec » et le combat, dans le cas du « projet contre » (Heslon, 2021, p. 205) ;
  • le sens-sensorialité, soit la poupe de l’embarcation et les traces qu’elle laisse dans son sillage (les cinq sens sont traces olfactives, auditives, visuelles, tactiles et gustatives, ainsi que l’illustre la célèbre madeleine de Proust) ;
  • le sens-justification, situé à la quille de l’embarcation qui lui permet de se stabiliser, de bifurquer, de s’équilibrer par un ancrage dans des motivations consistantes (la justification correspondant aux significations que le sujet attribue à son action) ;
  • le sens-interaction, soit les significations qui découlent de la rencontre et de la confrontation avec les personnes significatives, ici l’équipage et les passagers (parfois clandestins) croisés sur le pont de l’embarcation – ce qui permet de distinguer les deux versants de la signification : celle issue de la réflexivité intra-personnelle (le sens que le sujet donne à son action) et celle résultant de l’échange dialogique interpersonnel (le sens de l’action qui découle du dialogue – ou de l’incommunicabilité – avec autrui). Jean Guichard (2004) nomme « réflexivité duelle » la réflexivité intra-personnelle (le sujet (se) réfléchit) et « réflexivité ternaire » l’échange dialogique interpersonnel (le sujet, autrui et la réflexion produite par l’un chez l’autre);
  • le sens-sensibilité, enfin, désigne ce qui se joue au niveau du mât, des voiles et du vent qui pousse ou freine l’embarcation dans un projet : le navigateur y puisera des informations l’invitant à maintenir ou corriger le cap (sens-orientation), à y relire les informations fournies par le sens-sensorialité, à revisiter le sens-justification qui sert de quille à son esquif, à transiger aussi, avec lui-même et autrui, en fonction du sens-interaction tel qu’il évolue au gré de ses interactions avec les personnes significatives qui l’entourent en cette navigation subtile qui est l’odyssée de tout un chacun.

3. Quelles connivences entre sens et bonheur ?

Cette modélisation du caractère fluctuant de toute recherche de sens, insaisissable autrement que dans son mouvement sur les flots capricieux de la vie, rappelle le fameux fluctuat nec mergitur des latins : flotter sans sombrer. Elle est aussi l’occasion de rappeler que l’étymologie de l’opportunité, ob-portus, désigne le vent propice qui ramène au port, quand celle de la précarité, precarius, « obtenu par la prière », indique une situation de naufrage dans laquelle il ne reste plus qu’à s’en remettre à la puissance divine (Heslon, 2008). Devant ce caractère précaire et, pour tout dire, transitoire de tout sens (transire veut dire « mourir »), l’intelligibilité critique des cinq sens du sens (orientation, sensorialité, justification, interaction et sensibilité) renseigne déjà à deux égards. D’abord sur les significations de l’actuel besoin de sens – et ses limites. Ensuite, sur les connivences possibles mais incertaines entre sens et bonheur qu’explore ce n° 7 de Sciences & Bonheur – quand les connivences entre non-sens et malheur paraissent à l’inverse mieux établies…

Commençons par le besoin de sens. Ce besoin résulte certes de ce que Jean-François Lyotard (1979) nomma la « fin des grands récits de la modernité » (la science, le progrès, les Lumières, etc.), dès lors que ces récits échouèrent à se substituer aux grands récits antérieurs que fournissaient les traditions, les mythologies et les religions. Mais ce besoin et cette quête de sens qui envahit notre modernité tardive résulte aussi de l’attractif sentiment de découverte que procure le séduisant concept de sens aux chercheurs en sciences humaines et sociales, souvent éloignés quand ce n’est pas ignorants, de la philosophie et de l’anthropologie – dont je ne suis pas non plus grand spécialiste. Ainsi, si ce concept de sens apparaît comme une réponse englobante prometteuse, c’est souvent faute de n’en avoir pas opéré la déconstruction critique – dont je viens de proposer l’une des modalités possibles, qui reste certes à approfondir, critiquer, contester ou documenter. Bref, le besoin et la quête de sens nécessitent d’étayer sa modélisation au regard des vies plurielles et fluctuantes qui sont celles des adultes contemporains. Entre pandémie mondiale et menace de guerre planétaire, nous sommes désormais servis ! Sans oublier les crises existentielles ou identitaires qui fragilisent de longue date les avancées en âge adulte, tant du point de vue psycho-affectif (couple, famille, deuils, traumatismes) que psychosocial (études, travail, retraite). Alors oui, l’intelligibilité des différentes dimensions et fonctions du sens peuvent s’avérer utiles à se maintenir à flot face aux tempêtes de nos vies d’aujourd’hui. Fluctuat nec mergitur.

Cependant, se maintenir simplement à flot, c’est-à-dire échapper au malheur, survivre au transitoire, sortir du précaire et saisir le sens de l’opportunité ne suffit pas au bonheur. Car le bonheur n’est ni la sortie du malheur, ni son absence. C’est une sensation, presque une sensualité, cette sixième déclinaison du sens associée aux cinq autres que je viens de décrire : l’orientation, la sensorialité, la justification, l’interaction et la sensibilité. C’est ainsi que nous en arrivons aux connivences plausibles quoiqu’incertaines entre « sens » et « bonheur », telles que ce septième volume de Sciences & Bonheur les explore.

C’est tout d’abord Samia Ben Youssef Mnif qui explore les convergences et divergences des conceptions culturelles occidentale et arabo-musulmane du bonheur. C’est ensuite Marie-Pierre Demon Feuvrier qui présente un modèle intégratif du bonheur permettant d’en mieux saisir le sens. Stéphane Bozon et Shékina Rochat présentent la logique « effectuale » pouvant redonner du sens aux carrières individuelles et à la vie sur Terre tout en tendant vers un certain bonheur. C’est enfin Shékina Rochat et Caroline Arnoux-Nicolas qui montrent les perspectives ouvertes par l’approche ludique, permettant à la fois de développer du sens et, au moins dans certains cas, du bonheur. Si ce panorama n’est pas exhaustif, il est assez complet, donnant déjà grandement à penser les connivences entre sens et bonheur :

  • en premier lieu, quel(s) sens donne-t-on au bonheur ? Quelles sont les perceptions sensibles qui l’identifient et les sensations qu’il procure, quelles sont ses différentes significations selon les approches et les cultures, vers quelles directions oriente-t-il les actions, mais aussi les personnes et les groupes ?
  • en second lieu, en quoi les pratiques guidées par le sens contribuent-elles au bonheur et comment, symétriquement, le sentiment de bord éclaire-t-il sous un nouveau jour le sens de la vie, celui des actions menées ou des projets échafaudés ?

4. Conclusion

Tout un programme, donc ! D’autant plus nécessaire et précieux qu’il est le seul dont je dispose, depuis les fragiles menées de la psychologie universitaire où je me tiens, pour contrarier l’absurde malheur de la guerre qui gronde…

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#kaleidoscope

Appel à contribution: L’incertain La…

Appel à contribution: L’incertain

La revue Sciences et Bonheur lance en partenariat avec le Learning Planet Institute un appel
à contributions sur l’incertain. Les contributions soumises peuvent provenir de différentes
perspectives (sociologiques, anthropologiques, économiques, psychologiques, politiques
etc…) et s’inscrire au niveau systémique, social, organisationnel ou personnel. Si l’incertain
est polymorphe, les articles devront être reliés à une forme de bien-être. Les contributions
pourront s’appuyer sur les acceptions multiples du mot et s’inscrire dans l’un des axes
suivants.

Axe 1: ”hasard”, réflexions sur le hasard et les ferments de bonheur qu’il peut contenir ou
empêcher
Axe 2: « incertitude », acceptation et contrôle de l’incertitude aux niveaux individuel,
organisationnel et sociétal, les liens entre responsabilités et incertitude
Axe 3: “risques”, mesure de l’incertitude, des seuils de risque
Axe 4: “avenir”, lien à l’avenir, au futur, questions écologiques

Les contributions prendront la forme de revues de questions, d’études empiriques ou de
textes de réflexion. Les contributions devront être présentées de manière conforme aux
standards de la revue Sciences et Bonheur et ne dépasseront pas 50 000 signes (notes et
références comprises).

Si vous souhaitez proposer un projet d’article dans le cadre de ce numéro thématique, merci
de nous faire parvenir un résumé de 400 mots maximum de votre proposition d’article,
accompagnée d’un titre, de quatre à six mots-clefs, d’une bibliographie indicative et de vos
coordonnées, par courriel pour le 15 juillet 2022 au plus tard à l’adresse électronique
suivante : edition@sciences-et-bonheur.org
Les propositions qui auront été jugées pertinentes par la direction scientifique devront
s’engager à fournir la version finale de leur texte pour le 15 novembre 2022 au plus tard.
Nous attendons vos contributions !

Appel à contributions pour le…

Appel à contributions pour le numéro 9: développement durable et bien-être

Suite au succès de l’appel à communications sur les liens entre développement durable et bien-être en lien avec le CRI, nous avons décidé de réaliser un double numéro (n°8/n°9). Le numéro 8 est en cours de réalisation, mais il reste une dernière possibilité d’envoyer une proposition de communication pour le numéro 9. Si vous voulez explorer les liens divers, congruents ou contradictoires entre ces deux grandes thématiques, que ce soit théoriquement, empiriquement ou de manière critique, merci de nous envoyer vos propositions avant le 7 décembre 2021 à l’adresse suivante : edition@sciences-et-bonheur.org
Les propositions qui auront été jugées pertinentes par la direction scientifique devront s’engager à fournir la version finale de leur texte pour le 30 avril 2022 au plus tard.

Introduction au numéro thématique « Bien-être des enfants : Définitions, évaluations et interventions » / Laurent Sovet et Agnès Florin

Introduction to the theme issue « Child Well-Being: Definitions, assessments, and interventions »

Le bien-être des enfants dans leurs différents contextes de vie constitue un sujet de préoccupation important dans nos sociétés contemporaines et notamment auprès de la communauté scientifique, des pouvoirs publics et des organisations internationales. Loin d’être un sujet nouveau ou à la mode, le bien-être des enfants s’inscrit dans une évolution socio-historique qui a connu une accélération au cours du XXème siècle à travers le mouvement de la promotion des indicateurs sociaux qui apparaît dans les années 1960 et la ratification de la déclaration de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) par 195 pays en 1989 (Ben-Arieh, 2008 ; Martin et al., 2019 ; Sandin, 2014). Les conceptualisations et le choix des indicateurs pour opérationnaliser et mesurer le bien-être des enfants ont été particulièrement débattus avec des difficultés à identifier des consensus (Pollard & Lee, 2003). Il y a aujourd’hui une vision partagée sur le fait que le bien-être des enfants doit s’appréhender à travers de multiples indicateurs (Amerijckx & Claire-Humblet, 2014 ; Ben-Arieh et al., 2014). En l’occurrence, des taxonomies organisées autour d’indicateurs d’ordre physique, psychologique, social, matériel et cognitif sont proposées pour en comprendre le dynamisme et la complexité (Amerijckx & Claire-Humblet, 2014 ; Gromada et al., 2020 ; Martin et al., 2019 ; Moore et al., 2012 ; Pollard & Lee, 2003). La définition proposée par Ben-Arieh et Frønes (2007, p. 1) rendre compte de ces différents enjeux :

« Le bien-être des enfants englobe la qualité de vie au sens large. Il renvoie à la situation économique de l’enfant, à ses relations avec ses pairs, à ses droits politiques et aux possibilités d’épanouissement qui s’offrent à lui. La plupart des études se concentrent sur certains aspects du bien-être des enfants soulignant souvent les variations d’ordre social et culturel. Par conséquent, si l’on veut saisir le bien-être dans sa globalité, il faut utiliser des indicateurs couvrant divers aspects de celui-ci. »

L’élaboration et les débats autour des cadres épistémologiques et méthodologiques pour définir et mesurer le bien-être des enfants, la démultiplication d’enquêtes et d’études nationales et internationales qui explorent le bien-être des enfants – dans sa variabilité et ses déterminants – à travers de nombreux indicateurs objectifs et subjectifs ou encore les interventions ou les politiques publiques visant à favoriser et promouvoir le bien-être de tous les enfants, notamment les enfants en situation de vulnérabilité, contribuent à l’avancement des connaissances et des pratiques sur le sujet. L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OECD, 2009) rappelle également l’importance d’examiner le bien-être à toutes les périodes de l’enfance et à développer une vision sur le long terme pour construire un bien-être durable. La prise en compte du point de vue des enfants sur leur bien-être se révèle essentielle pour apporter une meilleure compréhension sur le sujet et proposer des interventions et mesures adaptées à leur situation (Florin, 2017 ; Rouyer et al., 2020).

La crise sanitaire de la Covid-19 s’est accompagnée de mesures de confinement et de modifications plus ou moins importantes dans la vie quotidienne des enfants et des adultes dont il est encore difficile d’en mesurer pleinement l’impact dans les trajectoires des enfants (Berasategi Sancho et al., 2021 ; Cowie & Myers, 2021 ; Patrick et al., 2020). Cette situation exceptionnelle rappelle que le bien-être des enfants doit s’explorer et se comprendre à la croisée de facteurs individuels et environnementaux et qu’il peut être amené à évoluer de manière très rapide dans des contextes marqués par le changement, l’imprévisibilité et la précarité. Il convient également d’évaluer les répercussions de la pandémie en interrogeant à court, moyen et long termes (OECD, 2021).

L’objectif de ce numéro thématique est de mettre en perspectives les débats contemporains autour du bien-être des enfants en rassemblant huit articles. Il s’inscrit dans le prolongement du colloque international et pluridisciplinaire organisé par le Centre de recherches en éducation de Nantes (CREN, EA2661) à l’Université de Nantes les 20 et 21 juin 2019 ayant pour titre : « Le monde des enfants et leur bien-être. Accompagner le développement de tous les enfants » et le séminaire de restitution de l’enquête mondiale Children’s World Survey portant sur le bien-être des enfants des enfants de 8 à 12 ans. De manière transversale, chaque contribution de ce numéro thématique se caractérise par une introduction visant à présenter les cadres épistémologiques mobilisés pour appréhender le bien-être des enfants. Trois axes tendent également à émerger.

Les trois premiers articles se caractérisent par des enquêtes nationales portant sur le bien-être des enfants même si elles se différencient sur les objectifs visés, la période de l’enfance concernée et le choix des indicateurs de bien-être. Laurent Sovet, Macarena-Paz Celume, Stéphanie Constans, Agnès Florin, Philippe Guimard, Nicolas Guirimand, Judikaëlle Jacquin et Isabelle Nocus (2021) présentent les résultats préliminaires d’une enquête menée auprès de 2 270 élèves en classe de CM2 en France dans le cadre de la troisième édition de l’enquête internationale Children’s World Survey. Les auteur·e·s décrivent de manière détaillée les cadres conceptuels et méthodologiques mobilisés pour concevoir l’enquête et recueillir les données. Gwyther Rees (2021) s’appuie sur l’étude de cohorte du millénaire (Millennium Cohort Study) au Royaume-Uni menée auprès de plus de 9 000 enfants âgés de 14 ans pour examiner les facteurs prédictifs du bien-être. Dans cette recherche, le bien-être est abordé comme un indicateur composite comprenant des mesures en lien avec le bien-être cognitif, le bien-être social et le bien-être psychologique. Enfin, Julia Buzaud, Kevin Diter, Agnès Grimault-Leprince et Claude Martin (2021) explorent les conséquences de la crise sanitaire sur le bien-être de plus de 500 lycéen·ne·s en France. Une attention particulière est portée sur le rôle des différences individuelles et notamment sur le sexe et le milieu social.

Les quatre articles suivants questionnent le bien-être dans des contextes de vulnérabilité à travers différentes périodes de la vie. Plus spécifiquement, Jérôme Francis Wandji K (2021) interroge les fondations du droit au bonheur chez l’enfant en Afrique. Il souligne les similitudes, contrastes et paradoxes qui existent entre les droits de l’enfant au niveau international et les droits de l’enfant au niveau des États africains face à un terme parfois mal identifié de « bonheur ». Joseph Bomda (2021) apporte une complémentarité à l’article précédent en interrogeant les représentations du bien-être des enfants chez des parents d’élèves au Cameroun. Il questionne également les rapports à l’école et le rôle des institutions scolaires dans le développement du bien-être des enfants. L’article suivant a été rédigé par Daniel Mellier, Anne Boissel, Nicolas Guénolé, Anne-Laure Poujol, Dominique Guédon et Régine Scelles (2021) et vise à mener une réflexion sur les pratiques d’évaluation du bien-être chez des enfants, adolescent·e·s et adultes de situation de polyhandicap. Le bien-être cognitif et le bien-être psychologique sont plus particulièrement évoqués. Enfin, Erero Njiengwe, Gilles Ndjomo et Odette N-Guifo (2021) abordent la situation des nouveaux-nés prématurés et l’impact de la Méthode Mère Kangourou sur leur prise en charge dans le contexte africain. Ici, il s’agit plutôt d’aborder le bien-être des enfants à travers des indicateurs d’ordre physique.

Enfin, le dernier article rédigé par Pascale Haag et Marlène Martin (2021) vise à discuter les principaux cadres théoriques pour penser et promouvoir le bien-être à l’école. Cette contribution met en dialogue les études scientifiques avec le contexte de la Lab School Paris, une école alternative fondée sur l’expérimentation pédagogique. En conclusion, ces articles apportent conjointement une illustration de l’étendue et de la diversité des définitions, des méthodes d’évaluation et des interventions autour du bien-être des enfants. La prise en compte de leur point de vue est souvent l’objet central pour conduire des études sur leur bien-être. Les discussions laissent entrevoir des pistes de recherche à poursuivre et invitent à une meilleure articulation entre recherches et pratiques et entre communauté scientifique et pouvoirs publics au service de tous les enfants et des adultes en devenir.

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#kaleidoscope

Enquête sur le bien-être des enfants en France : Cadre conceptuel et méthodologique de la Children’s Worlds Survey / Laurent Sovet, Macarena-Paz Celume, Stéphanie Constans, Agnès Florin, Philippe Guimard, Nicolas Guirimand, Judikaëlle Jacquin et Isabelle Nocus

Well-being of children in France: Conceptual and methodological framework of the Children’s Worlds Survey

Résumé

La troisième édition de la Children’s Worlds Survey (CWS) s’est déroulée entre 2016 et 2019 auprès de plus de 128 000 enfants dans 35 pays à travers le monde. Cette enquête internationale portant sur le bien-être de l’enfant a impliqué pour la première fois la France en interrogeant 2 270 élèves scolarisés en classe de CM2 (M = 10.25, ET = .49). Cet article vise à présenter les cadres conceptuels et méthodologiques sur lesquels l’enquête CWS s’appuie. La présentation des principaux résultats permettra d’illustrer les précautions et les potentialités des données recueillies pour interroger la mesure du bien-être chez l’enfant ou explorer ses déterminants.

Mots-clés : Bien-être ; Enfant ; Enquête ; Children’s Worlds Survey ; France.

Abstract

The third edition of the Children’s Worlds Survey (CWS) was conducted between 2016 and 2019 with more than 128,000 children in 35 countries around the world. This international survey on child well-being involved France for the first time by interviewing 2,270 pupils in fifth grade (M=10.25, SD=.49). This article aims to introduce the conceptual and methodological frameworks on which the CWS is based. The presentation of the main results will illustrate the precautions and the potential of the data collected to examine the measurement of well-being in children and to explore its determinants.

Keywords: Well-being; Child; Survey; Children’s Worlds Survey; France.

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#article

Different factors predict different aspects of adolescent well-being: Evidence from the UK / Gwyther Rees

Différents facteurs prédisant différents aspects du bien-être des adolescents : Données du Royaume-Uni

Abstract

This article explores the relationships between four different aspects of child well-being – cognitive development, behavioural development, depression and life satisfaction – and factors associated with them. It makes use of data gathered at three years old and 14 years old for over 9,000 children in the UK Millennium Cohort Study. The analysis demonstrates mostly very weak associations between the four aspects, and evidence of differences in the strength of key factors such as family socio-economic status, early parent-child attachment, current relationships with family and peers in predicting different aspects. The findings support the idea that well-being is a multi-dimensional concept that cannot be reduced to a single metric. It emphasises the importance of clarity of language and concepts when considering potential interventions to improve children’s well-being.

Keywords: Well-being; Depression; Cognitive development; Behavioural development; Adolescence.

Résumé

Cet article explore les relations entre quatre aspects différents du bien-être des enfants – développement cognitif, développement comportemental, dépression et satisfaction de la vie – et les facteurs qui y sont associés. Il exploite les données recueillies à trois ans et à 14 ans pour plus de 9 000 enfants dans le cadre de l’étude britannique Millennium Cohort Study. L’analyse révèle des associations généralement très faibles entre les quatre aspects, ainsi que des différences observables dans la force des facteurs clés tels que le statut socio-économique de la famille, l’attachement précoce parent-enfant, les relations actuelles avec la famille et les pairs pour prédire les différents aspects. Les résultats soutiennent l’idée que le bien-être est un concept multidimensionnel qui ne peut être réduit à une seule mesure. Ils soulignent l’importance de la clarté du langage et des concepts lors de l’examen des interventions potentielles visant à améliorer le bien-être des enfants.

Mots-clés : Bien-être ; Dépression ; Développement cognitif ; Développement comportemental ; Adolescence.

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Les effets inégaux de la crise sanitaire et du confinement sur le bien-être des lycéen·ne·s / Julia Buzaud, Kevin Diter, Agnès Grimault-Leprince et Claude Martin

The unequal effects of the coronavirus crisis and of lockdown measures on the wellbeing of high school students

Résumé

Entre le 15 mars et le 11 mai 2020, un confinement complet a été mis en place en France par le gouvernement dans le but de lutter contre la propagation du coronavirus. Enfants et adultes étaient assignés à résidence et n’avaient le droit de sortir qu’une heure par jour en dehors de motifs impérieux. Cet article propose de saisir l’effet (socialement différencié) de la crise sanitaire et des mesures de restriction de liberté sur le niveau de bien-être de lycéen·ne·s. À partir d’une enquête exploratoire réalisée, pendant la période de confinement, auprès d’élèves scolarisés dans un établissement de l’Ouest de la France (N = 507), il souligne deux résultats importants. D’une part, la crise sanitaire a eu des effets inégaux sur le niveau de bien être des adolescent·e·s selon leur sexe et leur niveau scolaire. D’autre part, la baisse plus forte du niveau de bien-être frappe celles et ceux qui indiquaient déjà un niveau de bien-être plus faible avant le confinement, de sorte que le confinement ne fait pas que reproduire des inégalités, mais semble également les renforcer, et ce dès l’adolescence.

Mots-clés : Bien-être ; Adolescence ; Effet du confinement ; Inégalités sexuées et sociales.

Abstract

Between March 15 and May 11, 2020, a strict national lockdown was implemented in France by the government in order to combat the spread of the coronavirus. Children and adults were under house arrest and were only allowed to go out for one hour a day outside of compelling reasons. This article seeks to understand the (socially differentiated) effects of the health crisis and measures restricting individual freedoms on the level of wellbeing of high school students. Based on an exploratory survey carried out during the lockdown among students enrolled in an establishment in western France (N=507), two important results are underlined. On the one hand, the coronavirus crisis has had uneven effects on the level of wellbeing of adolescents according to their gender and their level of education. On the other hand, the strongest drop in the level of wellbeing hits those who already indicated a lower level of wellbeing before the lockdown, so that lockdown measures not only reproduce inequalities, but also seem to strengthen them, starting in adolescence.

Keywords: Wellbeing; Adolescence; Effect of lockdown; Gender and social inequalities.

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Droit et bonheur de l’enfant en Afrique : Droit au bonheur ou droit du bonheur ? / Jérôme Francis Wandji K

Rights and happiness of children in Africa: Right to happiness or right to the pursuit of happiness

Résumé

Si l’on appréhende le bonheur comme un état d’équilibre ou à tout le moins l’absence de soucis résultant de la satisfaction des besoins matériels et immatériels essentiels, on est bien forcé de reconnaitre qu’il relève pour une part d’une démarche volontaire et rationnelle. De ce fait celui de l’enfant lui échappe (du fait de son immaturité) pour dépendre des adultes (famille, société). Aussi la société internationale ou société des États (dont l’ONU et l’Union africaine en sont des manifestations) a-t-elle construit, à travers deux conventions (universelle et africaine), un droit du bonheur de l’enfant en Afrique. Elle l’a fait en prescrivant sous forme de droits individuels dans quelles conditions matérielles, dans quel état d’esprit l’enfant africain doit vivre, et ce qu’il doit acquérir d’un point de vue intellectuel pour prétendre au bonheur. En tant qu’être vulnérable et par conséquent objet de protection, l’enfant est protégé dans sa dimension physique par la reconnaissance d’un ensemble de droits concourant à son bien-être et qui sont des paramètres de son bonheur matériel. En tant que sujet de droit, l’enfant est un adulte en devenir et de ce fait, pour assurer son autonomie, il a droit à un développement psycho-intellectuel par la jouissance notamment du droit à l’éducation et des libertés de l’esprit qui sont des paramètres du bonheur immatériel. Autrement dit, le Droit catégoriel de l’enfant potentialiserait son bonheur en protégeant à la fois les éléments objectifs et subjectifs de sa définition. Toutefois ce droit ne semble pas encore garantir le bonheur de l’enfant en Afrique. Celui-ci souffre par endroit, d’une part d’un contexte de crises sociopolitiques (guerre, famine, sécheresse, mauvaise gouvernance…) et d’autre part de l’absence de volonté politique. Certains gouvernants en effet ne font pas de la protection de l’enfance une préoccupation majeure de la politique publique de l’État sapant en cela le projet de bonheur ou de bien-être public exprimé dans les Constitutions africaines. Dans un contexte où l’enfant est vanté en tant que l’avenir de la nation, un tel objectif est difficilement envisageable sans la potentialité d’un bonheur individuel de l’enfant.

Mots-clés : Droit catégoriel de l’enfant ; Droit du bonheur de l’enfant ; Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant ; Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ; Besoins matériels et immatériels de l’enfant ; Constitution ; État social ; Bonheur ou bien-être public.

Abstract

If happiness is to be understood as a state of equilibrium, or at least the absence of worry, resulting from the satisfaction of essential material and immaterial needs, then we are forced to recognize that happiness is partly a consequence of voluntary and rational measures. Therefore, the child’s needs are beyond their control (because of their immaturity), since they depend on adults (family, society). The international community (of which the United Nations and the African Union are manifestations) has built, through two conventions (universal and African), a right to happiness for children in Africa. The international community has built this right by prescribing, in the form of individual rights, under what material conditions and in what state of mind African children must live, and what they must acquire from an intellectual point of view to be happy. As a vulnerable being and therefore worthy of protection, children are physically protected by the recognition of a set of rights contributing to their wellbeing and which set the parameters of their material happiness. From a legal perspective, children are adults in the making. To ensure their future autonomy, children have the right to a psycho-intellectual development, manifest through the rights to education and to intellectual freedom, which are aspects of immaterial happiness. In other words, the rights of children contribute to their happiness by protecting both its material and immaterial elements. However, these rights do not yet appear to guarantee the happiness of children in Africa. They suffer in places, on the one hand from socio-political crises (war, famine, drought, bad governance …) and on the other hand from the absence of political will. Certain governments do not make the protection of children a major concern of the State’s public policy, thereby undermining the project of happiness or public wellbeing expressed in African constitutions. In a context where children are hailed as the future of the nation, such goals are hardly possible without children’s happiness.

Keywords: Categorical rights of the child; Child’s right to happiness; United Nations Conventions on the Rights of the Child; African Charter on the Rights and welfare of the Child; Material and immaterial needs of child; Constitution; Social state; Public happiness or welfare.

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Modèle normatif d’éducation des organisations internationales, perception du bien-être infantile et scolarisation dans la zone d’éducation prioritaire de l’Adamaoua (Cameroun) / Joseph Bomda

The normative model of education of international organizations, perceptions of child wellbeing, and school attendance in schools in disadvantaged areas in the Adamawa region of Cameroon

Résumé

En raison de la faiblesse des taux de scolarisation et des niveaux de fréquentation scolaire dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP) du Cameroun, cette étude, exploratoire, reconsidère et questionne la relation de cause à effet couramment établie entre le modèle normatif d’éducation des organisations internationales influentes (Banque mondiale, UNESCO, OCDE, UNICEF, …) et la perception du bien-être infantile. Au total, 120 entretiens individuels semi-directifs ont été conduits auprès des parents autochtones de la région de l’Adamaoua. Au terme d’une analyse de contenu catégorielle de type thématique, les conclusions révèlent une confusion entre le bien-être infantile et celui du jeune adulte de qui la société attend d’être accompli et de vivre tout en étant utile à lui-même et aux siens. La rentabilité externe de l’école moderne leur semble en dissonance avec les valeurs localement promues et espérées. La nécessité de préciser et de promouvoir la typologie de l’éducation qui induirait le mieux le bien-être individuel et social est partagée. Par ailleurs, compte tenu du contexte sécuritaire marqué par les actes de grand banditisme, du chômage et du sous-emploi des jeunes non scolarisés, déscolarisés et diplômés, les populations espèrent une éducation au service de la valorisation du potentiel de chacun pour une vie sociale harmonieuse et exempte du parasitage et de l’attentisme. Entrer en formation pour apprendre à entreprendre, à créer de la valeur et à être autonome : tel devrait être le leitmotiv de l’école moderne dont les parents attendent en outre de cultiver la piété, le respect des normes sociales et l’intégration sociale.

Mots-clés : Bien-être infantile ; Zone d’éducation prioritaire (ZEP) ; Modèle d’éducation ; Rentabilité externe de l’école ; Orientation scolaire et professionnelle.

Abstract

Due to the low gross enrolment ratio and levels of school attendance in schools in disadvantages areas (ZEP) of Cameroon, this exploratory study reconsiders and questions the cause-and-effect relationship commonly established between the normative model of education of influential international organizations (World Bank, UNESCO, OECD, UNICEF,…) and the perception of the wellbeing of children. A total of 120 individual semi-structured interviews were conducted with indigenous parents in the Adamawa region. At the end of a thematic analysis, the conclusions reveal a confusion between the wellbeing of children and the wellbeing of young adults, of whom society expects to be fulfilled and to be useful to themselves and to their families. The cost-effectiveness of modern education viewed from the perspective of the family seems to them to be in dissonance with the locally promoted and hoped-for values. The need to specify and promote the typology of education that would induce the best individual and social wellbeing is shared. In addition, given the security context marked by acts of organized crime, unemployment and underemployment of uneducated, undereducated, and educated youth, the populations hope for an education which develops each individual’s potential for a harmonious social life, free from parasitism and passivity. Training to be entrepreneurial, to create value, and to be autonomous: this should be the leitmotif of modern education in which parents expect piety, respect for social norms, and social integration.

Keywords: Child wellbeing; Schools in disadvantaged areas; Educational model; Cost-effectiveness of modern education; Educational and vocational counseling.

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Évaluer le bien-être des enfants, adolescents et adultes en situation de polyhandicap / Daniel Mellier, Anne Boissel, Nicolas Guénolé, Anne-Laure Poujol, Dominique Guédon et Régine Scelles

Evaluating wellbeing in children, teenagers, and adults with Profound Intellectual and Multiple Disabilities (PIMD)

Résumé

La question de l’évaluation, du maintien ou de l’amélioration du bien-être s’étend désormais à des institutions de soins et d’éducation qui accueillent des personnes dont les capacités adaptatives sont très sévèrement réduites. Il en est ainsi des situations créées par le polyhandicap, par l’éveil de coma et les états pauci relationnels. Dans ces contextes, l’évaluation des compétences cognitives, de l’état émotionnel et affectif des personnes polyhandicapées prend une importance cruciale à mesure que des soins ciblés et des prises en charge ajustées leur sont proposés. Pour autant, les outils adaptés spécifiquement à leurs déficiences multiples et imbriquées sont rares. L’objectif de cet article est de proposer un outil d’évaluation qui intègre les recommandations de la littérature dans la prise en compte du bien-être de la personne polyhandicapée. Cet outil, l’ECP (Évaluation-Cognition-Polyhandicap) demande au psychologue, au rééducateur et à un aidant familial de croiser leurs perceptions pour établir un profil des capacités à soutenir pour un mieux-être chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. À travers trois échelles documentées en hétéro évaluation (état habituel, compétences cognitives, état affectif et émotionnel), l’ECP permet une évaluation dynamique de la personne polyhandicapée. Il permet d’élaborer des profils individuels utiles au bilan psychologique, notamment lors de sa transmission à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Ces profils constituent en effet des éléments précieux lors des examens des demandes d’orientation, effectués par la Commission des droits et de l’autonomie des MDPH. Il offre ainsi des possibilités d’analyses inter-observateurs des compétences chez les personnes polyhandicapées, notamment quand un état dépressif ou plus largement de souffrance psychique est suspecté. L’analyse des usages cliniques par des psychologues utilisateurs de l’ECP indique que cet outil d’évaluation permet : (a) le dialogue à propos des compétences de la personne et pas seulement des déficiences ; (b) de penser à des aspects non prévus car la grille d’observation est commune à tous les intervenants ; (c) de médiatiser la relation entre professionnels et avec la famille.

Mots-clés : Bien-être ; Polyhandicap ; Compétences cognitives ; Évaluation.

Abstract

The question of assessing, maintaining, or improving wellbeing now extends to medical and educational institutions which welcome people whose adaptive capacities are severely reduced. This is the case with multiple disabilities, post-coma, and minimally conscious states. In these contexts, the assessment of the cognitive skills as well as the emotional and affective states of people with Profound Intellectual and Multiple Disabilities (PIMD) takes on crucial importance as specialized care and tailored treatments are offered to them. However, tools specifically adapted to their multiple and overlapping disabilities are rare. The objective of this article is to provide an assessment tool that integrates the recommendations of the literature in taking into account the wellbeing of people with PIMD. The ECP (Evaluation-Cognition-PIMD) asks psychologists, rehabilitators, and family caregivers to compare their perceptions in order to establish a capacity profile which supports a higher standard of wellbeing in children, adolescents, or adults. Through three well-documented scales (ordinary states, cognitive skills, emotional and affective states), the ECP gives a dynamic assessment of the person with PIMD. It makes it possible to develop individual profiles useful for psychological assessment, in particular when it is transmitted to medical institutions or Local Education Authorities (LEAs). The ECP can thus be used for interobserver analysis of the skills of people with PIMD, especially when a depressive state or psychological suffering is suspected. Analysis of clinical uses by psychologists using the ECP indicates that this assessment tool assists: (a) Dialogue about the skills of the person and not just their deficiencies; (b) Consideration of unforeseen aspects because the observation grid is common to all types of medical staff; (c) Mediation of the relationship between professionals and family members.

Keywords: Well-being; Profound intellectual and multiple disabilities; Cognitive skills; Assessment.

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