La Félicité des Communs. Contributions de l’économie du bonheur pour une économie verte et cordiale : Cas d’étude de la loi française « climat et résilience » | Mònica Guillén-Royo et Francis Munier

The Felicity of the Commons. Contributions of the economics of happiness for a green and cordial economy. Case study of the French ‘climate and resilience’ law

Résumé

L’économie du bonheur montre que les relations sociales sont une source importante de bien-être subjectif. En référence notamment au concept de croissance défensive, les relations sociales apparaissent également plus vertes. Dès lors, l’objet de cet article est d’explorer les fondamentaux théoriques et empiriques d’une économie verte et cordiale sous l’angle du concept philosophique de reconnaissance, avec un cas d’étude de la loi française « climat et résilience ».

Mots-clés : Économie du bonheur : Environnement ; Croissance défensive ; Reconnaissance ; Relations sociales.

Abstract

The economics of happiness shows that social relations are an important source of subjective well-being. With particular reference to the concept of defensive growth, social relations also appear to be greener. The purpose of this paper is to explore the theoretical and empirical foundations of a green and cordial economy from the perspective of the philosophical concept of recognition, with a case study of the French ‘climate and resilience’ law.

Keywords: Economics of happiness; Environment; Defensive growth; Recognition; Social relations.

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La qualité de vie comme condition de durabilité : Un aperçu et une application pour la ville durable | Amandine Payet-Junot

Quality of life as a condition for sustainability: An overview and application for the sustainable city

Résumé

La qualité de vie, en particulier la qualité de vie environnementale-urbaine, et la durabilité font l’objet d’une grande attention ces dernières années. Si l’un des principaux objectifs du développement durable est la qualité de vie, cette dernière serait également l’une des conditions préalables de la durabilité. Toutefois, peu de travaux ont à ce jour vérifier ce dernier lien. Considérant la congruence homme-environnement et les conséquences comportementales associées, ce travail visait à étudier le rôle de la qualité de vie sur la durabilité et d’y identifier les logiques sous-jacentes en jeu.

Mots-clés : Qualité de vie ; Qualité de vie environnementale ; Bien-être ; Durabilité ; Congruence homme-environnement.

Abstract

Quality of life, in particular environmental-urban quality of life, and sustainability have received much attention in recent years. If one of the main goals of sustainable development is quality of life, then quality of life would also be one of the preconditions for sustainability. However, few works have so far verified this last link. Considering the person-environment congruence and the associated behavioral consequences, this work aimed to study the role of quality of life on sustainability and to identify the underlying rationales in play.

Keywords: Quality of life; Environmental quality of life; Well-being; Sustainability; Person-environment congruence.

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Savoir composer des mondes : Pour une éducation en anthropocène à l’école primaire | Élisabeth Maizonnier-Payelle

Crafting worlds: Towards Anthropocene education in elementary school

Résumé

Dans les années 1990, le débat est lancé sur les nouvelles formes de la recherche en éducation entre recherche et pratique. Certaines expérimentations menées, entre autres, par la pédagogue Germaine Tortel (1896-1975) anticipent ce tournant dès les années 1960. L’éducation par l’art à l’école primaire en est le fer de lance. L’exposition est alors considérée du point de vue de la médiation comme objet lié à la réflexivité du sujet, ayant une histoire héritée des expositions universelles, intimement liée au regard sur/avec l’Autre et sur l’ailleurs. Les deux expositions organisées au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Exhibitions, L’invention du sauvage (2011) et Persona, Étrangement humain (2016) dévoilent des modalités multi-référentielles de la relation aux mondes. La communication du vivant revêt des formes multiples qui par la mise en scène révèle « l’associativité coopérative » pour vivre « en » et selon la diversité des ontologies. Celles-ci sont données à voir pour composer des mondes.

Mots-clés : Éducation en anthropocène ; École primaire ; Expositions ; Germaine Tortel.

Abstract

In the 1990s, the debate between research and practice was launched on new forms of educational research. Certain experiments led by the educationalist Germaine Tortel (1896-1975), among others, anticipated this turning point as early as the 1960s. Art education in elementary schools spearheaded the trend. From the point of view of mediation, art exhibitions were seen as objects tied to the Subject’s reflexivity, with a history inherited from the World’s Fairs, intimately linked to the gaze towards the Other and towards the Elsewhere. The two art exhibitions organized at the Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Exhibitions, L’invention du sauvage (Exhibitions: The Invention of the Wild, 2011) and Persona, Étrangement humain (Persona: Human Strangeness, 2016) reveal multi-referential modalities of the relationships towards other worlds. Communication among the living world takes on multiple forms, and the staging reveals « cooperative associativity » for living « in » and according to the diversity of ontologies. These are made visible in order to compose other worlds.

Keywords: Anthropocene Education; Elementary school; Exhibitions; Germaine Tortel.

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Représentations sociales de la relation entre bien-être et environnement naturel à travers la notion de services écosystémiques : Application à la réserve de biosphère de Mohéli aux Comores | Nassim Said Abdallah

Social representations of the relationship between well-being and the natural environment through the notion of ecosystem services: Application to the Mohéli Biosphere Reserve in the Comoros

Résumé

Les services écosystémiques, une notion beaucoup plus floue (Maillefert, 2016), renvoie aux bénéfices offerts aux humains par les écosystèmes (MEA 2005). Leurs évaluations sont encore surtout centrées sur l’offre de services ou sur leur valeur monétaire sans étudier explicitement leur contribution effective au bien-être des habitants ou usagers (Prévot & Geijendorffer, 2016). Notre travail ambitionne donc de proposer une évaluation explicite les représentations que les individus ont de l’apport des services écosystémiques en tant que composante de leur bien-être. La méthodologie mise en œuvre repose sur l’évaluation des représentations sociales en associant entretiens, et cartographie cognitives. Ces représentations sont relatives aux catégories socio-professionnelles (i.e., les pêcheurs se représentent le bien être différemment des autres acteurs) et du type d’écosystème (i.e., les plages et hauts de plage génèrent plus de service pour le bien être que les mangroves et encore moins les récifs coralliens).

Mots-clés : Services écosystémiques ; Bien-être ; Représentations sociales ; Gestion de la biodiversité ; Mohéli/Comores.

Abstract

Ecosystem services, a fuzzy concept (Maillefert, 2016), refer to the benefits offered to humans by ecosystems (MEA, 2005). Evaluations of ecosystem services are still mainly focused on the supply of services or their monetary value, without explicitly studying their actual contribution to the well-being of inhabitants or users (Prévot & Geijendorffer, 2016). Our work therefore proposes an explicit evaluation of individuals’ representations of ecosystem services’ contributions as a component of their well-being. The methodology implemented is based on the assessment of social representations through a combination of interviews, cognitive mapping, and cognitive graphs. These representations are related to socio-professional categories (i.e., fishermen represent well-being differently from other stakeholders) and ecosystem type (i.e., beaches and seasides generate more well-being services than mangroves and coral reefs). We verify empirically the hypothesis of a positive impact of ecosystem services on well-being.

Keywords: Ecosystem services; Well-being; Social representation; Biodiversity management; Moheli/Comoros.

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Réduction volontaire du temps de travail conjugal en Suisse occidentale : Quelles implications pour le bien-être et la consommation durable ? | Clémentine Rossier, Marlyne Sahakian et Frédéric Minner

Voluntary reduction of couples’ working time in Western Switzerland: What are the implications for well-being and sustainable consumption?

Résumé

La réduction du temps de travail payé est l’une des solutions envisagées pour diminuer la consommation et donc l’empreinte écologique dans les pays à revenus élevés. Or, les personnes qui travaillent à plein temps ont des meilleures trajectoires de santé et de bien-être sur le long terme, et le retrait de l’emploi est l’un des moteurs de la persistance des inégalités de genre. Dans cette étude exploratoire menée fin 2018 en Suisse occidentale, nous avons conduit des entretiens approfondis auprès d’un échantillon de personnes en couple avec des charges familiales (N = 17). Dans 14 cas, les deux membres ont diminué leur temps en emploi. Nous les avons questionnés sur leur bien-être et leurs pratiques de consommation. Cette démarche nous permet d’imaginer les résultats ainsi que les limites de programmes de réduction volontaire de travail pour tous, visant à promouvoir une consommation durable tout en favorisant l’égalité de genre. Nous utilisons le cadre conceptuel des besoins humains permettant de relier l’emploi, le genre, le bien-être et la consommation durable. Nos données indiquent qu’une partie des personnes de l’échantillon jouissent d’un niveau de bien-être élevé et d’une relative égalité de genre dans la répartition du travail payé et domestique, tout en limitant leur consommation et son impact écologique. Cependant, la réduction du travail payé des deux membres du couple dépend largement de l’adoption des normes non consuméristes et est donc presque exclusivement le fait de personnes au capital culturel élevé. De plus, les inégalités de genre sont compatibles avec le bien-être, si elles sont valorisées socialement. Par ailleurs, les style de vie réellement économes en ressources naturelles ne semblent possibles que pour les personnes qui vivent dans des milieux qui offrent des options écologiques par défaut. Enfin, l’impact de ces styles de vie sur le bien-être à long terme des participants restent incertain : les couples interrogés se caractérisent par une absence de discours sur leur futur. A l’inverse, quelques personnes atypiques de l’échantillon (temps partiel conjugal adopté en fin de carrière, ou par un seul membre du couple) qui n’ont cédé à l’appel de la réduction du travail payé qu’après avoir assuré le financement de leur retraite. Nous concluons à la centralité du dispositif de politiques publiques pour viabiliser la réduction du travail pour un bien-être durable.

Mots-clés : Réduction de travail volontaire ; Égalité de genre ; Consommation durable ; Bien-être ; Besoins humains.

Abstract

Reducing paid work time is one of the solutions being considered to reduce consumption and thus the ecological footprint in high-income countries. However, people who work full-time have better long-term trajectories for health and well-being, and withdrawal from employment is one driver of persistent gender inequalities. In this exploratory study conducted in late 2018 in Western Switzerland, we conducted in-depth interviews with a sample of individuals (N=17) in couples with family responsibilities; in 14 cases, both members decreased their time in employment. We asked them about their well-being and their consumption practices. This material helps us to imagine the outcomes and limitations of voluntary work reduction programs for all, aimed at promoting sustainable consumption while promoting gender equality. We use the conceptual framework of human needs to link employment, gender, well-being, and sustainable consumption. Our data indicate that a portion of the sample enjoys a high level of well-being and relative gender equality in the distribution of paid and domestic work, while limiting their consumption and the ecological impact thereof. However, the reduction of paid work by both members of the couple depends largely on the adoption of non-consumerist norms and is therefore almost exclusively the work of people with high cultural capital. Moreover, gender inequalities are compatible with well-being, if they are socially valued. Furthermore, truly resource-efficient lifestyles seem to be possible only for people who live in environments that offer ecological options by default. Finally, the impact of these lifestyles on the long-term well-being of the participants remains uncertain: the couples interviewed are characterized by an absence of discourse on their future, in contrast to the few atypical individuals in the sample (part-time work adopted at the end of their career by both members, or by only one member, of the couple) who only followed the call to reduce paid work after securing their retirement finances. We conclude that the public policy system is central to making work reduction viable for sustainable well-being.

Keywords: Voluntary work reduction; Gender equality; Sustainable consumption; Well-being; Human needs.

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Crise écologique et santé mentale : Une étude expérimentale des effets de la gratitude existentielle sur l’éco-anxiété | Sophie Plumey

Ecological crisis and mental health: An experimental study of existential gratitude’s effects on eco-anxiety

Résumé

L’éco-anxiété est une réaction normale, adaptative et utile de plus en plus répandue autour du monde et dont la définition et la mesure s’affinent ces dernières années. Cette étude mesure les effets d’une intervention de psychologie positive existentielle sur les dimensions cognitives et affectives de l’éco-anxiété. Un total de 61 personnes ont participé à l’étude et le groupe expérimental a pratiqué un journal de gratitude existentielle pendant deux semaines. Les résultats confirment les hypothèses : un effet significatif et de taille modérée est observé sur l’inquiétude (‑15,20 %, = -0.34), sur les émotions négatives (-13.91 %, = ‑0.36) et sur l’acceptation des émotions négatives (+10.57 %, = 0.49). Le bien-être augmente significativement avec une petite taille d’effet (+5.10 %, = 0.13). Cette étude contribue au développement d’une réponse au défi de santé publique que représente l’éco-anxiété.

Mots-clés : Éco-anxiété ; Gratitude existentielle ; Journal de gratitude ; Psychologie positive existentielle ; Acceptation.

Abstract

Eco-anxiety is a normal, adaptive, and useful response that is increasingly common around the world and has become better defined and measured in recent years. This study measures the effects of an existential positive psychology intervention on the cognitive and affective dimensions of eco-anxiety. A total of 61 volunteers participated in the study, and the experimental group practiced an existential gratitude journal for two weeks. The results confirm the hypotheses: significant effects of moderate size are observed on worry (-15.20 %, d=-0.34), on negative emotions (-13.91 %, d=-0.36) and on the acceptance of negative emotions (+10.57 %, d=0.49). Well-being increased significantly with a small effect size (+5.10 %, d=0.13). This study contributes to the development of an answer to the public health challenge of eco-anxiety.

Keywords: Eco-anxiety; Existential gratitude; Gratitude journal; Existential positive psychology; Acceptance.

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#article

Recension de « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » de Vincent Maymo et Geoffroy Murat (Dunod, 2020) | Laura Rams Boltaina

Dans un contexte où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) comme le développement durable sont des sujets de préoccupation pour les organisations, l’ouvrage « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » offre une analyse méthodique de ces notions. Les auteurs – Vincent Maymo, docteur en sciences de gestion et maître de conférences à l’IAE de Bordeaux et Geoffroy Murat, entrepreneur, chercheur et titulaire d’un doctorat en éthique et dirigeant de la société de services en développement durable Nicomak – partagent leurs expertises au travers de neuf dossiers thématiques et de cinquante-trois fiches opérationnelles. Dans cet ouvrage, le développement durable comme la RSE (notions utilisées indistinctement) renvoient à une réalité aux enjeux multiples de nature économiques, sociétaux et environnementaux. Au centre de la démarche RSE, le dialogue avec les parties prenantes est particulièrement détaillé pour tendre vers une performance durable des organisations.

Le premier dossier aborde les quatre principaux enjeux du développement durable. Les auteurs débutent par l’enjeu du positionnement stratégique, où une démarche RSE permet de s’implanter durablement sur un marché (outil 1) et d’asseoir le positionnement de son organisation (outil 2). Par la suite, les auteurs ancrent dans une perspective durable l’enjeu de la gestion des risques et la réduction des coûts au travers de l’outil du « cost-killing » responsable (outil 3) et de « la matrice durable » (outil 4). Autre enjeu majeur de la RSE, la gestion de la réputation d’une organisation est détaillée au travers d’un outil permettant de réaliser un suivi réputationnel au quotidien et en situation de crise (outil 5). L’établissement d’une culture d’entreprise forte, est le dernier enjeu de la RSE présenté au travers d’une fiche opérationnelle visant à prioriser les actions selon les perceptions des parties prenantes (outil 6) et par l’utilisation d’une charte des valeurs (outil 7) indispensable pour identifier des repères durables dans les entreprises.

Au sein du deuxième dossier, les auteurs évoquent au travers de trois sujets clés, l’importance de l’appropriation de la démarche RSE par son organisation. Le premier sujet aborde le positionnement éthique de son entreprise par le biais du triptyque éthique (Held, 2004). Le deuxième sujet est celui de la considération des attentes des parties prenantes. Véritable point d’orgue dans la démarche RSE, les outils de cartographie (outil 9) et d’analyse (outil 10) guident le lectorat dans la compréhension des comportements des parties prenantes. Le dernier sujet aide à formaliser un modèle d’engagement RSE adapté à son organisation. Pour ce faire, les auteurs adressent trois outils permettant de positionner son organisation face à la concurrence internationale (outil 11), de cibler son niveau d’engagement RSE (outil 12) et de rester en vigilance sur la compréhension des logiques des parties prenantes (outil 13).

Le troisième dossier aborde le lien entre la RSE et le management au travers de plusieurs actions permettant d’améliorer l’implication des collaborateurs et collaboratrices. Les deux premiers outils préconisent l’utilisation d’un baromètre du bien-être au travail (outil 14) et d’une méthode de gestion du stress au travail (outil 15) selon le modèle de Karasek et al. (1989). Les auteurs évoquent également l’importance de la RSE pour manager par le sens, au travers la mise en place d’un indicateur de sens (outil 16) et en soutenant la créativité et l’innovation au sein du collectif de travail (outil 17). Les dernières fiches opérationnelles présentent la RSE comme un outil de recrutement (outil 19) permettant d’attirer et de fidéliser les talents (outil 18).

Le quatrième dossier présente six outils méthodologiques pour organiser le pilotage d’une démarche RSE. L’outil 20 propose des actions concrètes pour établir un dialogue avec les parties prenantes. Les outils 21 et 22 permettent de spécifier le périmètre que souhaite couvrir l’organisation avec sa démarche RSE. L’outil 23 consiste à rendre visible les apports de la RSE par le biais d’une cartographie de la chaîne de valeur (Michael & Kramer, 2006). Enfin, les outils 24 et 25 aident les lecteurs à structurer et maintenir le dialogue avec les parties prenantes.

Au sein du cinquième dossier, les auteurs abordent la thématique de la communication des actions RSE. Pour communiquer efficacement, les auteurs conseillent de se positionner par rapport au cadre normatif. Autrement dit de s’approprier les référentiels de développement durable (outil 26) pour pouvoir organiser son reporting et sa communication (outil 27). Pour éviter que la RSE soit perçue avec méfiance, les auteurs rappellent l’importance de communiquer en engageant les parties prenantes (outils 28 et 29). Enfin, le lectorat est invité à suivre de manière continue l’actualité de la RSE, en participant à des événements (outil 30) et en réalisant une politique de veille (outil 31).

Le sixième dossier appréhende le développement durable comme un outil stratégique pour le service des ressources humaines. Dans cette visée, la RSE est envisagée tel un avantage compétitif mobilisable dans les actions de recrutement, d’intégration, d’exploitation et d’exploration des talents (outil 32, d’après Mirales, 2007), et notamment auprès des générations Y (outil 35). Véritable outil attractif, la RSE est également un moyen de fidéliser les collaborateurs et de lutter contre le turn-over (outil 34) mais aussi de mobiliser les managers, acteurs clés dans la démarche. À ce propos, les auteurs conseillent d’interroger les perceptions des managers et de les impliquer dans la démarche RSE (outils 36 et 37). Enfin, la RSE est envisagée comme un moyen de renforcer la qualité de services clients (outil 33).

Au sein du septième dossier est présenté l’étape indispensable pour intégrer la RSE au sein de la stratégie globale de l’entreprise : l’évaluation de la démarche. Pour ce faire, les auteurs guident le lectorat au travers de quatre fiches opérationnelles permettant d’établir les indicateurs RSE (outil 38), d’organiser des tableaux de bord stratégiques (outils 39 et 40) et de conserver un regard critique sur le projet afin de respecter les missions initiales : avoir un impact sociétal et un impact économique (outil 41).

Le huitième dossier aborde la thématique de l’adhésion à un référentiel de développement durable. Dans un premier temps, les auteurs évoquent la gestion de la conformité (compliance) à laquelle doivent répondre les organisations (outil 42). Dans un second temps, plusieurs référentiels sont proposés dont le référentiel Global Reporting Initiative (GRI, outil 43) ou la norme ISO 26000 (outil 45). L’importance pour les organisations de communiquer sur le sujet des référentiels afin de pouvoir piloter la performance par ce biais est particulièrement soulignée (outil 44). Enfin, les deux derniers outils évoquent la certification environnementale au travers de plusieurs référentiels (outil 46) et du cas particulier de la maîtrise de son impact carbone (outil 47).

Le neuvième et dernier dossier aborde la thématique de la finance. L’outil 48 démontre le lien entre les marchés financiers et les enjeux RSE. Les outils 49 et 50 évoquent quant eux, la notation extra-financière des entreprises, particulièrement sur les critères Environnement-Social-Gouvernance (ESG). Enfin, les auteurs clôturent cet ouvrage par une analyse de l’Investissement Socialement Responsable (ISR, outils 51, 52 et 53). En somme, cet ouvrage offre une vision très opérationnelle du développement durable et de la RSE. Un « livre-outil » intéressant pour tout professionnel qui souhaite avoir des connaissances appliquées sur ces notions. Les cas d’entreprise et les exemples concrets illustrent bien les éléments factuels, il peut être dommageable de ne pas en avoir davantage. Enfin, il est à mentionner qu’un apport théorique plus conséquent aurait permis aux lecteurs d’avoir une compréhension plus étoffée sur certaines notions et outils clés. Dès le début de l’ouvrage, il aurait été intéressant d’aborder davantage l’association de la notion de « développement durable » avec la « responsabilité sociale des entreprises ». Une mise en lumière des enjeux et des limites de ces notions et de leurs assimilations aurait apporté au lectorat une meilleure compréhension de leur usage interchangeable dans l’ouvrage. En d’autres termes, ces éclairages théoriques auraient été souhaitables pour percevoir la richesse comme la complexité du développement durable et de la RSE, tout en donnant davantage de sens aux éléments factuels présentés aux fils de la lecture. Néanmoins, cet ouvrage a le mérite de rendre accessible la démarche du développement durable-RSE dans un format qui encourage le passage à l’action.

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#recension

Recension de « The psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » de Ron L. Chandler (Cognella, 2019) | Laurent Sovet

Suivant la définition proposée par Enric Pol (2022, p. 197), la psychologie environnementale désigne « la partie de la psychologie qui vise à étudier et à comprendre les processus comportementaux, psychologiques et psychosociaux dérivés des relations, interactions et transactions entre les personnes, les groupes sociaux, les organisations et les communautés, avec leurs environnements socio-physiques (naturel, construit et technologique), et les ressources disponibles ». Émergeant au cours des années 1920, cette branche de la psychologie va connaître plusieurs évolutions à la fois dans ses déclinaisons terminologiques (e.g., psychologie écologique, psychologie architecturale, psychologie de la conservation, psychologie de la durabilité) et dans ses objets d’études, avec un passage marquant centré sur l’architecture ou sur l’habitat vers le concept intégrateur de durabilité (Hunecke, 2022 ; Pol, 2022). Les évolutions et les accélérations dans le développement de la psychologie environnementale correspond au moment où l’humanité prend conscience progressivement des répercussions de ses activités sur le changement climatique (Hunecke, 2022). À l’ère de l’Anthropocène, la psychologie, et en particulier la psychologie environnementale, peut apporter des pistes intéressantes pour comprendre et promouvoir des comportements durables (Bonzon & Rochat, 2022 ; Di Fabio 2017 ; Neilsen et al., 2021). Pour autant, la durabilité, appelée également soutenabilité (sustainability) reste complexe à définir, se situant à l’intersection de trois sphères en interaction : la durabilité sociale, la durabilité économique et la durabilité environnementale (Schmuck & Schultz, 2002). L’accent est mis davantage sur la coopération plutôt que sur la compétition dans les modes d’interaction entre ces différentes sphères (Chandler, 2019 ; Di Fabio, 2017). Plus spécifiquement, le comportement durable, ou soutenable, fait référence aux « actions visant à satisfaire les besoins humains tout en protégeant simultanément les ressources socio-physiques de la Terre » (Corral-Verdugo, 2022, p. 57).

Au cours de ces dernières années, de nombreux ouvrages, numéros thématiques et articles scientifiques portant sur la psychologie de la durabilité ont été publiés. Ces contributions apportent des réflexions conceptuelles et des pistes d’intervention fécondes. L’ouvrage intitulé « The Psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » (i.e., « Psychologie de la durabilité : Comprendre la relation entre soi et la Terre », traduction personnelle en français) s’inscrit dans cette perspective. Son auteur, Ron L. Chandler est conférencier dans le Département de Psychologie de l’Université de Floride. Ses champs de recherche et d’enseignement portent sur la psychologie de la durabilité, en se centrant plus particulièrement sur la dignité humaine et son rôle dans la promotion de comportements durables.

Cet ouvrage se structure en dix chapitres qui explorent des aspects spécifiques et complémentaires portant sur les liens entre les êtres humains et leur environnement, sous le prisme de la durabilité. Si le titre de cet ouvrage marque un ancrage davantage dans le champ de la psychologie de la durabilité, le contenu des chapitres invite à une réflexion interdisciplinaire. Cette position à la croisée des disciplines, est d’ailleurs régulièrement réaffirmée dans la littérature scientifique pour aborder la durabilité (Hunecke, 2022). À l’exception de la conclusion, chaque chapitre est accompagné d’un à quatre textes complémentaires rédigés par d’autres auteur·e·s. À l’échelle de l’ouvrage, cela représente 13 textes déjà publiés auparavant sous la forme d’un article ou d’un chapitre d’ouvrage entre 1993 et 2015, et présentement empruntés. Il est possible notamment d’y trouver un extrait de l’ouvrage intitulé « Multiple intelligence: The theory in practice » publié par Howard Gardner (1993). Les contributions originales de Ron L. Chandler visent à mettre en perspective plusieurs concepts issus de la psychologie ou d’autres disciplines pour éclairer les sciences de la durabilité et fournir un cadre de lecture aux textes proposés.

Au regard des thématiques de recherche de cet auteur, la dignité humaine y occupe une place centrale. Le chapitre introductif propose sept grands principes associés à la psychologie de la durabilité (Chandler, 2019, p. 2) :

« 1. Toute solution à un problème de durabilité qui n’aborde pas d’abord les facteurs affectant négativement la dignité humaine ne sera finalement pas viable.

2. Chaque problème de durabilité est avant tout un problème social et donc un problème psychologique.

3. La pensée engendre l’émotion ; l’émotion engendre le comportement.

4. Le futur n’est rien de plus ni de moins qu’une décision prise aujourd’hui.

5. L’agent efficace pour la durabilité doit d’abord maîtriser sa propre peur.

6. Au cœur de tout comportement humain (i.e., le pire, le meilleur, et tous les points intermédiaires) se trouve l’expérience inconsciente ou consciente de la mortalité personnelle.

7. Tout service pour le bien commun prend en compte le problème global et est une porte ouverte vers notre plus grande opportunité. »

Les chapitres 2 et 3, intitulés respectivement « In the beginning: The origin of the successful sustainability agent » et « Who we are and who we can be », prennent principalement appui sur plusieurs théories s’inscrivant dans le champ de la psychologie : la théorie de l’attachement (Bowlby, 1988), les styles parentaux (Baumrind, 1966), les stages du développement psychosocial (Erikson, 1980) et la théorie morale du développement (Kohlberg, 1971). Ces théories viennent alimenter une réflexion générale sur les origines et les étapes de construction d’une inclinaison à la durabilité (Chandler, 2017). Le chapitre 4 intitulé « Human ecology » s’appuie principalement sur les contributions à la croisée de la psychologie et de la philosophie en évoquant les travaux de Susan D. Clayton (2003) et de Arne Dekke Eide Næss (1973, 2010) pour aborder les caractéristiques de l’identité environnementale. Le chapitre 5 (« The ecology of understanding »), le chapitre 6 (« Green fear and green courage »), le chapitre 7 (« Becoming the paradigm shift: The psychosocial development of the effective sustainability agent ») et le chapitre 8 (« An act of kindness ») évoquent successivement le rôle de plusieurs ressources cognitives et psychosociales comme l’intelligence, la peur, le courage, la proactivité ou encore la gentillesse pour favoriser l’émergence de comportements au service de la durabilité, en se référant à des auteur·e·s s’inscrivant principalement dans le champ de la psychologie. Le Chapitre 9 (« Five facets of sustainability ») propose un modèle holistique de la durabilité où la dignité humaine entrerait en lien avec les ressources hydriques, alimentaires, énergiques et économiques dans des perspectives socio-culturelles, socio-écologiques et biodiversitaires. Le chapitre conclusif invite le lectorat à s’emparer des apports de cet ouvrage pour contribuer au développement de la dignité humaine et répondre aux enjeux de la durabilité. À ce titre, plusieurs ressources documentaires sont proposées pour approfondir la réflexion et identifier les actions possibles à mener. Dans l’ensemble, la mise en lien entre les contributions de l’auteur et plusieurs textes déjà publiés semble originale. Cette structure permet parfois de revisiter certaines contributions sous l’angle de la durabilité et conforte sur la nécessité d’un regard pluriel pour aborder ce concept. Il est parfois regrettable que les textes choisis incluent certains éléments de controverse. Par exemple, la Théorie des Intelligences Multiples (Gardner, 1993) fait l’objet de plusieurs critiques sur sa validité scientifique (Klein, 1997). De même, les liens avec les textes choisis ne sont parfois pas assez explicites. Il aurait été possible de trouver d’autres contributions plus neutres et plus pertinentes pour étayer et mettre en valeur les réflexions développées tout au long de cet ouvrage. La dignité humaine comme élément central de la durabilité, offre certainement des prolongements intéressants à poursuivre.

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#recension

Introduction au numéro thématique : « Sens et bonheur : Regards pluriels sur deux concepts en débat » | Caroline Arnoux-Nicolas et Laurent Sovet

Introduction to the theme issue “Meaning and happiness: Plural views on two concepts under debate”

Le sens et le bonheur sont deux concepts qui ont fait l’objet d’une attention particulière dans les sciences humaines et sociales au cours des dernières décennies ainsi que d’un intérêt marqué de la part du grand public. Pourtant, l’exploration des littératures scientifiques anglophone et francophone met en lumière certaines inconsistances dans leur appropriation et leur définition.

En effet, Sonja Lyubomirsky (2007) souligne que le bonheur peut être vu comme un « concept parapluie » qui englobe à la fois les approches hédonistes – à travers le bien-être subjectif – et les approches eudémoniques – à travers le bien-être psychologique. Dans ce contexte, les risques de « jingle-jangle fallacies » sont fréquents où certains termes vont être utilisés comme synonymes dans certaines publications ou comme éléments distincts dans d’autres publications (Donaldson et al., 2015 ; Sovet, 2014 ; Zeidner, 2021).

Quant au concept de sens, ce dernier apparaît comme complexe et relevant de multiples facettes, il s’avère possible de l’expliciter et de le modéliser (Bernaud et al., 2020). La littérature sur le sens de la vie est traversée par les mêmes ambiguïtés où les termes « plein de sens » (meaningful) et « sens » (meaning) sont parfois utilisés de manière interchangeables (Steger, 2019). En effet, Jean-Luc Bernaud (2021, p. 93) évoque que « le concept a souvent été remis en cause pour sa polysémie, la diversité de ses points d’ancrages conceptuels, voire ses confusions ». En l’occurrence, la vie pleine de sens (meaningful life) se définit comme un « processus psychologique qui implique nécessairement pour les individus de ressentir que leur vie a une importance, de donner un sens à leur vie et de déterminer un but plus général pour leur vie » (Steger, 2012, p. 177) tandis que le sens de la vie (meaning of life) représente les sources de sens qui constituent une vie pleine de sens (Sovet & Bernaud, 2019). Ces éléments de complexité et ces ambiguïtés terminologiques se retrouvent également dans le sens au travail (Arnoux-Nicolas, 2019 ; Sovet & Bernaud, 2019)

Ces difficultés à identifier des consensus peuvent freiner ou complexifier la compréhension des liens entre le sens de la vie et le bonheur dans la mesure où la définition choisie et explicitée pour chaque terme apparaît comme une étape déterminante. À ce titre, Laurent Sovet (2021, p. 185) rappelle que : « Le sens de la vie et le bonheur sont deux termes que nous pourrions avoir tendance spontanément à réunir dans une même phrase. De nombreux ouvrages de développement personnel à destination du grand public les mettent facilement en lien avec de multiples configurations possibles. En effet, il peut arriver qu’ils soient présentés comme deux synonymes, comme l’un étant la conséquence de l’autre ou encore comme deux rapports distincts à l’existence. Face à ces différents points de vue, il est possible de cerner très rapidement les enjeux d’apporter une définition précise à chaque terme ».

Vikor E. Frankl (1905-1997), professeur de neurologie et de psychiatrie, représentant de la troisième école viennoise de psychothérapie et auteur pionnier dans l’étude contemporaine du sens de la vie, aborde les liens entre sens et bonheur sous l’angle d’une causalité. Le sens y est appréhendé sous l’angle de la vie pleine de sens (i.e., et plus particulièrement la composante motivationnelle) tandis que le bonheur y est alors appréhendé sous l’angle du bien-être subjectif : « Le plaisir n’est jamais le but de l’existence, il est et doit demeurer un effet, et plus spécifiquement, la conséquence du fait d’avoir atteint un but. Le fait d’atteindre un but constitue une bonne raison d’être heureux. Autrement dit, si nous avons une raison d’être heureux, le bonheur suivra, automatiquement et spontanément, comme il se devra. Et c’est pourquoi nul ne doit chercher le bonheur, nul ne doit s’en occuper tant qu’il n’a pas de raison de le faire » (Frankl, 2009, p. 32). Plus récemment, une méta-analyse basée sur 51 études auprès de 27 000 personnes en Chine (Jin et al., 2016) et une méta-analyse basée sur 147 études menées auprès de plus de 90 000 personnes au profil varié (Li et al., 2021) mettent en évidence des corrélations moyennes entre la vie pleine de sens et le bien-être subjectif. En somme, ces éléments suggèrent que « la compréhension des liens entre le sens de la vie et le bonheur doit se penser au moins à un niveau terminologique et à un niveau théorique » (Sovet, 2021, p 195).

L’objectif de ce numéro thématique vise à mettre en dialogue sens et bonheur à la croisée de plusieurs contributions s’inscrivant dans le champ de la psychologie, de la philosophie et des sciences de l’éducation et à partir d’études empiriques et de revues de question. Il s’inscrit dans le prolongement du colloque international « travailler, s’orienter, quel(s) sens de vie ? » organisé conjointement par l’Université Paris Cité (i.e., anciennement Université Paris Descartes) et le Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris du 21 au 23 novembre 2019. À la suite de cette manifestation scientifique, un appel à contributions fut lancé. Au total, ce numéro thématique réunit quatre articles, trois recensions et une postface.

Les deux premiers articles apportent des éléments de réflexion sur la manière de conceptualiser les liens autour du bonheur et du sens. Plus spécifiquement, les liens entre le bien-être subjectif et le bien-être psychologique sont discutés et parfois revisités pour se diriger vers une approche plus holistique ou intégrative. Samia Ben Youssef Mnif (2022) s’appuie sur une revue approfondie de la littérature en psychologie et en philosophie pour comparer les conceptions occidentales et arabo-musulmanes du bonheur. Elle fait ressortir à la fois les éléments de ressemblances et différences et leurs répercussions sur la mesure du bonheur. Marie-Pierre Demon Feuvrier (2022) apporte un éclairage critique sur les conceptualisations du bonheur dans la littérature scientifique en soulignant la nécessité d’envisager une meilleure conciliation entre le bien-être subjectif et le bien-être psychologique. Une étude empirique sur les représentations sociales du bonheur est y menée auprès d’une population naïve et d’une population experte dans plusieurs pays anglophones et francophones. Ces deux premières parties servent d’éléments d’appui pour proposer un modèle intégratif du bonheur.

Les deux articles suivants mettent l’accent sur la manière dont il est possible de favoriser le bonheur et le sens. Stéphane Bonzon et Shékina Rochat (2022) proposent une revue de questions sur l’effectuation – définie comme « la manière dont les entrepreneur·e·s agissent dans l’incertitude en partant des ressources qu’ils et elles ont à disposition pour créer de la valeur par la transformation de leur environnement » (p. 64) – et ses liens potentiels avec le bonheur et le sens à l’échelle de l’individu et de la société dans un contexte de transformation des parcours professionnels et de promotion des objectifs de développement durable. Shékina Rochat et Caroline Arnoux-Nicolas (2022) appréhendent le jeu comme une métaphore utile porteuse de sens, voire même pourvoyeuse de bonheur pour l’individu dans sa vie, à l’aune de deux perspectives conjuguées, celle de la psychologie existentielle et celle de la psychologie positive. Des pistes d’application du jeu dans des dispositifs de recherche et des interventions tant dans le domaine de l’orientation tout au long de la vie que dans la sphère du travail y sont proposées et discutées.

Pour compléter ce numéro thématique, trois recensions d’ouvrages sont proposées respectivement par Nadia Baatouche (2022), Mathilde Moisseron-Baudé (2022) et Laurent Sovet (2022). Ces ouvrages ont en commun de proposer des pistes d’interventions et des réflexions pratiques sur le sens et le bonheur. En conclusion, ce numéro thématique apporte des éclairages complémentaires sur les concepts de sens et de bonheur et la manière de se les approprier dans la littérature scientifique. Christian Heslon (2022) offre une postface critique sur les enjeux terminologiques, épistémologiques, étymologiques et conceptuels qui structurent les liens entre sens et bonheur. De manière élargie, son écrit invite à rechercher davantage de consensus en vue de parvenir à concilier les termes et les concepts au fondement des sciences du bonheur.

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#kaleidoscope

Le bonheur au carrefour des conceptions occidentales et arabo-musulmanes : Caractéristiques, différences et impacts empiriques | Samia Ben Youssef Mnif

Happiness at the crossroads of Western and Arab-Muslim conceptions: Characteristics, differences and empirical impacts

Résumé

Les conceptions psychologiques du bonheur puisent quasi exclusivement dans des sources philosophiques occidentales dominant les théories générales sur le bonheur et le bien-être, prévalant comme la norme dans la recherche en psychologie (Tadin, 2015). Or la psychologie en tant que science du comportement aborde l’individu dans sa singularité, en particulier dans son contexte socioculturel. Nous posons la question de savoir si le bonheur en tant que déterminant du progrès universel social et humain couvre les mêmes dimensions et requiert les mêmes significations dans des cultures différentes (arabo-musulmanes) de celle où il a été conceptualisé scientifiquement et empiriquement (culture occidentale). Cet article, sous forme de revue de questions d’une part et de recherches empiriques dans la culture arabo-musulmane d’autre part, attire notre attention sur le fait que les dimensions du bonheur diffèrent d’une culture à une autre, ce qui impacte considérablement sa mesure. Une analyse comparative entre la conception occidentale et la conception arabo-musulmane du bonheur est apportée incitant à approfondir la réflexion sur l’universalité du concept du bonheur. Des pistes de recherches et d’actions sont proposées à la fin de l’article afin que la dimension socioculturelle du bonheur soit considérée comme un facteur à intégrer dans la mesure du bonheur humain universel.

Mots-clés : Bonheur universel ; Bien-être, Vertus ; Religiosité ; Culture occidentale ; Culture arabo-musulmane.

Abstract

Psychological conceptions of happiness draw almost exclusively from Western philosophical sources, dominating general theories of happiness and well-being, prevailing as the norm in psychological research (Tadjin, 2015). Yet psychology as a science of behavior addresses the individual in their uniqueness, particularly in their socio-cultural context. We ask the question of whether happiness as a determinant of universal social and human progress covers the same dimensions and requires the same meanings in cultures different (e.g., Muslim Arabs) from the one where it has been conceptualized scientifically and empirically (e.g., the West). This article, part a review of issues and part empirical research in Muslim Arabs’ culture, draws our attention to the fact that the dimensions of happiness differ from one culture to another, which has a considerable impact on its measurement. A comparative analysis between the West’s and the Muslim Arabs’ conceptions of happiness is done to encourage further reflection on the universality of the concept of happiness. At the end of the article, further research and action is proposed such that the socio-cultural dimension of happiness is considered as a factor to be integrated in the measurement of universal human happiness.

Keywords: Universal happiness; Well-being; Virtues; Religiosity; Western culture; Muslim Arab culture.

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