Recension de « Le bien-être des écoliers ». Maurice Mazalto Sous la direction de Bénédicte Courty et de Jean-François Dupeyron (Presses Universitaires de Bordeaux 2017)

Recension de « Le bien-être des écoliers ». Sous la direction de Bénédicte Courty et de Jean-François Dupeyron (Presses Universitaires de Bordeaux 2017)

L’ouvrage étudie le concept de bien-être dans le milieu scolaire, essentiellement dans les niveaux préélémentaire et élémentaire comme son titre l’indique. Le choix éditorial fait alterner des aspects théoriques avec les contributions de treize auteurs universitaires et des inter chapitres qui développent témoignages et questionnaires. Il en résulte un intérêt toujours en éveil soutenu par une lecture agréable.

Pourtant, une faille importante est signalée par Jean-François Dupeyron, l’un des coordonnateurs dès le texte introductif : il lui semble impossible de donner une définition unique et simple du concept de bien-être ; en effet, il constate : « Le principal écueil scientifique auquel notre projet s’est parfois heurté dans la définition du concept central de l’ouvrage : comment délimiter le sens du concept bien-être et de quoi parle-t-on avec ce concept ? Telle fut souvent notre embarrassante question.

On comprend aisément l’embarras des coordinateurs ! Le concept de bien-être est utilisé par le monde économique, devient un marqueur social récupéré pour justifier des activités dont l’intérêt n’est pas toujours évident ; dans ce contexte, il échappe à toute définition rationnelle. Avec beaucoup d’honnêteté scientifique, le glossaire en fin d’ouvrage en prend acte et signale pas moins de quatre conceptions différentes du bien-être, pour finalement se raccrocher à « l’idée générale qu’être bien, c’est se sentir bien, parfois aussi en lien avec une formule générique employée pour désigner le bien-être : la « santé psychosociale ». Le plus petit multiple commun est donc retenu, faute d’accord plus élaboré. Cette difficulté majeure est présente tout au long de l’ouvrage, obère la clarté de l’ensemble. En effet, avant de développer sa contribution, chaque auteur est obligé de préciser sa conception du bien-être, qui oscille du ressenti subjectif à la quantification scientifique.

Pourtant la qualité et l’intérêt des différentes contributions doivent être soulignés car certaines contributions étudient des territoires inexploités. Ainsi celle sur la compatibilité du bien-être avec la République, interroge sur les valeurs développées par l’école républicaine ; l’auteur montre que ces valeurs prennent en considération la dimension collective de l’idéal civique, mais également l’émancipation individuelle de la personne. Avec des rappels historiques (Condorcet, Ferry), il établit une filiation temporelle, complétée par une pratique pédagogique qui met l’élève au centre de l’école. Si le bien-être est une entité de l’école publique, l’auteur met en garde contre toute récupération par l’économie libérale qui transforme une aspiration légitime en plus-value économique …qui l’est moins.

Une autre étude, à partir du lien entre le bien-être et la vie scolaire, apporte des éléments d’analyse critique sur l’engouement autour du bien-être, et les usages qui en sont faits. Dans un autre chapitre une contribution étudie le bien-être d’élèves en situation de handicap. Les contributions internationales ( Grèce, Canada), les entretiens ou les questionnaires enrichissent différentes facettes du concept de bien-être, mais le lecteur peut être frustré par l’absence de synthèse finale .

A contrario on peut voir dans cette pluralité le signe de la richesse d’un concept qui dépasse largement l’espace scolaire, envisager cet ouvrage comme la pierre d’un édifice en cours de construction imaginé par un architecte qui est loin d’avoir dévoilé la totalité de ses intentions.