Les effets inégaux de la crise sanitaire et du confinement sur le bien-être des lycéen·ne·s / Julia Buzaud, Kevin Diter, Agnès Grimault-Leprince et Claude Martin

The unequal effects of the coronavirus crisis and of lockdown measures on the wellbeing of high school students

Résumé

Entre le 15 mars et le 11 mai 2020, un confinement complet a été mis en place en France par le gouvernement dans le but de lutter contre la propagation du coronavirus. Enfants et adultes étaient assignés à résidence et n’avaient le droit de sortir qu’une heure par jour en dehors de motifs impérieux. Cet article propose de saisir l’effet (socialement différencié) de la crise sanitaire et des mesures de restriction de liberté sur le niveau de bien-être de lycéen·ne·s. À partir d’une enquête exploratoire réalisée, pendant la période de confinement, auprès d’élèves scolarisés dans un établissement de l’Ouest de la France (N = 507), il souligne deux résultats importants. D’une part, la crise sanitaire a eu des effets inégaux sur le niveau de bien être des adolescent·e·s selon leur sexe et leur niveau scolaire. D’autre part, la baisse plus forte du niveau de bien-être frappe celles et ceux qui indiquaient déjà un niveau de bien-être plus faible avant le confinement, de sorte que le confinement ne fait pas que reproduire des inégalités, mais semble également les renforcer, et ce dès l’adolescence.

Mots-clés : Bien-être ; Adolescence ; Effet du confinement ; Inégalités sexuées et sociales.

Abstract

Between March 15 and May 11, 2020, a strict national lockdown was implemented in France by the government in order to combat the spread of the coronavirus. Children and adults were under house arrest and were only allowed to go out for one hour a day outside of compelling reasons. This article seeks to understand the (socially differentiated) effects of the health crisis and measures restricting individual freedoms on the level of wellbeing of high school students. Based on an exploratory survey carried out during the lockdown among students enrolled in an establishment in western France (N=507), two important results are underlined. On the one hand, the coronavirus crisis has had uneven effects on the level of wellbeing of adolescents according to their gender and their level of education. On the other hand, the strongest drop in the level of wellbeing hits those who already indicated a lower level of wellbeing before the lockdown, so that lockdown measures not only reproduce inequalities, but also seem to strengthen them, starting in adolescence.

Keywords: Wellbeing; Adolescence; Effect of lockdown; Gender and social inequalities.

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#article

Droit et bonheur de l’enfant en Afrique : Droit au bonheur ou droit du bonheur ? / Jérôme Francis Wandji K

Rights and happiness of children in Africa: Right to happiness or right to the pursuit of happiness

Résumé

Si l’on appréhende le bonheur comme un état d’équilibre ou à tout le moins l’absence de soucis résultant de la satisfaction des besoins matériels et immatériels essentiels, on est bien forcé de reconnaitre qu’il relève pour une part d’une démarche volontaire et rationnelle. De ce fait celui de l’enfant lui échappe (du fait de son immaturité) pour dépendre des adultes (famille, société). Aussi la société internationale ou société des États (dont l’ONU et l’Union africaine en sont des manifestations) a-t-elle construit, à travers deux conventions (universelle et africaine), un droit du bonheur de l’enfant en Afrique. Elle l’a fait en prescrivant sous forme de droits individuels dans quelles conditions matérielles, dans quel état d’esprit l’enfant africain doit vivre, et ce qu’il doit acquérir d’un point de vue intellectuel pour prétendre au bonheur. En tant qu’être vulnérable et par conséquent objet de protection, l’enfant est protégé dans sa dimension physique par la reconnaissance d’un ensemble de droits concourant à son bien-être et qui sont des paramètres de son bonheur matériel. En tant que sujet de droit, l’enfant est un adulte en devenir et de ce fait, pour assurer son autonomie, il a droit à un développement psycho-intellectuel par la jouissance notamment du droit à l’éducation et des libertés de l’esprit qui sont des paramètres du bonheur immatériel. Autrement dit, le Droit catégoriel de l’enfant potentialiserait son bonheur en protégeant à la fois les éléments objectifs et subjectifs de sa définition. Toutefois ce droit ne semble pas encore garantir le bonheur de l’enfant en Afrique. Celui-ci souffre par endroit, d’une part d’un contexte de crises sociopolitiques (guerre, famine, sécheresse, mauvaise gouvernance…) et d’autre part de l’absence de volonté politique. Certains gouvernants en effet ne font pas de la protection de l’enfance une préoccupation majeure de la politique publique de l’État sapant en cela le projet de bonheur ou de bien-être public exprimé dans les Constitutions africaines. Dans un contexte où l’enfant est vanté en tant que l’avenir de la nation, un tel objectif est difficilement envisageable sans la potentialité d’un bonheur individuel de l’enfant.

Mots-clés : Droit catégoriel de l’enfant ; Droit du bonheur de l’enfant ; Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant ; Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ; Besoins matériels et immatériels de l’enfant ; Constitution ; État social ; Bonheur ou bien-être public.

Abstract

If happiness is to be understood as a state of equilibrium, or at least the absence of worry, resulting from the satisfaction of essential material and immaterial needs, then we are forced to recognize that happiness is partly a consequence of voluntary and rational measures. Therefore, the child’s needs are beyond their control (because of their immaturity), since they depend on adults (family, society). The international community (of which the United Nations and the African Union are manifestations) has built, through two conventions (universal and African), a right to happiness for children in Africa. The international community has built this right by prescribing, in the form of individual rights, under what material conditions and in what state of mind African children must live, and what they must acquire from an intellectual point of view to be happy. As a vulnerable being and therefore worthy of protection, children are physically protected by the recognition of a set of rights contributing to their wellbeing and which set the parameters of their material happiness. From a legal perspective, children are adults in the making. To ensure their future autonomy, children have the right to a psycho-intellectual development, manifest through the rights to education and to intellectual freedom, which are aspects of immaterial happiness. In other words, the rights of children contribute to their happiness by protecting both its material and immaterial elements. However, these rights do not yet appear to guarantee the happiness of children in Africa. They suffer in places, on the one hand from socio-political crises (war, famine, drought, bad governance …) and on the other hand from the absence of political will. Certain governments do not make the protection of children a major concern of the State’s public policy, thereby undermining the project of happiness or public wellbeing expressed in African constitutions. In a context where children are hailed as the future of the nation, such goals are hardly possible without children’s happiness.

Keywords: Categorical rights of the child; Child’s right to happiness; United Nations Conventions on the Rights of the Child; African Charter on the Rights and welfare of the Child; Material and immaterial needs of child; Constitution; Social state; Public happiness or welfare.

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Modèle normatif d’éducation des organisations internationales, perception du bien-être infantile et scolarisation dans la zone d’éducation prioritaire de l’Adamaoua (Cameroun) / Joseph Bomda

The normative model of education of international organizations, perceptions of child wellbeing, and school attendance in schools in disadvantaged areas in the Adamawa region of Cameroon

Résumé

En raison de la faiblesse des taux de scolarisation et des niveaux de fréquentation scolaire dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP) du Cameroun, cette étude, exploratoire, reconsidère et questionne la relation de cause à effet couramment établie entre le modèle normatif d’éducation des organisations internationales influentes (Banque mondiale, UNESCO, OCDE, UNICEF, …) et la perception du bien-être infantile. Au total, 120 entretiens individuels semi-directifs ont été conduits auprès des parents autochtones de la région de l’Adamaoua. Au terme d’une analyse de contenu catégorielle de type thématique, les conclusions révèlent une confusion entre le bien-être infantile et celui du jeune adulte de qui la société attend d’être accompli et de vivre tout en étant utile à lui-même et aux siens. La rentabilité externe de l’école moderne leur semble en dissonance avec les valeurs localement promues et espérées. La nécessité de préciser et de promouvoir la typologie de l’éducation qui induirait le mieux le bien-être individuel et social est partagée. Par ailleurs, compte tenu du contexte sécuritaire marqué par les actes de grand banditisme, du chômage et du sous-emploi des jeunes non scolarisés, déscolarisés et diplômés, les populations espèrent une éducation au service de la valorisation du potentiel de chacun pour une vie sociale harmonieuse et exempte du parasitage et de l’attentisme. Entrer en formation pour apprendre à entreprendre, à créer de la valeur et à être autonome : tel devrait être le leitmotiv de l’école moderne dont les parents attendent en outre de cultiver la piété, le respect des normes sociales et l’intégration sociale.

Mots-clés : Bien-être infantile ; Zone d’éducation prioritaire (ZEP) ; Modèle d’éducation ; Rentabilité externe de l’école ; Orientation scolaire et professionnelle.

Abstract

Due to the low gross enrolment ratio and levels of school attendance in schools in disadvantages areas (ZEP) of Cameroon, this exploratory study reconsiders and questions the cause-and-effect relationship commonly established between the normative model of education of influential international organizations (World Bank, UNESCO, OECD, UNICEF,…) and the perception of the wellbeing of children. A total of 120 individual semi-structured interviews were conducted with indigenous parents in the Adamawa region. At the end of a thematic analysis, the conclusions reveal a confusion between the wellbeing of children and the wellbeing of young adults, of whom society expects to be fulfilled and to be useful to themselves and to their families. The cost-effectiveness of modern education viewed from the perspective of the family seems to them to be in dissonance with the locally promoted and hoped-for values. The need to specify and promote the typology of education that would induce the best individual and social wellbeing is shared. In addition, given the security context marked by acts of organized crime, unemployment and underemployment of uneducated, undereducated, and educated youth, the populations hope for an education which develops each individual’s potential for a harmonious social life, free from parasitism and passivity. Training to be entrepreneurial, to create value, and to be autonomous: this should be the leitmotif of modern education in which parents expect piety, respect for social norms, and social integration.

Keywords: Child wellbeing; Schools in disadvantaged areas; Educational model; Cost-effectiveness of modern education; Educational and vocational counseling.

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#article

Évaluer le bien-être des enfants, adolescents et adultes en situation de polyhandicap / Daniel Mellier, Anne Boissel, Nicolas Guénolé, Anne-Laure Poujol, Dominique Guédon et Régine Scelles

Evaluating wellbeing in children, teenagers, and adults with Profound Intellectual and Multiple Disabilities (PIMD)

Résumé

La question de l’évaluation, du maintien ou de l’amélioration du bien-être s’étend désormais à des institutions de soins et d’éducation qui accueillent des personnes dont les capacités adaptatives sont très sévèrement réduites. Il en est ainsi des situations créées par le polyhandicap, par l’éveil de coma et les états pauci relationnels. Dans ces contextes, l’évaluation des compétences cognitives, de l’état émotionnel et affectif des personnes polyhandicapées prend une importance cruciale à mesure que des soins ciblés et des prises en charge ajustées leur sont proposés. Pour autant, les outils adaptés spécifiquement à leurs déficiences multiples et imbriquées sont rares. L’objectif de cet article est de proposer un outil d’évaluation qui intègre les recommandations de la littérature dans la prise en compte du bien-être de la personne polyhandicapée. Cet outil, l’ECP (Évaluation-Cognition-Polyhandicap) demande au psychologue, au rééducateur et à un aidant familial de croiser leurs perceptions pour établir un profil des capacités à soutenir pour un mieux-être chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. À travers trois échelles documentées en hétéro évaluation (état habituel, compétences cognitives, état affectif et émotionnel), l’ECP permet une évaluation dynamique de la personne polyhandicapée. Il permet d’élaborer des profils individuels utiles au bilan psychologique, notamment lors de sa transmission à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Ces profils constituent en effet des éléments précieux lors des examens des demandes d’orientation, effectués par la Commission des droits et de l’autonomie des MDPH. Il offre ainsi des possibilités d’analyses inter-observateurs des compétences chez les personnes polyhandicapées, notamment quand un état dépressif ou plus largement de souffrance psychique est suspecté. L’analyse des usages cliniques par des psychologues utilisateurs de l’ECP indique que cet outil d’évaluation permet : (a) le dialogue à propos des compétences de la personne et pas seulement des déficiences ; (b) de penser à des aspects non prévus car la grille d’observation est commune à tous les intervenants ; (c) de médiatiser la relation entre professionnels et avec la famille.

Mots-clés : Bien-être ; Polyhandicap ; Compétences cognitives ; Évaluation.

Abstract

The question of assessing, maintaining, or improving wellbeing now extends to medical and educational institutions which welcome people whose adaptive capacities are severely reduced. This is the case with multiple disabilities, post-coma, and minimally conscious states. In these contexts, the assessment of the cognitive skills as well as the emotional and affective states of people with Profound Intellectual and Multiple Disabilities (PIMD) takes on crucial importance as specialized care and tailored treatments are offered to them. However, tools specifically adapted to their multiple and overlapping disabilities are rare. The objective of this article is to provide an assessment tool that integrates the recommendations of the literature in taking into account the wellbeing of people with PIMD. The ECP (Evaluation-Cognition-PIMD) asks psychologists, rehabilitators, and family caregivers to compare their perceptions in order to establish a capacity profile which supports a higher standard of wellbeing in children, adolescents, or adults. Through three well-documented scales (ordinary states, cognitive skills, emotional and affective states), the ECP gives a dynamic assessment of the person with PIMD. It makes it possible to develop individual profiles useful for psychological assessment, in particular when it is transmitted to medical institutions or Local Education Authorities (LEAs). The ECP can thus be used for interobserver analysis of the skills of people with PIMD, especially when a depressive state or psychological suffering is suspected. Analysis of clinical uses by psychologists using the ECP indicates that this assessment tool assists: (a) Dialogue about the skills of the person and not just their deficiencies; (b) Consideration of unforeseen aspects because the observation grid is common to all types of medical staff; (c) Mediation of the relationship between professionals and family members.

Keywords: Well-being; Profound intellectual and multiple disabilities; Cognitive skills; Assessment.

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Survie du nouveau-né prématuré en l’absence de couveuses à bébés : Bénéfices de la Méthode Mère Kangourou / Erero Njiengwe, Gilles Ndjomo et Odette N-Guifo

Survival of the premature newborn in the absence of baby incubators: Benefits of Kangaroo Mother Care

Résumé

Certains pays africains conditionnent la baisse de la mortalité néonatale à l’acquisition d’incubateurs ou couveuses à bébés. Cet article présente les bénéfices de la Méthode Mère Kangourou (MMK) pour la survie et le développement des nourrissons prématurés ou de faible poids de naissance au Cameroun. L’Afrique subsaharienne compte à elle seule près de 42% des 2.4 millions de décès de nourrissons qui sont survenus au cours de l’année 2019. Parmi les principales causes des décès néonataux, la prématurité et le faible poids de naissance se situent en seconde position après les infections. La prise en charge classique de ces problèmes s’appuie sur l’usage de l’incubateur qui remplit une fonction thermorégulatrice et une fonction protectrice. Les pays africains sous-industrialisés qui dépendent uniquement de l’incubateur pour réduire la mortalité néonatale s’exposent à de nombreux inconvénients liés aux ressources financières, ressources énergétiques et ressources humaines limitées pour garantir la disponibilité et la fonctionnalité de ces appareils dans toutes les régions y compris celles les plus reculées. De nombreuses études portant sur le devenir des nouveau-nés prématurés pris en charge à l’aide des incubateurs soulignent chez ces derniers à court, moyen et long terme, la présence de plusieurs problèmes de santé. Pourtant moins sophistiquée, la MMK a montré son efficacité à divers niveaux dans la prise en charge des nouveau-nés prématurés. L’expérience d’un médecin pédiatre au Cameroun démontre la viabilité de cette méthode en contexte africain. Les politiques de santé dans les pays africains en matière de réduction de la mortalité infantile gagneraient à se saisir de cette méthode qui est nettement moins onéreuse et largement plus efficace.

Mots-clés : Mortalité néonatale ; Prématuré ; Incubateur ; MMK ; Pays africains.

Abtract

Some African countries make the reduction of neonatal mortality conditional on the acquisition of incubators. This article presents the benefits of Kangaroo Mother Care (KMC) for the survival and development of premature and low birth weight infants in Cameroon. Sub-Saharan Africa alone accounts for nearly 42% of the 2.4 million infant deaths that occurred during 2019. Among the leading causes of neonatal deaths, prematurity and low birth weight are second only to infections. Conventional management of these problems is based on the use of the incubator, which has a thermoregulatory and protective function. Under-industrialized African countries that depend solely on the incubator to reduce neonatal mortality face many disadvantages related to limited financial, energy, and human resources to ensure the availability and functionality of these devices in all regions, including those most remote. Numerous studies on the outcomes of premature newborns managed with incubators point to the presence of several health problems in the short, medium, and long term. Although less sophisticated, KMC has shown its effectiveness at various levels in the management of premature newborns. The experience of a pediatrician in Cameroon demonstrates the viability of this method in a Sub-Saharan African context. Health policies to reduce infant mortality in African countries would benefit from using this method, which is much less expensive and much more effective.

Keywords: Neonatal mortality; Premature baby; Incubator; KMC; African countries.

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#article

Quels cadres théoriques pour penser le bien-être à l’école ? L’exemple du projet pédagogique de la Lab School Paris / Pascale Haag et Marlène Martin

Which theoretical frameworks can be used to think about wellbeing at school? Learning from Lab School Paris’s project in pedagogy

Résumé

La notion de bien-être à l’école a pris depuis les années 2000 une place croissante dans les recherches en éducation. Cependant, l’accroissement des connaissances produites par la recherche ne se traduit pas nécessairement par une transformation des pratiques en classe du fait des relations complexes qu’entretiennent, dans le contexte français, recherche et pédagogie. Cet article s’attache à partager les réflexions qui ont été menées dans le cadre de la création d’une école alternative par un collectif d’enseignants et de chercheurs, afin de proposer, en s’appuyant sur la recherche, un cadre d’apprentissage favorable au bien-être des élèves et de l’équipe éducative. Il propose également des pistes en vue de l’évaluation future d’un tel dispositif.

Mots-clés : Éducation ; Bien-être ; École ; Motivation ; Organisation apprenante.

Abstract

Wellbeing at school has become increasingly important in educational research since the 2000s. However, the growing body of research has not necessarily transformed classroom practices, due to the complex relationship between research and pedagogy in the French context. This article reflects on an alternative school created by a group of teachers and researchers in order to propose a research-based framework for learning that is conducive to the wellbeing of students and the educational team. It also offers suggestions for the future evaluation of such a framework.

Keywords: Education; Well-being; School; Motivation; Learning organization.

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#article

Recension de « Bien-être scolaire : Des clés pour demain » de Fabienne Serina-Karsky (L’Harmattan, 2019) / Laurent Sovet

Dans cet ouvrage intitulé « Bien-être scolaire : Des clés pour demain », Fabienne Serina-Karsky mène une analyse approfondie et holistique d’un environnement scolaire s’inscrivant dans le mouvement de l’éducation nouvelle en interrogeant ses effets potentiels sur le bien-être des élèves. Elle restitue une partie de ses recherches réalisées dans le cadre de sa thèse en sciences de l’éducation soutenue en 2013 à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis et ayant pour titre : « Pratiques éducatives et bien-être de l’enfant à l’école : La contribution de l’Éducation nouvelle (1910-2010) : Pour un nouveau paradigme éducatif ». À travers neuf chapitres, l’auteure explore des aspects spécifiques dans l’organisation structurelle et pédagogique d’une école parisienne tout en interrogeant régulièrement sa posture épistémologique ainsi que la place de la recherche-action et de l’innovation pédagogique en milieu scolaire. Elle y dévoile notamment son cheminement en tant que parent d’élève, étudiante, enseignante puis chercheure et les liens qu’elle tisse à travers ses identités successives. Les éléments d’argumentation et de réflexion sont le plus souvent accompagnés de références bibliographiques ouvrant à des lectures complémentaires.

La première partie est une introduction générale et historique sur le mouvement de l’éducation nouvelle et les lab schools, sur le concept de bien-être et sur les débats méthodologiques et épistémologiques que suscitent la recherche appliquée à l’école. Plus spécifiquement, l’auteure explique que la recherche et les politiques françaises se sont davantage focalisées sur la violence scolaire et les moyens de la prévenir que sur le bien-être à l’école et les moyens de le promouvoir au cours du XXème siècle. Ce schéma semble évoluer depuis plusieurs années où les initiatives visant à comprendre et favoriser les déterminants du bien-être à l’école se sont démultipliées. Si les cadres théoriques sont pertinents et s’inscrivent dans la pluridisciplinarité en abordant le bien-être à l’école notamment à travers le droit, la sociologie, la psychologie ou encore les sciences de l’éducation, il manque des éléments précis sur la définition de ce concept et les termes associés. Par exemple, l’auteure s’appuie la définition formulée dans une note de synthèse du Centre d’Analyse Stratégique (2013) où « le bien-être des élèves [est] entendu comme l’appréciation subjective de leur expérience à l’école » (p. 2). Or, il semblerait que cette approche hédoniste du bien-être – le bien-être subjectif – s’articule également avec des éléments relevant du bien-être psychologique et abordés à différents endroits de l’ouvrage. Florin et Guimard (2017) en donnent la définition suivante : « La conception eudémonique, quant à elle, s’intéresse davantage aux processus qui permettent d’accéder à un certain bien-être, c’est-à-dire à la capacité à disposer d’une certaine maîtrise sur sa vie et donc de se réaliser. Ainsi, contrairement au courant hédonique, cette approche examine surtout ce que font les individus (implication, sens donné à la vie, réalisation de soi, utilisation du potentiel), à la signification de leurs actes et à leur implication » (p. 21). Les débats méthodologiques et épistémologiques concernant la recherche-action et l’innovation pédagogique en milieu scolaire témoignent des réflexions complexes par lesquelles peut passer tout acteur de la communauté éducative qui souhaite repenser son terrain ou ses pratiques comme un objet d’étude. Ce dilemme peut s’entrevoir notamment à travers la question suivante : « En quoi ma position personnelle influence-t-elle mon rapport avec mon objet de recherches, et mon rapport aux autres ? » (p. 50). Ce changement de posture n’est pas toujours simple et relève d’un processus exigeant où l’expérience et la relation subjective à l’objet de recherche peuvent devenir des sources d’appui à son étude comme l’auteure le rappelle.

La seconde partie propose une analyse éclairée de l’organisation générale de l’École Aujourd’hui. Plusieurs aspects sont successivement abordés comme les dynamiques d’interaction au sein de la communauté éducative, l’organisation spatiale des lieux, les rythmes scolaires et extrascolaires, les événements majeurs qui s’organisent durant l’année scolaire, les postures pédagogiques, la formation des équipes ou encore l’ouverture de l’établissement sur l’extérieur. Cette vision à 360 degrés s’inscrit en cohérence avec le postulat initial de l’auteur où les pratiques éducatives doivent s’appréhender comme un système complexe suivant le modèle proposé par Morin (2001). Bien que l’objectif soit de rendre compte de cette complexité, le texte reste très fluide avec un effort pour mettre en lien chaque élément analysé. La démonstration est plutôt réussie car il devient évident au fur et à mesure de la lecture que les pratiques éducatives doivent se penser comme un tout et qu’une action globale pourrait avoir plus de poids que des actions isolées pour agir sur le bien-être des élèves. Il apparaît une volonté de donner du sens pour l’équipe éducative, les élèves et les parents où chacun trouve sa place et reconnaît celle de l’autre au sein de la communauté éducative. L’analyse s’accompagne d’éléments nuancés, voire ambivalents, qui montrent que certains aspects peuvent présenter des limites et doivent ouvrir à la réflexion. Par exemple, les pratiques éducatives sont associées à un investissement important de l’équipe éducative qui va au-delà du temps de travail initialement défini et qui peut se traduire par un sentiment d’usure comme cela est mentionné dans le témoignage d’une personne interrogée : « Je t’avoue que parfois je me dis « mais c’est pas possible d’être payée si peu pour faire autant d’heures de travail », alors je regarde ce que je pourrais faire d’autre, mais bon, ça me passe très vite parce que jamais je ne retrouverai ailleurs une aussi bonne ambiance de travail, et ça c’est le plus précieux … » (p. 83). Ces éléments illustrent que cette mise en sens des actions et des pratiques éducatives peut s’accompagner d’effets potentiellement délétères à long terme face à des conditions de travail particulièrement exigeantes (Sovet & Bernaud, 2019). Il s’agit de défis à relever au sein des établissements scolaires mais plus largement au sein du système éducatif. À ce propos, l’auteure fournit de nombreuses clés pour penser et accompagner cette transition éducative. Il est intéressant de constater notamment que des valeurs partagées par l’ensemble des acteurs de la communauté éducative sur les pratiques éducatives peuvent définir des leviers puissants au service des enfants. La troisième partie est une conclusion ou plutôt un plaidoyer pour repenser les pratiques éducatives au service du bien-être à l’école. Dans la lignée de l’ouvrage de Noddings (2003), Fabienne Serina-Karsky invite à faire du bien-être scolaire une question urgente qui mérite d’être prise au sérieux. Elle met avant la nécessité d’une vision systémique et complexe pour atteindre cet objectif. Autrement dit, chaque composant de l’environnement scolaire doit être attentivement examiné et pensé en relation avec le reste. À ce titre, le mouvement de l’éducation nouvelle et les innovations pédagogiques qui ont été développées dans ces établissements peuvent constituer des points d’appui intéressants. Les clés pour agir en faveur du bien-être et du mieux-être à l’école présentées par l’auteure et mis en place dans cette école parisienne sont d’ailleurs celles qui sont mises en avant dans les préconisations scientifiques à l’image du récent rapport publié par le Conseil Supérieur de l’Éducation au Québec (2020). Cet ouvrage constitue une lecture à la fois pertinente et éclairée pour tout acteur de la communauté éducative qui souhaite s’engager dans la voie de la recherche-action ou de l’innovation pédagogique et notamment en faveur du bien-être à l’école. En effet, il peut constituer une source d’inspiration pour repenser l’école et amener du sens aux pratiques éducatives où le bien-être de l’enfant devient le centre des préoccupations.

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#recension

Recension de « Pour le bien-être et la santé des jeunes » de Marie Rose Moro et Jean-Louis Brison (Odile Jacob, 2019) / Emmanuel Wassouo

Organisé en six chapitres, cet ouvrage s’appuie sur le rapport d’une mission qui a été menée par Marie Rose Moro et Jean-Louis Brison en novembre 2016, sur le bien-être et la santé des jeunes. Ce rapport est le résultat d’une large consultation à travers des entretiens avec un panel varié des acteurs qualifiés issus des domaines de l’éducation, des soins psychologiques et psychiatriques, des syndicats, des collectivités territoriales, des associations, etc. L’ouvrage part d’un constat clair selon lequel le mal-être des jeunes en France devient de plus en plus préoccupant. À titre d’illustration, le suicide est selon les auteurs la deuxième cause de mortalité des adolescents, sinon la première, car certains suicides sont souvent déguisés en accident. En effet, l’adolescence est une période de trouble et de grande vulnérabilité, brouillant par le fait même la caractérisation du mal-être. Or, la santé qui est un bien à conquérir et à conserver. Elle est liée au bien-être considéré à la fois comme un devoir et un droit.

En milieu scolaire, le bien-être est intimement lié à la dignité de l’élève et se traduit par la confiance qu’il a en lui-même, envers ses parents et l’institution scolaire. Le mal-être traduit pour sa part la souffrance et un sentiment profond de malaise des adolescents. L’école est le lieu des apprentissages, mais aussi de promotion de la santé et du bien-être des adolescents (Darlington et al., 2017 ; Simar et al., 2018). Le milieu scolaire est aussi le lieu par excellence de l’expression du mal-être des jeunes et où se construisent les alliances avec les éducateurs, les familles et les professionnels. Malheureusement, ces alliances sont souvent biaisées par les divergences des représentations du mal-être. En d’autres termes, les perceptions qu’ont les éducateurs, les parents et les jeunes eux-mêmes du mal-être, ne sont pas toujours convergentes. Ces divergences des représentations renforcent la nécessité d’un accompagnement éducatif et thérapeutique. Cet accompagnement est cependant trop insuffisant, fortement disparate et cloisonné, pour répondre avec efficacité à cette problématique de santé publique. De plus, la méconnaissance aussi bien par les parents et les professionnels des aides disponibles, est un facteur aggravant de la situation. Dans ce contexte, la mobilisation autour du mal-être d’un jeune se fait plus dans l’urgence que dans la prévention. Il y a donc une nécessité de créer une synergie entre les professionnels de l’éducation et ceux de la santé.

Le parcours scolaire des adolescents est étroitement lié à leur parcours éducatif de santé car l’épanouissement et la réussite scolaire des élèves sont fortement liés à leur bien-être. En France, la mise en place par la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) d’un portfolio numérique (FOLIOS) contenant les informations et les expériences que les élèves jugent utiles à leur santé contribue par exemple aux apprentissages et à l’amélioration de leur bien-être. De même, selon les auteurs, l’augmentation de l’offre de centres médico-psychologiques (CMP) entre 2011 et 2014, passant de 1 453 à 1 467 structures, participe aussi au bien-être des adolescents. Malgré ces efforts pour répondre efficacement aux besoins en soins psychologiques et psychiatriques de l’enfant et de l’adolescent, les délais d’attente restent très importants. En l’occurrence, les auteurs mentionnent qu’en 2008, 60% des structures de psychiatrie infanto-juvénile en France déclaraient avoir une liste d’attente pour un premier rendez-vous, contre 30% en psychiatrie générale. Entre 2014 et 2018, ce taux a été multiplié par deux. Cette situation est exacerbée par une baisse de professionnels (pédopsychiatres, psychiatres) avec un nombre élevé des départs à la retraite et un faible remplacement. Cette baisse peut s’expliquer entre autres par la faible attractivité de la profession, et une absence d’identification de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent comme une spécialité à part entière.

L’ouvrage s’achève avec dix propositions visant non seulement à faire du bien-être et de la santé des jeunes une priorité, mais aussi à apporter des solutions concrètes au mal-être des jeunes. De ces préconisations, il est possible de citer la création d’un Pass Santé des jeunes (P@ssSaJ) permettant aux jeunes de rencontrer gratuitement le médecin de leur choix, et bénéficier si besoin de dix séances au plus avec un psychologue. Les auteurs suggèrent un renforcement des capacités du personnel enseignant et d’éducation aux problématiques de santé des jeunes ainsi qu’à la psychologie de l’adolescent. Ces problématiques doivent également être intégrées dans la formation initiale de ce personnel. Les préconisations visent aussi le renforcement de la médecine scolaire dans les collèges et les lycées par des mesures incitatives permettant de pourvoir les postes vacants. À l’université, l’accès des étudiants à des actes de soins développé dans la loi du 8 mars 2018 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, est une réponse institutionnelle aux besoins de santé des étudiants. Toutefois, la prise en charge psychologique des étudiants à travers les Bureaux d’Aide Psychologique Universitaire (BAPU) gagnerait à être renforcée. Selon les auteurs, ces bureaux sont actuellement limités et fragmentés, avec par exemple seulement neuf villes universitaires de province qui disposent d’un BAPU. La prise en compte du bien-être et de la santé des jeunes est aussi tributaire de la disponibilité des ressources notamment en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Dans ce contexte, il est nécessaire non seulement d’augmenter significativement le nombre de professionnels en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent mais aussi de reconnaitre la spécificité de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. La priorisation du bien-être des adolescents et des jeunes, se fera aussi selon les auteurs par le développement des maisons des adolescents particulièrement dans les zones où il n’y en a pas. L’objectif est d’assurer une bonne couverture territoriale et de contribuer ainsi à une mise en œuvre d’un pilotage national du plan « Bien-être et santé des jeunes ». Ce plan s’inscrit dans la continuité des politiques de l’État français en matière de réussite éducative pour tous, d’égalité d’accès aux soins et de précocité des prises en charge (Ministère des Solidarités et de la Santé). Il va s’appuyer sur l’Institut National de la Santé des Jeunes (INSJ) dont la création a pour but de fédérer toutes les compétences et ressources autour de la santé des jeunes. Il va également permettre la prise en compte de toutes les disciplines médicales, psychologiques, scolaires et sociales dans les actions à mener. Les questionnements soulevés par les auteurs dans l’ouvrage sont à la fois fort intéressants et d’une brûlante actualité en France. Ces dernières semaines en effet, l’actualité est marquée par de nombreux cas de violences entre adolescents (Poingt, 2021). Ces violences parfois se soldent par des pertes en vies humaines, provoquant ainsi la stupeur et l’incompréhension au sein de la société. Selon Marie Rose Moro et Jean-Louis Brison, qu’elle soit subie ou infligée, la violence chez les adolescents est l’un des signes précoces qui doit alerter sur leur mal-être. Dans cet ouvrage, des pistes intéressantes de compréhension du comportement des adolescents sont développées. Les auteurs suggèrent aussi des solutions concrètes pour comprendre et pallier au mal-être des adolescents et des jeunes. Les professionnels de l’éducation, ainsi que ceux de la santé, les parents d’élèves, trouveront dans cet ouvrage les moyens d’accompagner les adolescents et les jeunes aussi bien dans leurs apprentissages que dans leur épanouissement tout au long de leur parcours de formation.

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#recension

Kaléidoscope : Introduction au numéro thématique « Des ressources physiques aux ressources psychologiques et sociales » / Antonia Csillik et Charles Martin-Krumm

Le terme ressource vient de l’ancien français « ressource » et renvoie à un secours ou à quelque chose que l’on utilise en cas de besoin. Cette définition, qui définit un moyen, est suffisamment flexible pour s’appliquer à un grand nombre de situations. On parle tout autant de ressources environnementales que de ressources individuelles, ou encore de ressources au niveau d’une communauté. Ces ressources peuvent être aussi bien matérielles qu’immatérielles, physiques que mentales voire morales. C’est donc davantage la fonction qui définit la ressource, quelque chose que l’on utilise en cas de besoin, ou alors simplement une ressource latente qui sécurise celui ou celle qui la possède. On conçoit assez spontanément que ces ressources soient importantes, voire fondamentales. Pour autant, rien n’indique que chacune mène au bien-être voire au bonheur de manière équivalente. Quelle est l’influence des ressources en tous genres sur le bonheur des individus ? Se font-elles ressentir par leur présence ou seulement par leur absence ? Comment les conceptualiser et éventuellement les mesurer ? Sans prétendre épuiser le sujet, ce sont ces quelques questions auxquelles ce numéro se propose d’apporter des réponses. Les ressources y sont tour à tour psychologiques, sociales ou environnementales, et évaluées dans des contextes et populations très différents.

Pendant longtemps, les travaux de recherche en psychologie se sont focalisés sur les ressources sociales et leurs effets protecteurs contre le stress. Dès 1995, Diener et ses collaborateurs ont complété ces modèles avec un accent mis sur leurs effets sur le bien-être. Ces derniers ont défini les ressources de manière assez large en termes d’objets ou de caractéristiques personnelles que les personnes possèdent et qu’elles peuvent utiliser afin d’accomplir leurs objectifs. Ces ressources aident les personnes à accomplir leurs besoins physiques et psychologiques et à développer, par la suite, un sens de compétence ou de maîtrise. Des modèles plus complexes ont complété ces premiers, dont celui de Carl Rogers (1954) et ceux qui sont issus de la psychologie positive. Un modèle intégratif des ressources psychologique a été proposé (Csillik, 2017, 2019). Les ressources psychologiques constituent des facteurs protecteurs qui facilitent la résistance à l’adversité, ainsi que l’adaptation psychologique dans les situations difficiles de la vie. On distingue, d’une part, les ressources psychologiques, qui sont des facteurs internes, des prédispositions psychologiques que possède une personne, et d’autre part, les ressources environnementales extérieures, dont le soutien social. Ces ressources jouent le rôle de facteurs de protection, c’est-à-dire des facteurs qui tentent de réduire l’effet du stress et qui permettent à la personne de maintenir ses compétences dans des circonstances de détresse (Csillik, 2017, 2019).

L’objectif de ce numéro thématique est de mettre en perspective les résultats des sept articles sélectionnés, dans une perspective pluridisciplinaire autour de cette notion de ressource, tout en intégrant les dernières évolutions dans le domaine. Plusieurs axes thématiques tendent à émerger. En premier lieu, les ressources physiques sont mises en lumière à travers une notion nouvellement introduite en France : la « littéracie physique ». Ce premier article de Philip Jefferies (2020) traite donc des ressources physiques, qui ont été pendant longtemps ignorées dans la littérature. Il s’agit ici de mettre en évidence les effets de la littéracie physique, qui désigne la motivation, la confiance, la compétence physique, le savoir et la compréhension qu’une personne possède sur l’activité physique et qui lui permettent de valoriser et de prendre en charge son engagement envers l’activité physique pour toute sa vie (Whitehead, 2001, 2010), sur la résilience.

Les trois articles suivants portent sur le rôle des ressources psychologiques, telles que la notion de bienveillance, qui connait un franc succès dans la littérature depuis l’introduction de ce concept en 2003 par Neff. Dans le premier article Annie Paquet et Fabien Fenouillet (2020) proposent un éclairage sur les notions de gentillesse et de bienveillance, en faisant référence à la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (2004) et à la psychologie des valeurs de Schwartz (2006) avec une proposition originale des définitions de la gentillesse et de la bienveillance, ainsi que des perspectives sur leur possible relation. Fabien Bac et Antonia Csillik (2020) présentent une étude clinique empirique évaluant les effets protecteurs de plusieurs ressources internes, telles que la disposition à l’attention consciente (mindfulness), l’intelligence psychologique, le sentiment d’efficacité personnelle et l’optimisme dispositionnel contre le burnout chez les soignants en soins palliatifs. Enfin, une troisième étude menée par Marion Karras, Antonia Csillik, Patricia Delhomme et Fabien Fenouillet (2020) explore le rôle protecteur de l’empathie, en tant que ressource facilitatrice des relations humaines, qui favoriserait les comportements prosociaux et inhiberait l’agressivité des comportements routiers. L’empathie serait donc une ressource protectrice des automobilistes, ce qui pourrait ouvrir des pistes de recherche intéressantes pour la prévention des risques routiers.

Les ressources extérieures à la personne telles que les ressources sociales et celles qui sont environnementales, dont principalement la nature, sont explorées dans trois études. Dans une première étude de Amandine Junot et Yvan Paquet (2020), l’exposition à la nature est conçue comme un vecteur du bien-être humain, dans le sens où elle favoriserait la construction de ressources mises en jeu dans la hausse de la vitalité. À l’aide des théories de la restauration de l’attention, de réduction du stress, des émotions et de l’autodétermination, cet article théorique explore les voies et mécanismes psychologiques impliqués, en approfondissant leurs relations afin de les intégrer dans un cadre théorique complet et unifié, permettant d’offrir une compréhension holistique sur la construction de ressources favorables à la vitalité en environnements naturels. Une étude expérimentale menée par Barbara Bonnefoy et Laure Léger (2020) a pour objectif de tester les effets restaurateurs de la nature sur les ressources attentionnelles. Un dernier article de Gaël Brulé, Marlène Sapin et Clémentine Rossier (2020) vient compléter les autres en apportant un éclairage des cadres théoriques et analytiques issus de la psychologie, de la sociologie ou des sciences politiques sur la question des ressources externes et notamment celle des ressources relationnelles et sociales stratégiques en lien avec le bien-être subjectif des personnes. En conclusion, ce numéro thématique propose une série d’études empiriques et d’articles théoriques qui sont en faveur de cette vision organismique de l’être humain telle que postulée par Rogers et Dymond (1954), avec des interconnexions et interdépendances des ressources physiques, psychologiques, sociales et environnementales. Ces quelques éléments nous montrent que la ressource est un prisme explicatif pertinent pour questionner le bonheur, une herméneutique plastique et féconde. Pour autant, ces quelques chapitres soulèvent tout autant de questions qu’ils apportent de réponses. Des questions restent à explorer, comme celle des ressources dont disposent certaines populations particulières, telles que les adolescents ou les personnes âgées, ainsi que le rôle des ressources économiques, en lien avec la religiosité et la spiritualité etc. Peut-être, ces pans ouverts dans ce numéro seront l’objet d’un numéro futur.

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#kaleidoscope

Physical literacy and resilience: The role of positive challenges / Philip Jefferies

Littératie physique et résilience : Le rôle des défis positifs

Abstract

Physical literacy is the competence to perform movement skills combined with the motivation, confidence, and understanding to value and take responsibility for engagement in physical activity across the lifespan. It has also been defined as the foundational attributes for beginning and maintaining physical activity, and therefore the capacity for an active lifestyle. The benefits of physical literacy include enhanced health through increased physical activity, and also improvements in confidence and participation, as individuals recognise their movement competencies and engage more fully with their environments. Growing recognition of the value of physical literacy has led to global drives to involve physical literacy in multiple sectors including broadening early childhood and elementary curricula to aid child development, with proponents arguing for it to be emphasised similarly to literacy and numeracy. In parallel, educators, health professionals, and policymakers, among others, are becoming increasingly interested in ways to build resilience. Rather than addressing potential vulnerabilities and weaknesses, resilience approaches promote fostering protective factors that help individuals experiencing adversity to avoid poor default trajectories and instead achieve positive outcomes (through recovery, adaptation, or transformation). This paper explores links between the two desirable and promising constructs of physical literacy and resilience, considering their conceptual interplay and the shared notion of engaging ‘positive challenges’ that may be essential for nurturing important resources when facing subsequent adversity. This connection provides the base for further robust empirical studies that involve both physical literacy and resilience and for the development of holistic resilience programme development.

Keywords: Physical literacy; Resilience; Challenge; Adversity; Movement; Physical education; Curriculum.

Résumé

La littératie physique est la compétence des individus pour exécuter des mouvements, aptitude combinée à la motivation, à la confiance en soi et à la compréhension nécessaires pour valoriser et assumer la responsabilité de s’engager dans une activité physique tout au long de la vie. Elle a également été définie comme les attributs fondamentaux pour commencer et pour maintenir une activité physique, et donc la capacité à adopter un mode de vie actif. Les avantages de la littératie physique comprennent à la fois une amélioration de la santé grâce à une activité physique accrue, ainsi qu’une amélioration de la confiance en soi et de la participation aux pratiques sportives, car les individus reconnaissent leurs compétences à effectuer les mouvements et les intègrent plus pleinement dans leur cadre de vie. La reconnaissance croissante de la valeur de la littératie physique a conduit à des initiatives mondiales visant à l’introduire dans de multiples secteurs, y compris scolaire avec l’élargissement des programmes dispensées durant la petite enfance et ceux du cours élémentaire, afin d’aider au développement de l’enfant. Les partisans de la littératie physique plaident pour qu’elle soit considérée de la même manière que la littératie et la numératie. Parallèlement, les éducateurs, les professionnels de la santé et les décideurs politiques, entre autres, s’intéressent de plus en plus aux moyens de renforcer la résilience. Plutôt que de s’attaquer aux vulnérabilités et faiblesses potentielles des personnes, les approches fondées sur la résilience favorisent la promotion de facteurs de protection qui aident les personnes confrontées à l’adversité à éviter de s’engager dans des trajectoires de vie négatives et à obtenir des résultats positifs (par le biais du rétablissement, de l’adaptation ou de la transformation). Cet article explore les liens entre ces deux concepts prometteurs que sont la littératie physique et la résilience, tout en tenant compte de leurs interactions conceptuelles et de leur notion commune qui est de s’engager dans des « défis positifs » qui peuvent être essentiels pour nourrir des ressources importantes face à l’adversité ultérieure. Ce lien fournit la base pour d’autres études empiriques robustes qui impliquent à la fois la littératie physique et la résilience et soutient le développement de programmes holistique de résilience.

Mots-clés : Littératie physique ; Résilience ; Défi ; Adversité ; Mouvement ; Éducation physiques ; Curriculum.

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