Recension de « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » de Vincent Maymo et Geoffroy Murat (Dunod, 2020) | Laura Rams Boltaina

Dans un contexte où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) comme le développement durable sont des sujets de préoccupation pour les organisations, l’ouvrage « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » offre une analyse méthodique de ces notions. Les auteurs – Vincent Maymo, docteur en sciences de gestion et maître de conférences à l’IAE de Bordeaux et Geoffroy Murat, entrepreneur, chercheur et titulaire d’un doctorat en éthique et dirigeant de la société de services en développement durable Nicomak – partagent leurs expertises au travers de neuf dossiers thématiques et de cinquante-trois fiches opérationnelles. Dans cet ouvrage, le développement durable comme la RSE (notions utilisées indistinctement) renvoient à une réalité aux enjeux multiples de nature économiques, sociétaux et environnementaux. Au centre de la démarche RSE, le dialogue avec les parties prenantes est particulièrement détaillé pour tendre vers une performance durable des organisations.

Le premier dossier aborde les quatre principaux enjeux du développement durable. Les auteurs débutent par l’enjeu du positionnement stratégique, où une démarche RSE permet de s’implanter durablement sur un marché (outil 1) et d’asseoir le positionnement de son organisation (outil 2). Par la suite, les auteurs ancrent dans une perspective durable l’enjeu de la gestion des risques et la réduction des coûts au travers de l’outil du « cost-killing » responsable (outil 3) et de « la matrice durable » (outil 4). Autre enjeu majeur de la RSE, la gestion de la réputation d’une organisation est détaillée au travers d’un outil permettant de réaliser un suivi réputationnel au quotidien et en situation de crise (outil 5). L’établissement d’une culture d’entreprise forte, est le dernier enjeu de la RSE présenté au travers d’une fiche opérationnelle visant à prioriser les actions selon les perceptions des parties prenantes (outil 6) et par l’utilisation d’une charte des valeurs (outil 7) indispensable pour identifier des repères durables dans les entreprises.

Au sein du deuxième dossier, les auteurs évoquent au travers de trois sujets clés, l’importance de l’appropriation de la démarche RSE par son organisation. Le premier sujet aborde le positionnement éthique de son entreprise par le biais du triptyque éthique (Held, 2004). Le deuxième sujet est celui de la considération des attentes des parties prenantes. Véritable point d’orgue dans la démarche RSE, les outils de cartographie (outil 9) et d’analyse (outil 10) guident le lectorat dans la compréhension des comportements des parties prenantes. Le dernier sujet aide à formaliser un modèle d’engagement RSE adapté à son organisation. Pour ce faire, les auteurs adressent trois outils permettant de positionner son organisation face à la concurrence internationale (outil 11), de cibler son niveau d’engagement RSE (outil 12) et de rester en vigilance sur la compréhension des logiques des parties prenantes (outil 13).

Le troisième dossier aborde le lien entre la RSE et le management au travers de plusieurs actions permettant d’améliorer l’implication des collaborateurs et collaboratrices. Les deux premiers outils préconisent l’utilisation d’un baromètre du bien-être au travail (outil 14) et d’une méthode de gestion du stress au travail (outil 15) selon le modèle de Karasek et al. (1989). Les auteurs évoquent également l’importance de la RSE pour manager par le sens, au travers la mise en place d’un indicateur de sens (outil 16) et en soutenant la créativité et l’innovation au sein du collectif de travail (outil 17). Les dernières fiches opérationnelles présentent la RSE comme un outil de recrutement (outil 19) permettant d’attirer et de fidéliser les talents (outil 18).

Le quatrième dossier présente six outils méthodologiques pour organiser le pilotage d’une démarche RSE. L’outil 20 propose des actions concrètes pour établir un dialogue avec les parties prenantes. Les outils 21 et 22 permettent de spécifier le périmètre que souhaite couvrir l’organisation avec sa démarche RSE. L’outil 23 consiste à rendre visible les apports de la RSE par le biais d’une cartographie de la chaîne de valeur (Michael & Kramer, 2006). Enfin, les outils 24 et 25 aident les lecteurs à structurer et maintenir le dialogue avec les parties prenantes.

Au sein du cinquième dossier, les auteurs abordent la thématique de la communication des actions RSE. Pour communiquer efficacement, les auteurs conseillent de se positionner par rapport au cadre normatif. Autrement dit de s’approprier les référentiels de développement durable (outil 26) pour pouvoir organiser son reporting et sa communication (outil 27). Pour éviter que la RSE soit perçue avec méfiance, les auteurs rappellent l’importance de communiquer en engageant les parties prenantes (outils 28 et 29). Enfin, le lectorat est invité à suivre de manière continue l’actualité de la RSE, en participant à des événements (outil 30) et en réalisant une politique de veille (outil 31).

Le sixième dossier appréhende le développement durable comme un outil stratégique pour le service des ressources humaines. Dans cette visée, la RSE est envisagée tel un avantage compétitif mobilisable dans les actions de recrutement, d’intégration, d’exploitation et d’exploration des talents (outil 32, d’après Mirales, 2007), et notamment auprès des générations Y (outil 35). Véritable outil attractif, la RSE est également un moyen de fidéliser les collaborateurs et de lutter contre le turn-over (outil 34) mais aussi de mobiliser les managers, acteurs clés dans la démarche. À ce propos, les auteurs conseillent d’interroger les perceptions des managers et de les impliquer dans la démarche RSE (outils 36 et 37). Enfin, la RSE est envisagée comme un moyen de renforcer la qualité de services clients (outil 33).

Au sein du septième dossier est présenté l’étape indispensable pour intégrer la RSE au sein de la stratégie globale de l’entreprise : l’évaluation de la démarche. Pour ce faire, les auteurs guident le lectorat au travers de quatre fiches opérationnelles permettant d’établir les indicateurs RSE (outil 38), d’organiser des tableaux de bord stratégiques (outils 39 et 40) et de conserver un regard critique sur le projet afin de respecter les missions initiales : avoir un impact sociétal et un impact économique (outil 41).

Le huitième dossier aborde la thématique de l’adhésion à un référentiel de développement durable. Dans un premier temps, les auteurs évoquent la gestion de la conformité (compliance) à laquelle doivent répondre les organisations (outil 42). Dans un second temps, plusieurs référentiels sont proposés dont le référentiel Global Reporting Initiative (GRI, outil 43) ou la norme ISO 26000 (outil 45). L’importance pour les organisations de communiquer sur le sujet des référentiels afin de pouvoir piloter la performance par ce biais est particulièrement soulignée (outil 44). Enfin, les deux derniers outils évoquent la certification environnementale au travers de plusieurs référentiels (outil 46) et du cas particulier de la maîtrise de son impact carbone (outil 47).

Le neuvième et dernier dossier aborde la thématique de la finance. L’outil 48 démontre le lien entre les marchés financiers et les enjeux RSE. Les outils 49 et 50 évoquent quant eux, la notation extra-financière des entreprises, particulièrement sur les critères Environnement-Social-Gouvernance (ESG). Enfin, les auteurs clôturent cet ouvrage par une analyse de l’Investissement Socialement Responsable (ISR, outils 51, 52 et 53). En somme, cet ouvrage offre une vision très opérationnelle du développement durable et de la RSE. Un « livre-outil » intéressant pour tout professionnel qui souhaite avoir des connaissances appliquées sur ces notions. Les cas d’entreprise et les exemples concrets illustrent bien les éléments factuels, il peut être dommageable de ne pas en avoir davantage. Enfin, il est à mentionner qu’un apport théorique plus conséquent aurait permis aux lecteurs d’avoir une compréhension plus étoffée sur certaines notions et outils clés. Dès le début de l’ouvrage, il aurait été intéressant d’aborder davantage l’association de la notion de « développement durable » avec la « responsabilité sociale des entreprises ». Une mise en lumière des enjeux et des limites de ces notions et de leurs assimilations aurait apporté au lectorat une meilleure compréhension de leur usage interchangeable dans l’ouvrage. En d’autres termes, ces éclairages théoriques auraient été souhaitables pour percevoir la richesse comme la complexité du développement durable et de la RSE, tout en donnant davantage de sens aux éléments factuels présentés aux fils de la lecture. Néanmoins, cet ouvrage a le mérite de rendre accessible la démarche du développement durable-RSE dans un format qui encourage le passage à l’action.

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#recension

Recension de « The psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » de Ron L. Chandler (Cognella, 2019) | Laurent Sovet

Suivant la définition proposée par Enric Pol (2022, p. 197), la psychologie environnementale désigne « la partie de la psychologie qui vise à étudier et à comprendre les processus comportementaux, psychologiques et psychosociaux dérivés des relations, interactions et transactions entre les personnes, les groupes sociaux, les organisations et les communautés, avec leurs environnements socio-physiques (naturel, construit et technologique), et les ressources disponibles ». Émergeant au cours des années 1920, cette branche de la psychologie va connaître plusieurs évolutions à la fois dans ses déclinaisons terminologiques (e.g., psychologie écologique, psychologie architecturale, psychologie de la conservation, psychologie de la durabilité) et dans ses objets d’études, avec un passage marquant centré sur l’architecture ou sur l’habitat vers le concept intégrateur de durabilité (Hunecke, 2022 ; Pol, 2022). Les évolutions et les accélérations dans le développement de la psychologie environnementale correspond au moment où l’humanité prend conscience progressivement des répercussions de ses activités sur le changement climatique (Hunecke, 2022). À l’ère de l’Anthropocène, la psychologie, et en particulier la psychologie environnementale, peut apporter des pistes intéressantes pour comprendre et promouvoir des comportements durables (Bonzon & Rochat, 2022 ; Di Fabio 2017 ; Neilsen et al., 2021). Pour autant, la durabilité, appelée également soutenabilité (sustainability) reste complexe à définir, se situant à l’intersection de trois sphères en interaction : la durabilité sociale, la durabilité économique et la durabilité environnementale (Schmuck & Schultz, 2002). L’accent est mis davantage sur la coopération plutôt que sur la compétition dans les modes d’interaction entre ces différentes sphères (Chandler, 2019 ; Di Fabio, 2017). Plus spécifiquement, le comportement durable, ou soutenable, fait référence aux « actions visant à satisfaire les besoins humains tout en protégeant simultanément les ressources socio-physiques de la Terre » (Corral-Verdugo, 2022, p. 57).

Au cours de ces dernières années, de nombreux ouvrages, numéros thématiques et articles scientifiques portant sur la psychologie de la durabilité ont été publiés. Ces contributions apportent des réflexions conceptuelles et des pistes d’intervention fécondes. L’ouvrage intitulé « The Psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » (i.e., « Psychologie de la durabilité : Comprendre la relation entre soi et la Terre », traduction personnelle en français) s’inscrit dans cette perspective. Son auteur, Ron L. Chandler est conférencier dans le Département de Psychologie de l’Université de Floride. Ses champs de recherche et d’enseignement portent sur la psychologie de la durabilité, en se centrant plus particulièrement sur la dignité humaine et son rôle dans la promotion de comportements durables.

Cet ouvrage se structure en dix chapitres qui explorent des aspects spécifiques et complémentaires portant sur les liens entre les êtres humains et leur environnement, sous le prisme de la durabilité. Si le titre de cet ouvrage marque un ancrage davantage dans le champ de la psychologie de la durabilité, le contenu des chapitres invite à une réflexion interdisciplinaire. Cette position à la croisée des disciplines, est d’ailleurs régulièrement réaffirmée dans la littérature scientifique pour aborder la durabilité (Hunecke, 2022). À l’exception de la conclusion, chaque chapitre est accompagné d’un à quatre textes complémentaires rédigés par d’autres auteur·e·s. À l’échelle de l’ouvrage, cela représente 13 textes déjà publiés auparavant sous la forme d’un article ou d’un chapitre d’ouvrage entre 1993 et 2015, et présentement empruntés. Il est possible notamment d’y trouver un extrait de l’ouvrage intitulé « Multiple intelligence: The theory in practice » publié par Howard Gardner (1993). Les contributions originales de Ron L. Chandler visent à mettre en perspective plusieurs concepts issus de la psychologie ou d’autres disciplines pour éclairer les sciences de la durabilité et fournir un cadre de lecture aux textes proposés.

Au regard des thématiques de recherche de cet auteur, la dignité humaine y occupe une place centrale. Le chapitre introductif propose sept grands principes associés à la psychologie de la durabilité (Chandler, 2019, p. 2) :

« 1. Toute solution à un problème de durabilité qui n’aborde pas d’abord les facteurs affectant négativement la dignité humaine ne sera finalement pas viable.

2. Chaque problème de durabilité est avant tout un problème social et donc un problème psychologique.

3. La pensée engendre l’émotion ; l’émotion engendre le comportement.

4. Le futur n’est rien de plus ni de moins qu’une décision prise aujourd’hui.

5. L’agent efficace pour la durabilité doit d’abord maîtriser sa propre peur.

6. Au cœur de tout comportement humain (i.e., le pire, le meilleur, et tous les points intermédiaires) se trouve l’expérience inconsciente ou consciente de la mortalité personnelle.

7. Tout service pour le bien commun prend en compte le problème global et est une porte ouverte vers notre plus grande opportunité. »

Les chapitres 2 et 3, intitulés respectivement « In the beginning: The origin of the successful sustainability agent » et « Who we are and who we can be », prennent principalement appui sur plusieurs théories s’inscrivant dans le champ de la psychologie : la théorie de l’attachement (Bowlby, 1988), les styles parentaux (Baumrind, 1966), les stages du développement psychosocial (Erikson, 1980) et la théorie morale du développement (Kohlberg, 1971). Ces théories viennent alimenter une réflexion générale sur les origines et les étapes de construction d’une inclinaison à la durabilité (Chandler, 2017). Le chapitre 4 intitulé « Human ecology » s’appuie principalement sur les contributions à la croisée de la psychologie et de la philosophie en évoquant les travaux de Susan D. Clayton (2003) et de Arne Dekke Eide Næss (1973, 2010) pour aborder les caractéristiques de l’identité environnementale. Le chapitre 5 (« The ecology of understanding »), le chapitre 6 (« Green fear and green courage »), le chapitre 7 (« Becoming the paradigm shift: The psychosocial development of the effective sustainability agent ») et le chapitre 8 (« An act of kindness ») évoquent successivement le rôle de plusieurs ressources cognitives et psychosociales comme l’intelligence, la peur, le courage, la proactivité ou encore la gentillesse pour favoriser l’émergence de comportements au service de la durabilité, en se référant à des auteur·e·s s’inscrivant principalement dans le champ de la psychologie. Le Chapitre 9 (« Five facets of sustainability ») propose un modèle holistique de la durabilité où la dignité humaine entrerait en lien avec les ressources hydriques, alimentaires, énergiques et économiques dans des perspectives socio-culturelles, socio-écologiques et biodiversitaires. Le chapitre conclusif invite le lectorat à s’emparer des apports de cet ouvrage pour contribuer au développement de la dignité humaine et répondre aux enjeux de la durabilité. À ce titre, plusieurs ressources documentaires sont proposées pour approfondir la réflexion et identifier les actions possibles à mener. Dans l’ensemble, la mise en lien entre les contributions de l’auteur et plusieurs textes déjà publiés semble originale. Cette structure permet parfois de revisiter certaines contributions sous l’angle de la durabilité et conforte sur la nécessité d’un regard pluriel pour aborder ce concept. Il est parfois regrettable que les textes choisis incluent certains éléments de controverse. Par exemple, la Théorie des Intelligences Multiples (Gardner, 1993) fait l’objet de plusieurs critiques sur sa validité scientifique (Klein, 1997). De même, les liens avec les textes choisis ne sont parfois pas assez explicites. Il aurait été possible de trouver d’autres contributions plus neutres et plus pertinentes pour étayer et mettre en valeur les réflexions développées tout au long de cet ouvrage. La dignité humaine comme élément central de la durabilité, offre certainement des prolongements intéressants à poursuivre.

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#recension

Introduction au numéro thématique : « Sens et bonheur : Regards pluriels sur deux concepts en débat » | Caroline Arnoux-Nicolas et Laurent Sovet

Introduction to the theme issue “Meaning and happiness: Plural views on two concepts under debate”

Le sens et le bonheur sont deux concepts qui ont fait l’objet d’une attention particulière dans les sciences humaines et sociales au cours des dernières décennies ainsi que d’un intérêt marqué de la part du grand public. Pourtant, l’exploration des littératures scientifiques anglophone et francophone met en lumière certaines inconsistances dans leur appropriation et leur définition.

En effet, Sonja Lyubomirsky (2007) souligne que le bonheur peut être vu comme un « concept parapluie » qui englobe à la fois les approches hédonistes – à travers le bien-être subjectif – et les approches eudémoniques – à travers le bien-être psychologique. Dans ce contexte, les risques de « jingle-jangle fallacies » sont fréquents où certains termes vont être utilisés comme synonymes dans certaines publications ou comme éléments distincts dans d’autres publications (Donaldson et al., 2015 ; Sovet, 2014 ; Zeidner, 2021).

Quant au concept de sens, ce dernier apparaît comme complexe et relevant de multiples facettes, il s’avère possible de l’expliciter et de le modéliser (Bernaud et al., 2020). La littérature sur le sens de la vie est traversée par les mêmes ambiguïtés où les termes « plein de sens » (meaningful) et « sens » (meaning) sont parfois utilisés de manière interchangeables (Steger, 2019). En effet, Jean-Luc Bernaud (2021, p. 93) évoque que « le concept a souvent été remis en cause pour sa polysémie, la diversité de ses points d’ancrages conceptuels, voire ses confusions ». En l’occurrence, la vie pleine de sens (meaningful life) se définit comme un « processus psychologique qui implique nécessairement pour les individus de ressentir que leur vie a une importance, de donner un sens à leur vie et de déterminer un but plus général pour leur vie » (Steger, 2012, p. 177) tandis que le sens de la vie (meaning of life) représente les sources de sens qui constituent une vie pleine de sens (Sovet & Bernaud, 2019). Ces éléments de complexité et ces ambiguïtés terminologiques se retrouvent également dans le sens au travail (Arnoux-Nicolas, 2019 ; Sovet & Bernaud, 2019)

Ces difficultés à identifier des consensus peuvent freiner ou complexifier la compréhension des liens entre le sens de la vie et le bonheur dans la mesure où la définition choisie et explicitée pour chaque terme apparaît comme une étape déterminante. À ce titre, Laurent Sovet (2021, p. 185) rappelle que : « Le sens de la vie et le bonheur sont deux termes que nous pourrions avoir tendance spontanément à réunir dans une même phrase. De nombreux ouvrages de développement personnel à destination du grand public les mettent facilement en lien avec de multiples configurations possibles. En effet, il peut arriver qu’ils soient présentés comme deux synonymes, comme l’un étant la conséquence de l’autre ou encore comme deux rapports distincts à l’existence. Face à ces différents points de vue, il est possible de cerner très rapidement les enjeux d’apporter une définition précise à chaque terme ».

Vikor E. Frankl (1905-1997), professeur de neurologie et de psychiatrie, représentant de la troisième école viennoise de psychothérapie et auteur pionnier dans l’étude contemporaine du sens de la vie, aborde les liens entre sens et bonheur sous l’angle d’une causalité. Le sens y est appréhendé sous l’angle de la vie pleine de sens (i.e., et plus particulièrement la composante motivationnelle) tandis que le bonheur y est alors appréhendé sous l’angle du bien-être subjectif : « Le plaisir n’est jamais le but de l’existence, il est et doit demeurer un effet, et plus spécifiquement, la conséquence du fait d’avoir atteint un but. Le fait d’atteindre un but constitue une bonne raison d’être heureux. Autrement dit, si nous avons une raison d’être heureux, le bonheur suivra, automatiquement et spontanément, comme il se devra. Et c’est pourquoi nul ne doit chercher le bonheur, nul ne doit s’en occuper tant qu’il n’a pas de raison de le faire » (Frankl, 2009, p. 32). Plus récemment, une méta-analyse basée sur 51 études auprès de 27 000 personnes en Chine (Jin et al., 2016) et une méta-analyse basée sur 147 études menées auprès de plus de 90 000 personnes au profil varié (Li et al., 2021) mettent en évidence des corrélations moyennes entre la vie pleine de sens et le bien-être subjectif. En somme, ces éléments suggèrent que « la compréhension des liens entre le sens de la vie et le bonheur doit se penser au moins à un niveau terminologique et à un niveau théorique » (Sovet, 2021, p 195).

L’objectif de ce numéro thématique vise à mettre en dialogue sens et bonheur à la croisée de plusieurs contributions s’inscrivant dans le champ de la psychologie, de la philosophie et des sciences de l’éducation et à partir d’études empiriques et de revues de question. Il s’inscrit dans le prolongement du colloque international « travailler, s’orienter, quel(s) sens de vie ? » organisé conjointement par l’Université Paris Cité (i.e., anciennement Université Paris Descartes) et le Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris du 21 au 23 novembre 2019. À la suite de cette manifestation scientifique, un appel à contributions fut lancé. Au total, ce numéro thématique réunit quatre articles, trois recensions et une postface.

Les deux premiers articles apportent des éléments de réflexion sur la manière de conceptualiser les liens autour du bonheur et du sens. Plus spécifiquement, les liens entre le bien-être subjectif et le bien-être psychologique sont discutés et parfois revisités pour se diriger vers une approche plus holistique ou intégrative. Samia Ben Youssef Mnif (2022) s’appuie sur une revue approfondie de la littérature en psychologie et en philosophie pour comparer les conceptions occidentales et arabo-musulmanes du bonheur. Elle fait ressortir à la fois les éléments de ressemblances et différences et leurs répercussions sur la mesure du bonheur. Marie-Pierre Demon Feuvrier (2022) apporte un éclairage critique sur les conceptualisations du bonheur dans la littérature scientifique en soulignant la nécessité d’envisager une meilleure conciliation entre le bien-être subjectif et le bien-être psychologique. Une étude empirique sur les représentations sociales du bonheur est y menée auprès d’une population naïve et d’une population experte dans plusieurs pays anglophones et francophones. Ces deux premières parties servent d’éléments d’appui pour proposer un modèle intégratif du bonheur.

Les deux articles suivants mettent l’accent sur la manière dont il est possible de favoriser le bonheur et le sens. Stéphane Bonzon et Shékina Rochat (2022) proposent une revue de questions sur l’effectuation – définie comme « la manière dont les entrepreneur·e·s agissent dans l’incertitude en partant des ressources qu’ils et elles ont à disposition pour créer de la valeur par la transformation de leur environnement » (p. 64) – et ses liens potentiels avec le bonheur et le sens à l’échelle de l’individu et de la société dans un contexte de transformation des parcours professionnels et de promotion des objectifs de développement durable. Shékina Rochat et Caroline Arnoux-Nicolas (2022) appréhendent le jeu comme une métaphore utile porteuse de sens, voire même pourvoyeuse de bonheur pour l’individu dans sa vie, à l’aune de deux perspectives conjuguées, celle de la psychologie existentielle et celle de la psychologie positive. Des pistes d’application du jeu dans des dispositifs de recherche et des interventions tant dans le domaine de l’orientation tout au long de la vie que dans la sphère du travail y sont proposées et discutées.

Pour compléter ce numéro thématique, trois recensions d’ouvrages sont proposées respectivement par Nadia Baatouche (2022), Mathilde Moisseron-Baudé (2022) et Laurent Sovet (2022). Ces ouvrages ont en commun de proposer des pistes d’interventions et des réflexions pratiques sur le sens et le bonheur. En conclusion, ce numéro thématique apporte des éclairages complémentaires sur les concepts de sens et de bonheur et la manière de se les approprier dans la littérature scientifique. Christian Heslon (2022) offre une postface critique sur les enjeux terminologiques, épistémologiques, étymologiques et conceptuels qui structurent les liens entre sens et bonheur. De manière élargie, son écrit invite à rechercher davantage de consensus en vue de parvenir à concilier les termes et les concepts au fondement des sciences du bonheur.

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#kaleidoscope

Le bonheur au carrefour des conceptions occidentales et arabo-musulmanes : Caractéristiques, différences et impacts empiriques | Samia Ben Youssef Mnif

Happiness at the crossroads of Western and Arab-Muslim conceptions: Characteristics, differences and empirical impacts

Résumé

Les conceptions psychologiques du bonheur puisent quasi exclusivement dans des sources philosophiques occidentales dominant les théories générales sur le bonheur et le bien-être, prévalant comme la norme dans la recherche en psychologie (Tadin, 2015). Or la psychologie en tant que science du comportement aborde l’individu dans sa singularité, en particulier dans son contexte socioculturel. Nous posons la question de savoir si le bonheur en tant que déterminant du progrès universel social et humain couvre les mêmes dimensions et requiert les mêmes significations dans des cultures différentes (arabo-musulmanes) de celle où il a été conceptualisé scientifiquement et empiriquement (culture occidentale). Cet article, sous forme de revue de questions d’une part et de recherches empiriques dans la culture arabo-musulmane d’autre part, attire notre attention sur le fait que les dimensions du bonheur diffèrent d’une culture à une autre, ce qui impacte considérablement sa mesure. Une analyse comparative entre la conception occidentale et la conception arabo-musulmane du bonheur est apportée incitant à approfondir la réflexion sur l’universalité du concept du bonheur. Des pistes de recherches et d’actions sont proposées à la fin de l’article afin que la dimension socioculturelle du bonheur soit considérée comme un facteur à intégrer dans la mesure du bonheur humain universel.

Mots-clés : Bonheur universel ; Bien-être, Vertus ; Religiosité ; Culture occidentale ; Culture arabo-musulmane.

Abstract

Psychological conceptions of happiness draw almost exclusively from Western philosophical sources, dominating general theories of happiness and well-being, prevailing as the norm in psychological research (Tadjin, 2015). Yet psychology as a science of behavior addresses the individual in their uniqueness, particularly in their socio-cultural context. We ask the question of whether happiness as a determinant of universal social and human progress covers the same dimensions and requires the same meanings in cultures different (e.g., Muslim Arabs) from the one where it has been conceptualized scientifically and empirically (e.g., the West). This article, part a review of issues and part empirical research in Muslim Arabs’ culture, draws our attention to the fact that the dimensions of happiness differ from one culture to another, which has a considerable impact on its measurement. A comparative analysis between the West’s and the Muslim Arabs’ conceptions of happiness is done to encourage further reflection on the universality of the concept of happiness. At the end of the article, further research and action is proposed such that the socio-cultural dimension of happiness is considered as a factor to be integrated in the measurement of universal human happiness.

Keywords: Universal happiness; Well-being; Virtues; Religiosity; Western culture; Muslim Arab culture.

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#article

Un modèle intégratif du bonheur pour en percevoir le sens | Marie-Pierre Demon Feuvrier

An integrative model of happiness to perceive its meaning

Résumé

Cet article vise à déterminer les articulations entre bonheur et sens, en analysant dans un premier temps quelques théories fondamentales du bonheur, par une étude empirique dans un deuxième temps, et en proposant in fine un modèle intégratif du bonheur capable d’expliquer la diversité des représentations du bonheur entre les personnes. Le bonheur est un concept polysémique. Les recherches sur le bonheur se développent davantage depuis une trentaine d’années. Cependant, les conceptualisations scientifiques du bonheur ne font pas consensus, et restent aussi diversifiées que les approches philosophiques dont elles sont issues. Le croisement avec le concept de sens permet de comprendre notamment qu’une dimension temporelle n’est pas toujours prise en compte dans les modèles, qui ne distinguent pas la signification du bonheur sur un moment, son importance et la quête de bonheur. Nous avons récolté les définitions du bonheur d’une centaine de personnes issues de cultures diversifiées, avec deux échantillons. Dans le premier, des personnes dites « naïves », à savoir interrogées spontanément sur la notion du bonheur sans qu’elles aient réfléchi au préalable au sujet. Dans le deuxième, des « personnalités » ayant déjà intégré une réflexion (scientifique, philosophique, éducative ou anthropologique), en vertu de leur fonction, sur le bonheur. Les résultats montrent que dans les deux catégories, les définitions du bonheur sont presque aussi nombreuses que les individus eux-mêmes. L’analyse qualitative (analyse thématique) révèle cependant différents niveaux de sens que les personnes donnent, ou associent, au bonheur. Plus les personnes ont évolué en conscience, plus elles ont la vision d’un bonheur en termes de processus. Nous proposons un modèle intégratif du bonheur comme analyseur des conceptions du bonheur, à la fois empiriques et théoriques, qui nous amène à envisager le bonheur dans une perspective dynamique et évolutionnaire, mettant en évidence l’interdépendance des facteurs personnels, comportementaux, émotionnels et environnementaux. Le bonheur est modélisé comme un guide motivationnel qui permet de gérer les ressources d’une personne qui vit, agit, interagit et évolue dans son environnement. De ce fait, les différents sens du bonheur s’en trouvent éclairés.

Mots-clés : Bonheur ; Bien-être ; Sens ; Conscience ; Buts ; Modèle systémique.

Abstract

This paper aims to determine the links between happiness and meaning, first by an analysis of several fundamental theories of happiness, second by an empirical study, and finally by a proposal of an integrative model of happiness capable of explaining the diversity of the representations of happiness between people. Happiness is a polysemous concept. Research on happiness has developed rapidly in the last thirty years. However, the scientific conceptualizations of happiness have not generated a consensus and so remain as diverse as the philosophical approaches from which they are derived. Comparing happiness with meaning shows that the temporal dimension is not always considered in the existing models, which do not distinguish the meaning, importance, or pursuit of happiness at a given moment. We collected the definitions of happiness from a hundred people from various cultures across two samples. The first sample consisted of « naive » people who were asked spontaneously about the notion of happiness without having reflected on the subject beforehand. The second sample consisted of « experts” who had chosen a professional stance on happiness (be it scientific, philosophical, educational, or anthropological). In both samples the results show that definitions of happiness are almost as numerous as individuals. However, the qualitative analysis (thematic analysis) reveals different levels of meaning that people give to or associate with happiness. The expert sample more often described happiness as a process. We propose an integrative model of happiness as an analyzer of both empirical and theoretical conceptions of happiness, which leads us to view happiness from a dynamic and evolutionary perspective, highlighting the interdependence of personal, behavioral, emotional, and environmental factors. Happiness is modeled as a motivational tool that guides the management of the resources of a person who lives, acts, interacts, and evolves in their environment. As a result, the different meanings of happiness are clarified.

Keywords: Happiness; Well-being; Meaning; Consciousness; Systemic model.

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#article

« Durabilité au carré » : L’effectuation au service des carrières individuelles, du bonheur et des besoins du monde | Stéphane Bonzon et Shékina Rochat

« Squared Sustainability »: Effectuation in the service of individual careers, happiness and the needs of the world

Résumé

Afin de réconcilier deux visions de la carrière durable, qui renvoient tour à tour à des préoccupations tantôt centrées sur le bien-être de l’individu et tantôt sur la préservation de l’environnement, cet article propose le concept des carrières durables « au carré » caractérisant des carrières durables non seulement du point de vue de l’individu, mais également de la société et de l’écologie. Pour ce faire, nous introduisons à une nouvelle approche de la carrière et suggérons l’« effectuation » — qui décrit la manière dont les entrepreneur·e·s créent de la valeur en contexte d’incertitude — comme logique d’action permettant de l’atteindre. Les apports et limites de ces propositions seront discutés, de même que les implications pour la pratique et la recherche.

Mots-clés : Effectuation ; Carrière ; Durabilité2 ; Incertitude ; Entrepreneuriat.

Abstract

To reconcile two visions of the sustainable career, which refer to concerns centered sometimes on individual well-being and sometimes on environmental preservation, this paper proposes the concept of “squared” sustainable careers, characterizing careers that are not only sustainable from the individual’s point of view but also from societal and ecological perspectives. To this end, we introduce a new approach to careers and suggest the concept of “effectuation” —which describes the way entrepreneurs create value in the context of uncertainty — as a possible way to achieve such “squared” career sustainability. The contributions and limitations of these proposals will be discussed, as well as the implications for practice and research.

Keywords: Effectuation; Career; “Squared” sustainability; Uncertainty; Entrepreneurship.

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#article

Le jeu : Une approche porteuse de sens, voire de bonheur ? | Shékina Rochat et Caroline Arnoux-Nicolas

Game: An approach that brings meaning, even of happiness?

Résumé

Le jeu a souvent été présenté comme une activité essentielle au bon développement et au bien-être des individus. Néanmoins, les liens entre ces concepts ont peu été étudiés. Dans cet article, nous examinerons comment le jeu, en tant qu’activité et métaphore pour aborder la réalité, est susceptible d’aider tout un chacun à trouver du sens à son existence et à vivre davantage de bonheur. À cet effet, le jeu sera mis en relation avec les principes-clés de la psychologie existentielle et de la psychologie positive, de sorte à étudier les synergies potentielles entre ces concepts. Les apports et limites de cette métaphore pour favoriser le sens et le bonheur seront discutés et des pistes pratiques seront proposées.

Mots-clés : Jeu ; Sens ; Bonheur ; Bien-être ; Métaphore.

Abstract

Play has often been presented as an essential activity for the proper development and well-being of individuals. However, the links between these concepts have rarely been studied. In this article, we will examine how play, as an activity and as a metaphor for dealing with reality, can help everyone find meaning in their lives and live more happily. To this end, play will be linked to the key principles of existential psychology and positive psychology, to study the potential synergies between these concepts. The contributions and limits of play as a metaphor to promote meaning and happiness will be discussed, and practical interventions will be proposed.

Keywords: Play; Meaning; Happiness; Wellbeing; Metaphor.

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#article

Recension de « Psychologie de l’accompagnement. Concepts et outils pour développer le sens de la vie et du travail » de Jean-Luc Bernaud, Lin Lhotellier, Laurent Sovet, Caroline Arnoux-Nicolas et Frédérique Moreau (Dunod, 2020) | Nadia Baatouche

Au moment où paraît cette seconde édition de l’ouvrage « Psychologie de l’accompagnement. Concepts et outils pour développer le sens de la vie et du travail », notre monde est bouleversé par une pandémie. Les répercussions de cette crise sanitaire majeure − qui succède elle-même à d’autres crises − sont profondes, tant au niveau de la santé mentale avec notamment une augmentation du nombre de personnes en situation de dépression ou d’épuisement (Ustun, 2021 ; Ye et al., 2020) qu’au niveau social et économique (Guerini et al., 2020 ; Guilllot & Khlat, 2020). Or, ainsi que l’illustre cet ouvrage de 138 pages, dans le climat anxiogène qui est une marque de notre société postmoderne, la question du sens de sa vie et de son travail se réinvite dans les pensées. L’individu confronté à la finitude, cherchant un apaisement psychologique, explore ses expériences de vie personnelles et professionnelles. Quel est le sens de son parcours ? Quelle direction donner à sa vie dans ce monde incertain ? L’intérêt pour le sens est inéluctablement lié à l’équilibre de vie d’un individu, son rapport à la société et aux autres (Bernaud, 2018a, 2018b). Comment évoluer dans ce monde aux repères flottants, ce monde où les crises s’enchaînent, en surmontant un sentiment de vide existentiel, dont le corolaire est souvent une perte de sens du travail ?

Pour tout professionnel se pose la question de l’accompagnement de ces personnes en crise existentielle (Bernaud, 2018a, 2018b). Cet ouvrage collectif apporte des repères théoriques et une palette d’outils utiles aux praticiens de l’accompagnement, mais aussi aux étudiants souhaitant investiguer le concept de sens. Le livre s’articule autour de deux grandes parties. C’est tout d’abord à une exploration des fondements théoriques que les auteurs nous convient, dans une première partie procédant à un état des lieux de la pensée et de la recherche autour de la question du sens de la vie et du sens du travail. Ils abordent la définition du sens de l’existence, en questionnant tour à tour l’origine du concept, ses propriétés et ses composantes. Les auteurs présentent dans cet ouvrage les cadres de références disciplinaires autour de ce concept polysémique, les modèles d’élaboration de sens, les enjeux du développement de sens, pour conclure avec une vision panoramique et sociétale de la question.

Trois éléments particulièrement méritant parmi cette matière dense peuvent être mis en exergue :

  • Tout d’abord, l’importance de questionner les évènements de vie les plus significatifs pour préserver sa santé mentale et tendre vers le bonheur (Schmid, 2014). En effet, les nombreuses recherches portant sur le sens et la santé mentale tendent à confirmer que la présence d’un niveau de sens donné à la vie permet de se défaire d’un sentiment de vide existentiel (Steger et al. ; 2006, Steger et al., 2008 ; Schnell, 2009).
  • Ensuite, parmi les propositions et modèles intégrés de constructions de sens, le modèle proposé par Reker et Wong (1988) et Wong (2012) se révèle très éclairant. Il est constitué de trois dimensions : cognitive (i.e., la compréhension du sens donné à sa vie), motivationnelle (i.e., la recherche d’un but à atteindre) et affective (i.e., le sentiment de satisfaction et d’accomplissement de sa vie).
  • Le modèle PURE de Wong (2012) mérite également une attention particulière. Il est constitué de quatre composantes : avoir des buts (P) qui fait référence à la composante motivationnelle, la compréhension (U) qui fait référence à la composante cognitive, agir de manière responsable (R) qui fait référence à la composante comportementale, et enfin l’évaluation (E) qui renvoie à la composante de satisfaction dans la vie.

Les lecteurs sont ensuite invités, en deuxième partie, à adopter le regard du praticien d’accompagnement psychologique, pour découvrir comment développer le sens par la mise en place d’un dispositif « Sens de la vie et sens du travail ». Le dispositif est décrit en termes de format et de modalités, en termes d’outils et d’étapes, au moyen d’un focus sur chacun de ses sept modules et leur mise en miroir avec les fondements théoriques.

  • Le premier module intitulé « Théories implicites du sens » présente le cadre et invite le bénéficiaire à une première réflexion écrite sur le sens de la vie et le sens du travail.
  • Le deuxième module intitulé « Analyse des valeurs » invite le bénéficiaire à un questionnement sur les valeurs existentielles qui aiguillent ses actions personnelles et professionnelles.
  • Le troisième module intitulé « Analyses des modèles et des parcours de vie » est une invitation par le biais de l’esthétique − œuvres littéraires, artistiques, cinématographiques, etc. − à se décentrer de soi, de ses expériences de vie. Ces matériaux offrent au bénéficiaire un panorama des problématiques existentielles et des stratégies de contournements adoptées par des personnages de fiction.
  • Le quatrième module intitulé « Rapport au travail » invite le bénéficiaire à questionner ses valeurs au travail et les significations données au mot travail. Ce module conduit le bénéficiaire à penser le mouvement permanent qui lie la sphère du travail et la sphère de vie prise dans sa globalité.
  • Dans le cinquième module intitulé « Autobiographie des scénarios de vie personnelle et professionnelle future », les bénéficiaires imaginent deux trames de vie professionnelle et personnelle pour les prochaines années, élaborant une réflexion autour de chaque scénario. L’objectif est ici de permettre aux bénéficiaires de se projeter dans une mise en action.
  • Le sixième module intitulé « Développement de l’art de vivre » invite chaque bénéficiaire à dégager plusieurs axes de travail personnel autour de leur qualité de vie et d’une forme de développement spirituel. À ce stade, il entre dans la réalisation d’une action au présent, quotidienne, en accord avec lui-même, consignée durant deux semaines.
  • Enfin, le septième et dernier module intitulé « Une vision 360° du sens de la vie et du travail » constitue un bilan du vécu du ou de la bénéficiaire et de son élaboration de sens tout au long du dispositif, s’ouvrant sur les perspectives d’avenir.

Désireux d’illustrer le dispositif et le propos, les auteurs concluent cette deuxième partie en accordant une large place à l’étude d’un cas d’accompagnement psychologique individuel. Qu’est-ce qui a motivé la démarche ? Où se situait la bénéficiaire en amont du dispositif ? Comment se sont passées les séances ? Quels exercices ont pu provoquer des prises de conscience, des élaborations de pensée et de sens ? Où se situait le bénéficiaire à l’issue du dispositif – et comment entendait-il poursuivre le travail entrepris ? Le livre inclut également dix pages de références bibliographiques fort utiles pour approfondir la thématique. Un accès numérique sur le site compagnon des Éditions Dunod est également possible avec la possibilité de télécharger dans son intégralité le carnet de bord utilisé par les accompagnateurs du dispositif « Sens de la vie et sens du travail ». Un des objectifs poursuivis est ici d’outiller de futurs praticiens par de la méthode liée à de la connaissance. Les professionnels de l’orientation pourront ainsi acquérir un premier niveau d’équipement et d’autonomie dans une pratique de l’accompagnement au sens.

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#recension

Recension de « Coaching existentiel. Accompagner la recherche de sens au travail » de Omid Kohneh-Chahri (Dunod, 2020) | Mathilde Moisseron-Baudé

Rien ne prédisposait Omid Kohneh-Chahri, l’auteur de « Coaching existentiel. Accompagner la recherche de sens au travail », au métier de coach professionnel et plus précisément, celui tourné vers le coaching existentiel. Diplômé d’une maîtrise de physique, ingénieur dans le domaine informatique, il entreprend après plusieurs années d’expérience des transitions/reconversions professionnelles pour trouver sa « voie ». Il décide, in fine, de se consacrer aux autres en obtenant notamment le titre de professeur de yoga et en mettant à profit son cheminement réflexif et introspectif au service de l’accompagnement des dirigeants et des particuliers pour les aider à se révéler à eux-mêmes dans leur vie personnelle comme professionnelle et à penser leurs priorités pour entrevoir une vie plus harmonieuse.

Proposé aux lecteurs en huit chapitres, l’ouvrage est un outil de travail que l’auteur a façonné à travers ses propres expériences professionnelles avec ses clients au fil du temps. Il repose davantage sur des savoir-faire et des savoir-être, qui font écho à la discipline pragmatique qu’est le coaching, que sur un savoir théorique existentiel étayé. Son objectif est de partager une méthode de travail et des techniques en soutenant une vision ternaire et éclectique du coaching existentiel. Il y allie en effet, (i) le coaching influencé par le courant humaniste-rogérien (Rogers, 1968/2018), (ii) des thérapies existentielles telles que la thérapie existentielle de Yalom (2017) et la logothérapie de Frankl (2009, 2013) ainsi que, (iii) des méthodes psychocorporelles, incluant le yoga ou encore la méditation de pleine conscience. L’auteur tire la légitimité de l’écriture de ce livre de l’expérience professionnelle acquise ces dix dernières années, laquelle lui a permis d’éprouver ses outils, et du plébiscite de ses pairs, convaincus après les avoir testés auprès de leurs clients. Aussi s’adresse-t-il, en cœur de cible, avant tout aux professionnels de l’accompagnement en développement personnel et professionnel ainsi qu’aux métiers du conseil, des ressources humaines puis, plus largement, à tous les particuliers qui aspirent à trouver une meilleure conciliation entre leur mode de vie personnel, professionnel et leur véritable valeur.

L’approche existentielle, choisie par l’auteur, pour du coaching, est indéniablement en résonance avec l’ère de la société post-moderne du XXIème siècle dans laquelle nous vivons. Traversée par des crises, des transformations sociétales et environnementales, la société opère, en chacun dans son développement individuel, une révolution profonde de « l’être ». L’auteur le constate au quotidien dans sa pratique et oriente son travail de coach en conséquence afin d’aider ses clients à trouver leur juste place dans le monde professionnel. Il se saisit, dans son premier chapitre, des enjeux existentiels contemporains en dressant une liste de facteurs, non exhaustifs, qu’il considère comme contribuant à la perte de sens, à la perte de repères dans nos vies. Preuve de l’intérêt grandissant de cette approche, au moment de la rédaction de cette recension, paraissait dans le numéro de Psychologies magazine du mois de novembre 2021 (n°427) un dossier spécial consacré à « Plus de sens et de plaisir – Les clés de la psychologie existentielle » où il émerge aujourd’hui « un sentiment individuel et collectif nouveau, celui d’une urgence à trouver du sens à sa vie » (Psychologies magazine, 2021, p. 44). Si, étrangement, cette préoccupation semble récente en France, elle est en revanche développée dans d’autres pays dans le milieu de la recherche scientifique, depuis les travaux fondateurs sur la psychologie existentielle de May (1958). Elle a pris son essor, en France, depuis deux dernières décennies (Arnoux-Nicolas, 2019 ; Bernaud, 2018, 2021).

Dans le deuxième chapitre, l’auteur prend le parti pris de présenter les fondements du coaching existentiel sous le prisme essentiellement de trois référents, à savoir Irvin David Yalom, professeur américain émérite en psychiatrie, existentialiste et psychothérapeute, Viktor Frankl, professeur autrichien de neurologie et de psychiatrie, créateur de la logothérapie, et Dominique Lussan, française, professeur de yoga et présidente fondatrice d’un centre de recherche et de développement sur les états de la conscience et la création de valeur globale. Au-delà de la vision réductrice et limitative de ce cadre, il manque aux lecteurs une justification argumentée de ce choix pour permettre d’en apprécier la pertinence. Si les deux premiers référents portent des thérapies existentielles bien référencées sur le plan international, l’association avec le troisième référent est moins évidente et reste à clarifier. Cette démarche, nécessaire, est importante à prendre en considération si, comme le souhaite l’auteur, l’intention est d’ancrer cette pratique professionnelle de manière pérenne dans un univers de référence donné. D’autant qu’il se développe d’autres pratiques, utilisant d’autres formulations, qui pourraient créer de la confusion dans les esprits autour du coaching de vie (Cluzel et al., 2019 ; Jarosz, 2016 ; Terrisse, 2019) ou encore, du coaching existentiel transformateur (Lefdahl et al., 2018 ; van Deurzen & van Deurzen-Smith, 2018). Ce chapitre enfin, est l’occasion pour l’auteur de proposer un nouveau modèle qu’il considère être « le fil rouge de la découverte du sens ». Ce modèle repose sur trois niveaux logiques de sens à savoir, (i) les manifestations de notre être (nos élans, ce qui nous rend vivant, nos essences), (ii) les contributions au monde (notre utilité, ce qu’on donne et apporte aux autres) et (iii) le territoire social (la place choisie, notre domaine d’activité, notre environnement de travail). Malgré le soin qu’il apporte à expliciter ces trois éléments à travers notamment des exemples, un approfondissement des cadres conceptuels et une critique nuancée permettraient aux lecteurs d’entrevoir les potentialités offertes par ce modèle afin de se l’approprier.

Le troisième chapitre traite de la posture du coach existentiel et de ses zones d’intervention selon les représentations qu’en a l’auteur. Par une énumération structurée de conseils, l’auteur vise une posture équilibrée et réflexive pour évoluer vers l’objectif du client et impulser sa transformation. Il propose une « carte » ou une grille de lecture pour mieux appréhender le « territoire existentiel » et les difficultés des clients. Il la nomme à l’aide des quatre dimensions, SPEA : Sens, Projet de vie, Engagement décisions et passage à l’Action. Cette carte n’a pas pour vocation à être une méthode reproductible de manière immuable pour chaque client mais davantage un outil pratique pour le coach afin de l’aider à déterminer les zones d’intervention prioritaires dans l’accompagnement de son client.

Les chapitres qui suivent, du quatrième au septième, explicitent chaque dimension de la carte en y associant pléthore d’outils visant à affiner, éclaircir, in fine, le modèle des trois niveaux logiques de sens du client. Régulièrement, des encadrés jalonnent la lecture permettant de relier le thème traité à des compléments d’ouvrages, à des conseils et recommandations destinés autant aux lecteurs qu’à ceux prenant en charge les individus. Cette partie de l’ouvrage s’assimile davantage à un assemblage de techniques empruntées à diverses disciplines. Des concepts sont mis bout à bout constituant, certes, des éléments encourageants pour le développement des interventions en coaching existentiel car reconnus individuellement pour leur efficacité clinique, mais le lecteur peut s’interroger sur la cohérence, la pertinence et l’efficacité de ces concepts agglomérés au fil du temps et n’ayant pas été éprouvés scientifiquement dans une démarche d’intervention globale. 

Enfin, le huitième et dernier chapitre expose brièvement une étude de cas réel de coaching existentiel. Il aurait été valorisant d’apporter des éléments descriptifs sur chaque séance en précisant par exemple, l’objectif visé, son contenu et son organisation ainsi que les processus et effets observés. Cette rigueur aurait permis d’apprécier à sa juste valeur la qualité de l’accompagnement par le coach et le développement personnel et professionnel du client.   La psychologie existentielle offre véritablement un large champ de potentialités pour explorer les dilemmes de vie des êtres humains, pour comprendre leur rapport au monde, pour les accompagner à se révéler à soi-même et contribuer ainsi, plus globalement, à maintenir l’équilibre dans le monde (Heidegger, 1927/1986 ; Jacobsen, 2007). Cette approche est, incontestablement, stimulante pour l’esprit. Elle doit s’évertuer, dans les prochaines décennies, à acquérir une meilleure assise dans le domaine de la recherche scientifique pour favoriser le développement de pratiques professionnelles qui puissent s’appuyer sur des cadres théoriques, méthodologiques et des techniques validés tant sur le plan scientifique qu’académique. Le coaching existentiel s’inscrit dans l’évolution des pratiques d’intervention et de conseil prenant en compte le rapport existentiel. Il gagnera en qualité et pertinence en s’enrichissant notamment de cadres de référence solides, évitant les agglomérats d’outils mis bout à bout et une frêle bibliographie. Cette ouverture holistique pour travailler l’orientation professionnelle de l’individu semble très prometteuse comme le démontre cet ouvrage et incite à poursuivre dans ce sens pour profiter de son rayonnement.

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#recension

Recension de « Meaning in life: An evidence-based handbook for practitionners » de Joel Vos (Palgrave, 2018) | Laurent Sovet

Au cours de ces dernières décennies, les ouvrages et les articles portant sur la psychologie du sens se sont démultipliés et témoignent d’une volonté manifeste d’y apporter des bases scientifiques (Sovet & Bernaud, 2019) et de promouvoir des pratiques fondées sur les preuves (Bernaud & Sovet, 2019). Le livre intitulé « Meaning in life: An evidence-based handbook for practitionners » (« Sens dans la vie : Un manuel fondé sur les preuves à l’intention des praticien·ne·s », traduction personnelle en français) s’inscrit exactement dans cette perspective. Son auteur, Joel Vos, est fortement engagé dans l’élaboration et l’évaluation de thérapies et psychothérapies existentielles, et la formation des praticien·ne·s (i.e., psychologues, thérapeutes, psychothérapeutes) dans le développement de leurs compétences professionnelles. Ses nombreuses publications scientifiques permettent de saisir toute l’importance de sa contribution au champ de la psychologie existentielle. En l’occurrence, il a publié de nombreuses méta-analyses et revues systématiques de la revue sur l’efficacité des pratiques centrées sur le sens (Vos, 2016 ; Vos et al., 2015 ; Vos & Vitali, 2018). Cet ouvrage rassemble et met en dialogue les principaux enseignements de ses recherches, de ses pratiques professionnelles, de ses supervisions de groupe et de ses formations dans un format qui se veut accessible aux praticien·ne·s et à la communauté scientifique s’inscrivant dans une perspective existentielle. Dans le champ de psychologie, il rappelle dès les premières pages et à différents endroits du texte toute l’importance de se concentrer sur l’expérience subjective du sens plutôt que de vouloir imposer une vision du monde ou un sens ultime aux personnes qui peuvent bénéficier d’un accompagnement au sens.

La première partie porte sur les fondements scientifiques du sens dans la vie et se divise en quatre chapitres. Elle débute par un exposé des conceptions théologiques et philosophiques dans les sociétés occidentales et non occidentales (Chapitre 1 et Chapitre 2) avant d’aborder les approches psychologiques contemporaines du sens dans la vie (Chapitre 3). Nous pouvons notamment y retrouver la distinction entre sens dans la vie (meaning in life) et sens de la vie (meaning of life) en s’appuyant sur les travaux scientifiques les plus récents. Le Chapitre 4 porte plus spécifiquement sur les pratiques centrées sur le sens en abordant les évolutions et les innovations d’un point de vue historique. L’auteur offre également un aperçu général de l’efficacité des interventions en soulignant l’importance des compétences professionnelles et de la formation des praticien·ne·s comme ingrédients critiques à leur réussite.

La deuxième partie se centre sur une présentation détaillée de 39 compétences professionnelles mobilisées par les praticien·ne·s dans la mise en œuvre d’interventions centrées sur le sens. Elles ont été identifiées à partir d’une méta-analyse qui explorait l’efficacité de 60 essais cliniques (Vos, 2016). Une taxonomie en cinq grandes catégories a été proposée à raison d’un chapitre par catégorie. Elles incluent des compétences relatives à (1) l’évaluation, (2) la compréhension théorique et pratique du concept de sens, (3) la qualité de la relation et la dynamique des échanges, (4) l’analyse de l’histoire de vie et de l’expérience phénoménologique et (5) la connaissance des thèmes existentiels et leur importance dans l’expérience humaine. Il est à noter que l’auteur a récemment proposé un modèle en 13 grandes catégories basées sur la classification de 476 compétences (Vos, 2021). Il rappelle la nécessité de concevoir un référentiel de compétences qui facilite la mise en place de formations visant à développer et renforcer les compétences professionnelles. Ce positionnement reflète assez bien sa posture translationnelle et son engagement envers un dialogue dynamique entre recherche, pratique et formation.

La troisième partie présente une intervention centrée sur le sens à destination de personnes souffrant de maladie chronique ou de maladie grave mortelle en vue de leur apporter un soutien psychologique, et de mieux vivre leur existence malgré la situation. Cette intervention se décompose en dix séances avec un chapitre dédié à chaque séance. Ces chapitres suivent une structure similaire en détaillant les objectifs, les postures à privilégier ainsi que les exercices à réaliser avant, pendant et après la séance. Des temps indicatifs sont même parfois indiqués pour certaines étapes. Plusieurs outils d’évaluation utilisés durant cette intervention sont fournis dans les annexes de l’ouvrage.

En complément, il est possible de souligner la dimension pédagogique et réflexive de l’ouvrage. L’auteur y évoque plusieurs anecdotes personnelles – et notamment l’importance dans sa vie de s’impliquer dans l’écriture et des projets créatifs – et des récits de ses pratiques professionnelles. Des exemples et des études de cas sont régulièrement présentés sous la forme d’encadrés. Enfin, chaque chapitre se termine par une série d’exercices – qui invitent souvent le lectorat à s’emparer des concepts pour interroger le sens de ses expériences et de son existence – et un résumé des points essentiels à retenir. Ce format permet une lecture à différents niveaux et une mise en perspective des éléments abordés. En somme, cette lecture translationnelle entre recherches et pratiques est plutôt réussie. Elle offre aux praticien·ne·s la possibilité d’appréhender les interventions centrées sur le sens avec un regard critique et éclairé. Il est possible de rendre plus intelligibles de telles pratiques professionnelles et d’en évaluer l’impact sur les personnes qui en bénéficient (Arnoux-Nicolas et al., 2018 ; Bernaud et al., 2020). Le contexte actuel est particulièrement propice aux questionnements existentiels. En l’occurrence, la crise sanitaire peut se traduire par des réflexions profondes sur le sens de son existence et de ses priorités de vie (de Jong et al., 2020 ; Ekwonye & Truong, 2022). Cela appelle à proposer urgemment de nouveaux dispositifs et à promouvoir de bonnes pratiques pour accompagner les personnes en quête de sens et ainsi les aider à trouver leurs repères et à dépasser leurs difficultés.

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