Recension de « Le boulot qui cache la forêt » de Mickaël Mangot (Larousse, 2018) / Laurent Sovet

À la croisée de l’histoire, de la psychologie et de l’économie, cet ouvrage se compose de 20 chapitres répartis en cinq grandes parties qui interrogent sous différents angles nos rapports au travail. Chaque chapitre porte sur un questionnement très spécifique tout en amenant une continuité tout au long de l’ouvrage tel un chemin au milieu de la forêt. Le début de l’ouvrage porte principalement sur la centralité du travail et les sources de satisfaction qui nous animent tandis que les derniers chapitres tendent davantage à présenter des manières originales de travailler et de concevoir le travail. Mickaël Mangot s’appuie sur des concepts fondamentaux et de nombreuses études dans un style très ludique. Les détours par l’histoire, les proverbes et les exemples ancrés dans le quotidien facilitent la compréhension et l’appropriation de l’ouvrage. Il y a un souci véritable de rendre accessible au plus grand nombre une littérature scientifique internationale et actualisée. Les sources sont rigoureusement référencées à la fin de l’ouvrage pour appuyer les propos. Les chapitres s’accompagnent très souvent d’exercices à destination du lectorat et de recommandations pratiques pour aller plus loin dans la réflexion sans pour autant tomber dans une quelconque injonction. À travers cet ouvrage, nous pouvons rapidement percevoir que bon nombre de nos questionnements sur le travail et la place qu’il occupe dans notre vie sont partagés par d’autres. De tels questionnements sont complexes et ne sont pas exempts de paradoxes qu’il faut parfois accepter ou dépasser. Mickaël Mangot présente avec passion et rigueur des pistes pour décrypter ces différents phénomènes. Prenant la métaphore de la forêt, il montre que les chemins à suivre sont multiples et pas nécessairement déjà tracés pour s’épanouir où le travail peut constituer un élément d’appui ou un élément central. Ainsi, à l’éternelle question « faut-il vivre pour travailler ou travailler pour vivre ? », il laisse à chaque personne le soin de trouver sa propre réponse dans un monde changeant. Cet ouvrage constitue une lecture utile et enrichissante qui cherche à comprendre la forêt qui se derrière le boulot.

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Recension de « Le management juste : Agir pour favoriser les sentiments de justice au travail » de Thierry Nadisic (PUG-UGA, 2018) / Mathilde Moisseron-Baudé

Au moment de rédiger la recension de l’ouvrage « Le management juste » de Thierry Nadisic paraissait dans la presse un article dans Huffpost de Torres Monica daté du 01/03/2019 titré « Voici ce que subit le corps quand on exerce un emploi que l’on déteste. Un travail délétère peut rendre malade de multiples façons ». Il est rapporté, entre autres, les travaux de recherche de E. Kevin Kelloway, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en psychologie de la santé au travail, qui s’intéresse aux relations managériales entre dirigeants et salariés et à leurs effets cognitifs, affectifs et physiques. Plus spécifiquement, il démontre notamment que le stress professionnel est amplifié lorsque le salarié juge la manière dont il est traité de façon injuste, immérité (Barling et al., 2004). L’injustice, selon lui, touche fondamentalement et intrinsèquement l’identité du salarié, fragilisant sa santé. Des preuves empiriques (Elovainio et al., 2003 ; Robbins et al., 2012) viennent par ailleurs, corroborer ses propos sur l’existence d’une relation entre perceptions d’injustice et santé au travail. Egalement, la thèse de Casaucau (2016) traitant « des liens entre le management juste et les états affectifs, l’engagement, le burnout et d’autres variables en lien étroit avec le bien-être et les attitudes positives au travail » met en exergue qu’un management juste contribue à la prévention du burnout au travail. La dernière étude de Gulseren et al. (2019) est d’ailleurs sans équivoque sur le sujet montrant que la confiance en ses supérieurs hiérarchiques lorsqu’un management juste existe, est un facteur de bien-être psychologique pour les salariés.

Ces illustrations illustrent avec pertinence la thématique traitée dans l’ouvrage de Thierry Nadisic paru en 2018 sur le management juste en témoignant de l’actualité du sujet mais également, de la nécessité de mettre en place des actions de prévention des risques professionnels, « d’agir pour favoriser les sentiments de justice au travail », dans une perspective pérenne d’amélioration des conditions de travail des salariés et de leur santé.

Depuis ses quarante dernières années – au travers de concepts encore relativement récents, les années 2000 pour les risques psychosociaux (RPS) ou encore 2015 pour la qualité de vie au travail (Valléry & Leduc, 2017) – les recherches et études affluent pour mieux comprendre les effets des changements profonds opérés dans le monde du travail sur les salariés. Devenus une préoccupation gouvernementale majeure (Gollac & Bodier, 2011 ; Nasse & Légeron, 2008) aux forts enjeux économique, juridique et de santé, deux grandes évolutions en matière de santé au travail se dessinent. Une première, relevant d’une logique de prévention et une autre, d’obligation de résultats et de moyens imposant à l’employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, sous peine de sanctions pénales et de réparations civiles (cf. code du travail : article L. 4121-1 et suivants). Dans ce contexte socio-organisationnel, les stratégies des organisations s’attèlent à intégrer des plans de prévention des risques professionnels pour l’amélioration des conditions de travail, contribuant à développer une culture reliant la santé et le travail.

L’ouvrage de Thierry Nadisic s’inscrit dans cette dynamique en offrant aux dirigeants, managers et salariés, un outil d’action concret au travail pour traiter le sentiment de justice dans son univers professionnel. Parce qu’aujourd’hui l’autorité instituée n’est plus forcément synonyme de légitimité, le manager doit acquérir, en sus de ses compétences professionnelles, des compétences sociales dans une conception existentielle du management (Bernaud, 2018). Parce qu’il a été abondamment démontré le caractère reproductible, par effet de réciprocité, à traiter les autres comme on perçoit être traité par son milieu de travail prédisant au travers du climat social les comportements pro ou anti-organisationnels (Brunet & Savoie, 1999). Le manager juste doit prendre conscience et comprendre les liens de cause à effet entre ses actions et les réactions de ses collaborateurs.

Ainsi, conçu pour que chaque acteur puisse rendre sa vie au travail plus juste, ce livre de quatre-vingt-six pages est organisé autour de six courtes parties structurées, argumentées et illustrées avec un test portant sur huit affirmations inspirées des travaux de Colquitt (2001) pour se positionner vis-à-vis de son entreprise et de son manager afin de savoir si « vous sentez-vous justement traités au travail ? » (pp. 33-37).

Par des exemples concrets de situations vécues au travail et/ou au travers de recherches scientifiques attestant des propos avancés, les quatre types de sentiments de justice sont introduits avec leurs atouts, limites et conséquences autant sur l’organisation que sur la santé du salarié. C’est ainsi que se distingue en premier degré, la justice distributive dans son rapport rétribution/contribution relativement à l’effort fourni pour son travail puis, la justice procédurale dénommée aussi « l’effet du processus juste » (p.54) pour traduire la manière dont les décisions sont prises dans et par l’organisation et la justice interactionnelle reliant la justice interpersonnelle comprise dans le sens de la qualité des relations entretenues entre managers et salariés et la justice informationnelle au regard de la diffusion de la communication sur les décisions prises au sein de l’entreprise.

Ces représentations permettent aux professionnels de mener une réflexion sur sa conduite éthique motivée par sa morale personnelle, d’apprécier tout l’intérêt de devenir un professionnel authentique sans mettre à mal son efficience garantissant les besoins fondamentaux attendus en reconnaissance sociale et en besoin matériel. La construction de ce contexte favorable de justice organisationnelle par l’apport de connaissances, de formations et d’entrainements des dirigeants, managers au sein des organisations est à mener pour contribuer à l’engagement, au bien-être, à l’équité, à la confiance et à l’épanouissement des salariés annihilant ainsi toutes autres formes managériales délétères nuisant au travail. Cet ouvrage est moteur et encourageant, une aide plus globalement au développement ou au maintien du sens du travail (Bernaud et al., 2015). L’ouverture vers l’élaboration et la construction d’outils complémentaires au service d’un management par le sens est devenu essentiel car au-delà de la signification du travail pour le salarié, l’environnement au sein de l’organisation détermine son niveau de sécurité, sa santé, et son style de vie. Le lecteur gagnera à explorer cet ouvrage, puis sans doute à le recommander et à le diffuser. Ce sera, indéniablement, une lecture utile.

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Kaléidoscope numéro 3. Thibaud Zuppinger

Ce numéro de Sciences & Bonheur se penche sur la place du bien-être dans le milieu de l’enseignement. Thématique particulièrement sensible, tant les deux sujets sont au cœur de débats de société et confrontent différentes visions du monde, du vivre ensemble et de l’autre.

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Recension de « Le bien-être des écoliers ». Maurice Mazalto Sous la direction de Bénédicte Courty et de Jean-François Dupeyron (Presses Universitaires de Bordeaux 2017)

Recension de « Le bien-être des écoliers ». Sous la direction de Bénédicte Courty et de Jean-François Dupeyron (Presses Universitaires de Bordeaux 2017)

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Le bien-être du petit enfant aux Pays-Bas: Autonomie et socialisation en groupe dans les structures d’accueils préscolaires. Jacqueline de Bony

Résumé

Certaines enquêtes sur le bien-être de l’enfant placent les Pays-Bas en tête des pays européens. L’article analyse ce qui est proposé dans les structures d’accueil du petit enfant aux Pays-Bas en matière de développement individuel et collectif. Il révèle que, dès son plus jeune âge, l’enfant est initié au « sens du nous » et qu’il intègre une forme de communication en groupe caractéristique du consensus. L’article fait également apparaitre un contexte familial et social particulièrement propice au bien-être de l’enfant.

SUMMARY

In several surveys, Dutch children are first of the ranking in terms of well-being. The present article analyses the structures for children in terms of individual and collective development. One can observe that the early age child is invited to develop a « we-feeling » and that she integrates some form of communication characterised by consensus. In the present article, a family and social context fruitful for the well-being of the child.

MOTS-CLÉS

Crèche, Pays-Bas, socialisation

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Méditation laïque et bien-être, qu’en disent les élèves ? Cyrille Gaudin

Résumé

Alors que les effets de la méditation laïque en contexte scolaire sont majoritairement analysés dans le champ de la psychologie à partir d’études quantitatives, cette étude qualitative menée en Sciences de l’éducation vise à la fois à identifier ces effets à partir du point de vue subjectif d’élèves mais également à décrire leurs activités. Les résultats montrent tout d’abord que les élèves évoquent une diversité de bien-être ressentis par la pratique de la méditation. Ils sont de différentes natures (physique, psychologique ou social) et peuvent avoir des effets scolaires et extra-scolaires. Ils mettent ensuite en évidence que d’autres pratiques de l’atelier méditation sont appréciées par les élèves et participent à leur bien-être : le fait de leur proposer de guider une méditation et les échanges lors des débriefings. Enfin, ils montrent que le caractère collectif de l’expérience vécue dans l’atelier méditation contribue plus ou moins directement au bien-être des élèves. Les enjeux scolaires, éthiques et sociétaux liées à cette pratique sont finalement discutés.

SUMMARY

While the effects of secular meditation in the State school context are mainly analyzed in the field of psychology from quantitative studies, the qualitative study led in the field of Science Education aims both at identifying these effects from the pupils’ point of view and to describe their activities. The results first show that the pupils mention a diversity of well-being felt by the practice of meditation. They are of different origins (physical, psychological or social) and can have school and out-of-school effects. The results then highlight that other practices of the meditation workshop are enjoyed by the pupils and participate to their well-being: for example, offering them to guide a meditation and lead debates during debriefings. Finally, the results show that the collective nature of the experience lived in the meditation workshop contributes more or less directly to the well-being of the pupils. The ethical, social and school issues linked with this practice are finally discussed.

Mots-clés

Méditation ; bien-être ; effets ; activité ; élèves.

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Développer le bien-être des élèves grâce au flow : de la théorie à la pratique pédagogique. Rémy Pawin

Résumé

Ce papier décrit la mise en place d’un projet tentant de permettre aux élèves d’être mis dans des conditions de flow. Il a été mis en place dans un lycée dit sensible du 93.

Summary

This paper depicts an experiment that took place in a « banlieue ». The aim of the project was to favor the conditions of flow for children.

MOTS-CLÉS

Flow, cas pratique, Lycée

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Développer le bien-être chez les adolescents via la mise en œuvre d’actions liées aux motivations altruistes: une étude pilote. Rebecca Shankland, Matthieu Fouché et Evelyn Rosset

Résumé

Des recherches ont mis en évidence l’impact du bien-être sur la motivation, l’engagement, ainsi que la réussite scolaire et professionnelle. C’est pourquoi le développement du bien-être à l’école fait partie des priorités dans l’éducation aujourd’hui. Toutefois, il existe peu d’interventions validées auprès d’adolescents portant sur l’un des déterminants essentiels du bien-être : le sens de la vie. Celui-ci est notamment lié à l’engagement dans des actions en lien avec ses valeurs. S’appuyant sur les recherches dans le champ de la psychologie positive, une méthode favorisant l’identification des valeurs altruistes et la mise en œuvre d’actions solidaires a été conçue. Une étude pilote menée dans un lycée à Lyon (France) ayant pour objectif d’évaluer la faisabilité de ce programme auprès d’un public jeune, indique que des ajustements sont nécessaires afin de favoriser davantage l’identification de ses valeurs, la conception autonome d’interventions, la créativité et l’engagement des lycéens dans des actions solidaires.

Summary

Recent research has demonstrated the benefits of well-being in performance in multiple domains, including motivation and academic success. In part spurred by this research, well-being programs in schools are increasing, although relatively few are explicitly focused on developing a sense of meaning in adolescents, particularly in terms of finding engagement in daily activities and in line with one’s values. The present paper describes a pilot study of a program (in Lyon, France) designed to help young people develop meaning through carrying out projects aimed at improving the greater good. Results are promising but suggest modifications in terms of helping students identify their values, and in developing a greater sense of autonomy and increased engagement in their projects.

MOTS-CLÉS

Sens de la vie ; engagement ; altruisme ; bien-être ; école.

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Céline Giron. Pour des enseignants bienveillants : étude critique de l’entrée de la notion de bienveillance dans le champ scolaire français

RESUME

La bienveillance occupe désormais une place centrale dans le champ scolaire français. Il est en effet formellement attendu des enseignants qu’ils soient capables d’installer avec leurs élèves une relation bienveillante. Plus largement, l’éducation nationale les encourage à adopter une posture et des pratiques professionnelles bienveillantes. Si les effets positifs de la bienveillance sur le bien-être et la réussite scolaire sont bien identifiés par la recherche, un examen critique de la notion de bienveillance à l’école s’avère toutefois nécessaire. A partir des instructions officielles et en prenant appui sur les différentes dimensions de la bienveillance, nous montrerons comment de disposition individuelle, la bienveillance est devenue une compétence professionnelle à part entière. Nous examinerons également les débats suscités par l’entrée de la notion de bienveillance dans le champ scolaire français par le prisme du modèle de la discipline positive, de la psychologie humaniste et du care. Enfin, nous montrerons de quelle manière cette entrée de la bienveillance à l’école conditionne les pratiques de ses acteurs, professionnels et élèves, en les engageant dans un nouveau paradigme éducatif.

 

ABSTRACT

 

Benevolence holds for a few years a central position in the French education system. Teachers are formally expected to be able to establish a benevolent relationship with their students. The academic institution mostly encourages them to adopt a posture of kindness and benevolent professional practices. Even if the positive effects of benevolence on well-being and academic success are identified by researches, a critical review of the concept of benevolence in school education is necessary. Firstly we will study how benevolence has become a specific professional skill among teachers. By using the model of positive discipline, humanistic psychology and ethics of care, we will also consider the educational questions raised by the entry of the benevolence’s concept into the French education system. Finally, we will show how the concept of benevolence involves French teachers and students in a new specific educational paradigm.

MOTS-CLÉS

Bienveillance, Care, Discipline positive, Ecole, Psychologie humaniste

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