Ressourcer son attention au contact de la nature / Barbara Bonnefoy et Laure Léger

Restoration of your attention in contact with nature

Résumé

L’objectif de cette étude est de voir si une vidéo présentant une scène liée à la nature permettrait de restaurer les ressources attentionnelles des individus venant de subir un stress. Pour évaluer cet effet restaurateur de la nature une expérience a été mise en place auprès de 52 participant·e·s, en utilisant le test ANT (Attention Network Test ; Fan et al., 2002) pour évaluer le niveau de ressources attentionnelles. Les résultats nous indiquent que le type de restauration (nature, urbaine, silence) a un effet différentiel sur les scores attentionnels (alerte, orientation et conflit) pour les participant·e·s qui ont été stressé·e·s. Plus précisément la restauration par la nature détériore le score de conflit, dans le sens d’un désengagement.

Mots-clés : Ressources attentionnelles ; Restauration ; Nature ; ANT ; Stress.

Abstract

The objective of this study is to investigate whether a video of a natural scene would restore the attentional resources of stressed individuals. To assess this restorative effect of nature on attentional resources, an experiment was done using the ANT among a sample of 52 participants (Attention Network Test; Fan et al., 2002). The results indicate that the type of restoration (nature, urban, or silence) has a differential effect on the three attentional scores assessed by the ANT (alert, orientation, and conflict) only for participants who were stressed. Contrary to results found in previous research, restoration by nature worsened the conflict score in the direction of a disengagement.

Keywords: Attentional ressources; Restoration; Nature; ANT; Stress.

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#article

Ressources sociales et bien-être : Soutien social et accès à des ressources stratégiques dans 30 pays / Gaël Brulé, Marlène Sapin et Clémentine Rossier

Social resources and well-being: Social support and access to strategic resources in 30 countries

Résumé

Étudier le thème des ressources relationnelles requiert de mobiliser des cadres théoriques et analytiques issus de la psychologie, de la sociologie ou des sciences politiques. Plusieurs composantes se dessinent en rassemblant ces apports. Nous en retenons deux dans le cadre de cette étude, le soutien et l’accès aux ressources sociales stratégiques et tentons de voir comment elles sont liées au bien-être subjectif des personnes. Nous sous-divisons ces deux dimensions selon que ces ressources proviennent des cercles familiaux ou extrafamiliaux dans 30 pays à travers l’enquête ISSP (International Social Survey Programme). Nous analysons les contributions des formes de ressource sur le bien-être à travers des décompositions de Shapley. Soutien et accès stratégique aux ressources sont toutes deux liées de manière significative au bien-être subjectif. Le bien-être lié au soutien vient essentiellement du cercle familial alors que l’accès aux ressources stratégiques ne dépend pas de la source. De grandes disparités géographiques existent avec notamment une prépondérance plus grande du cercle familial pour les deux types de ressources dans les pays riches par rapport aux pays à bas et moyen revenus.

Mots-clés : Soutien social ; Ressources stratégiques ; Bien-être subjectif ; Décompositions Shapley.

Abstract

The study of the theme of relational resources requires the mobilisation of several theoretical and analytical frameworks from psychology, sociology and political sciences. There are several components that characterize them. We use two of them in this study, support and access to strategical resources. We aim at understanding how they relate to Subjective Well-Being (SWB). We divide them into depending on their sources, family and non-family circles in 30 countries in the ISSP (International Social Survey Programme). We analyse the contributions of these forms of relational resources using Shapley decompositions. Both dimensions are significantly related to SWB. The well-being drawn from support stems mainly from family circles whereas access to strategical resources is equally bound to family and non-family circles.  Wide geographical disparities are observable with a larger influence of the family circles in rich countries in comparison to low and middle-income countries.

Keywords: Social support; Strategical resources; Subjective well-being; SWB; Shapley decomposition.

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#article

Recension de « Ils ont vécu le burn-out : Témoignages et conseils pour se reconnecter à soi » de Virginie Bapt et Agathe Mayer (Vuibert, 2020) / Thierry Nadisic

Il y a plusieurs façons pour un livre d’être utile : en nous informant sur un thème sociétal important et actuel, en nous racontant des histoires qui nous transportent, en nous donnant des conseils pratiques ou en nous aidant à nous retrouver. La rare qualité de ce livre est qu’il nous offre ces quatre bénéfices en même temps.

D’abord il apporte des réponses claires aux questions que nous nous posons sur le burn-out : d’où vient ce sentiment d’être atteint dans notre dignité, ce désintérêt pour ce que nous faisons et cette immense perte de sens ? Comment les personnes touchées et leur entourage en font l’expérience ? Comment en sortir ?

Ensuite il nous fait vivre dix histoires de burn-outs. Nous entrons dans l’intimité de Pierre, victime d’un patron manipulateur, de Jean-Yves, mis au placard, de Martin, boulimique de travail ou de Hannah dont le couple et l’activité sont en crise en même temps. Nous lisons comme des nouvelles à suspense ces témoignages recueillis par les auteurs tout en ressentant d’autant plus d’empathie que nous savons qu’elles sont vraies. Nous comprenons alors combien le burn-out, qui peut sembler être toujours la même chose, est en réalité à chaque fois une expérience singulière.

La plus grande utilité, sans doute, de ce livre est qu’il décrit avec clarté les mécanismes de reconstruction. Les témoignages eux-mêmes ne s’arrêtent pas aux difficultés : ils nous montrent la façon dont Martin a été sauvé par son amour pour la musique ou comment Alain, médecin qui ne prenait pas soin de lui-même, a appris à accepter ses vulnérabilités et à apprivoiser le temps. Surtout, il nous permet d’entrer dans le cabinet du psy : chaque témoignage d’une victime de burn-out est suivi par celui de son thérapeute. Nous découvrons la stratégie de soin suivie et la manière dont le patient a avancé vers la sortie. De nombreux conseils utiles ponctuent ces descriptions : prendre garde aux signaux d’alerte, choisir ses combats, se raccrocher à la vie… Enfin, ce qui rend la lecture de ce livre profondément satisfaisante, même si nous n’avons pas vécu de burn-out, c’est que nous sommes en permanence renvoyés à nous-mêmes. Qu’est-ce que nous ne voulons pas voir lorsque nous disons que nous n’avons pas le choix, qu’il faut continuer, même si c’est dur et que notre santé en pâtit ? Où sont nos priorités ? Quel type d’équilibre avons-nous construit dans notre vie ? Pouvons-nous apprendre à mieux respirer ?

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#recension

Recension de « Savourons le silence : Se reconnecter à soi quand le bruit détruit » de Émilie Devienne (Eyrolles, 2020) / Thierry Nadisic

Le nouveau livre d’Émilie Devienne, coach et romancière, est une jolie balade dans le silence. Nous y apprenons d’abord qu’il est un privilège pour 87% des français et que Paris est la deuxième ville européenne la plus bruyante après Barcelone. Nous y découvrons aussi son côté paradoxal : on le cherche autant qu’on le fuit, et pas seulement parce qu’on en a peur : il existe aussi un mauvais silence, celui du mari de Natacha Calestrémé, qui l’a blessée, et qu’elle décrit dans son Ted-X, cité utilement dans le livre. C’est celui que le psychologue pour couples John Gottman, auquel il est également fait référence, appelle le « mur de pierre » qu’on bâtit à deux pour le pire.

Ces précautions étant prises, nous sommes alors prêts pour accueillir le bon silence, vital pour la régénération de notre cerveau. C’est aussi celui que nous choisissons parce qu’il permet de nous occuper de nous, et à partir de là de nous relier à l’autre et à notre destinée. Il inspire, ouvre à la gratitude, aide à faire le point et favorise l’émergence de ce que nous n’attendons pas. Plus fondamentalement il nourrit notre savoir-être, en nous permettant de créer notre monde intérieur, puis notre savoir-faire en nous projetant, en confiance, vers le monde du dehors. L’autrice cite « le silence de Churchill » comme l’illustration exemplaire de ce double mouvement. C’est parce qu’il a su rester silencieux lorsque David Chamberlain a proposé de nommer Lord Halifax comme premier ministre que Winston Churchill a finalement obtenu le poste.

La dernière partie du livre nous fait parcourir huit chemins pragmatiques du silence. D’abord il faut savoir faire appel à lui en reconnaissant qu’il peut servir à tracer notre ligne de vie. Il nous est suggéré de nous référer au Ted-X de Susan Cain sur la « force des discrets » pour en savoir plus. Ensuite il est possible d’apprendre à repérer ses multiples et subtiles significations pour mieux l’expérimenter. La troisième voie consiste à nous rendre compte que c’est une ressource polluée et qu’il y a de nombreux moyens pour nous désintoxiquer. Alors nous pouvons aller au cœur du défi que le silence nous pose : comment apprivoiser toute la liste de peurs qu’il éveille ? Du vide au jugement en passant par le manque, l’absence, la solitude, l’abandon, le rejet et la remise en question ? Une piste fructueuse : nous exercer à la frustration. Les trois chemins suivants sont emprunts de douceur : nous servir de l’art, les peintures de Hopper par exemple, dont il disait qu’elles lui permettaient de dire sans mots ; nous délecter du moment présent comme lors d’une marche lente ; nous rappeler que la nature est faite d’un silence amical. Enfin, le huitième chemin est celui de la spiritualité, la voie royale étant bien sûr celle de la méditation, qu’elle soit Vipassana ou Zen. La fin de ce livre peut donc être le début d’un autre : que diriez-vous de continuer votre chemin avec un bon guide parmi tous ceux qui ont été écrits ces dernières années et de faire l’expérience bénéfique du silence de la pleine conscience ?

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#recension

Parution du volume sur les ressources positives – Hiver 2020

Nous souhaitons vous informer de la parution du cinquième volume de la revue Sciences & Bonheur. Il s’agit d’un numéro thématique portant sur les ressources positives réunissant sept articles et deux recensions. Vous pouvez d’ores et déjà consulter l’intégralité de ce volume en vous rendant dans la rubrique « Numéros » sur notre site. Chaque article sera disponible de manière individuelle dans les prochains jours. N’hésitez pas à partager ces informations dans vos réseaux. Nous vous souhaitons une bonne lecture !

#annonce

Appel à contributions : Sens et bonheur

Dans le cadre d’un futur numéro thématique, la revue Sciences et Bonheur lance un appel à contributions sur le thème « Sens et bonheur » selon un regard interdisciplinaire.

Si le terme « sens » est polysémique, la question du sens peut concerner des thèmes variés comme le travail, la formation, la retraite mais aussi la vie dans son entièreté. Les interrogations qui l’accompagnent intéressent différents champs disciplinaires, à la croisée de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie, des sciences de l’éducation, du management, de la santé ou encore des sciences de la vie. Comment le sens est-il envisagé selon ces différents regards disciplinaires ? Comment se construit le sens, notamment dans le travail mais aussi tout au long de la vie à travers les différents âges de l’existence, les différentes expériences qui jalonnent les parcours et face à différents contextes sociaux ? Quels accompagnements et méthodes mettre en œuvre pour favoriser la construction du sens ? Quelles articulations trouver entre sens et bonheur ? Ainsi, le présent appel à contribution porte sur les questions de sens pouvant être mobilisé de manières multiples dans des contextes et environnements variés, et faire potentiellement émerger des ponts avec celles du bonheur.

Les contributions pourront prendre la forme de revues de questions, d’études empiriques ou de textes de réflexion. Elles devront être présentées de manière conforme aux standards de la revue Sciences et Bonheur. Les contributions ne dépasseront pas 50 000 signes (notes et références comprises).

Si vous souhaitez proposer un projet d’article dans le cadre de ce numéro thématique, merci de faire nous faire parvenir aux deux adresses électroniques suivantes : caroline.arnouxnicolas@gmail.com et christian.heslon@wanadoo.fr, un résumé de 400 mots maximum de votre proposition d’article, accompagnée d’un titre, de quatre à six mots-clefs, d’une bibliographie et de vos coordonnées, par courriel pour le 30 septembre 2020 au plus tard. Les propositions qui auront été jugées pertinentes par la direction scientifique devront s’engager à fournir la version finale de leur texte au cours du premier trimestre 2021. Nous attendons vos contributions !

#annonce

Kaléidoscope : Introduction au numéro thématique « Bien-être au travail : Concepts, méthodes et pluridisciplinarité » / Laurent Sovet

Le bien-être au travail s’est progressivement imposé dans les discours et les débats au cours des dernières années. Il suffit de saisir « bien-être au travail » dans un moteur de recherche pour obtenir des résultats foisonnants. Il peut s’agir notamment de conseils à destination des organisations ou des travailleurs, de témoignages, de rapports, de sondages variés ou encore d’éléments de définition dont l’ancrage scientifique est souvent discutable. Le bien-être au travail s’accompagne fréquemment d’autres termes comme bonheur, épanouissement, santé mentale, sens ou encore qualité de vie au travail. Nous pouvons aussi l’observer en creux à travers les risques psychosociaux, l’épuisement professionnel, la perte de sens, le stress ou encore la souffrance au travail. La diversité de ce vocabulaire rend compte du flou conceptuel qui entoure le bien-être au travail où facettes, causes et conséquences peuvent abusivement se confondre. Ce sujet n’est pas seulement un effet de mode et comporte des implications majeures au niveau économique, social et sanitaire (Dewe & Cooper, 2012). Dans ce contexte, définir et conceptualiser le bien-être au travail constituent des enjeux essentiels pour comprendre sa nature, son impact et son dynamisme sur les individus et sur les organisations (Sovet, 2016).

Selon l’Organisation Internationale du Travail, « le bien-être au travail concerne tous les aspects de la vie au travail, de la qualité et de la sécurité de l’environnement physique, à la manière dont les employés perçoivent leur travail, leurs conditions de travail, le climat au travail et l’organisation de travail » (2009). Cette définition laisse entrevoir le bien-être au travail comme un concept multidimensionnel qui se compose aussi bien d’éléments objectifs relevant des caractéristiques physiques et organisationnelles que d’éléments subjectifs relevant de la perception de l’individu vis-à-vis des caractéristiques de son emploi et de l’entreprise dans laquelle il travaille. D’un point de vue scientifique, le bien-être au travail est un objet d’étude pluridisciplinaire où l’élaboration d’une définition exhaustive et consensuelle reste complexe (Bliese et al., 2017 ; Danna & Griffin, 1999 ; Sarnin et al., 2015 ; Schulte & Vainio, 2010 ; Sovet, 2016). L’objectif de ce numéro thématique est de mettre en perspective ce débat conceptuel et pluridisciplinaire autour du bien-être au travail. À la lecture des six articles sélectionnés, plusieurs axes conceptuels et méthodologiques tendent à émerger.

En premier lieu, il ressort que les termes de « risques psychosociaux au travail » et « qualité de vie au travail » sont souvent invoqués comme angle d’approche pour concevoir et analyser le bien-être au travail dans une perspective individuelle et organisationnelle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si nous retrouvons même une co-occurrence de ces deux termes dans l’article de Loïc Lerouge (2020) qui propose les décrypter et de les circonscrire sous l’angle du droit et de l’éthique. Dans l’article de Michel Guillemin (2020), les enjeux et les stratégies managériales au sein des organisations sont discutés avec une visée critique où l’appropriation des préconisations scientifiques pour agir efficacement sur les risques psychosociaux au travail. Enfin, un article collectif de Nicoleta Lesueur, Jean-François Gehanno, Angélique Lefebvre, François Michelot, Ariane Leroyer et Laetitia Rollin (2020), les conséquences des facteurs de risques psychosociaux sur l’état de santé sont examinées auprès d’un échantillon représentatif du personnel d’un centre hospitalier universitaire en France.

Le deuxième axe structurant de ce numéro thématique est celui de la modélisation de la complexité conceptuelle et des mécanismes inhérents au bien-être au travail. Ces contributions se caractérisent un enjeu important dans la définition des termes utilisés et des nuances à expliciter et à prendre en compte pour penser un tel objet d’étude. L’article de Jean-Simon Leclerc, Viviane Masciotra, Jean-Sébastien Boudrias et Francesco Montani (2020) vise à proposer un modèle intégratif des mécanismes sous-jacents aux liens entre santé psychologique, performance de tâche et innovante au travail. La démarche s’appuie sur une analyse relativement dense de la littérature scientifique couvrant plusieurs décennies de recherches au sein des organisations. L’article de Ilona Boniwell, Evgeny Osin et Justine Chabanne (2020) met à l’épreuve un modèle théorique de l’engagement et du bien-être au travail en conduisant une étude sur sa validité factorielle auprès d’un large échantillon de personnes en activité professionnelle. Enfin, l’article de Murielle Ntsame Sima et Natalia Telles-Homberger (2020) porte plus spécifiquement sur le bien-être psychologique au travail et la façon dont l’identité professionnelle et l’affirmation positive de soi agissent et interagissent sur celui-ci.

De manière transversale, il ressort de ces différentes contributions la nécessité de circonscrire et d’opérationnaliser le bien-être au travail en vue de l’étudier. Il peut s’agir de santé psychologique au travail (Leclerc et al., 2020), de bien-être psychologique au travail (Ntsame Sima & Natalia Telles-Homberger, 2020), d’engagement au travail (Boniwell et al., 2020), ou encore de facteurs de risques psychosociaux (Guillemin, 2020 ; Lerouge, 2020 ; Lesueur, 2020). Quel que soit l’ancrage disciplinaire, la posture épistémologique ou l’approche méthodologique, le bien-être au travail est encore difficile à concevoir comme un objet d’étude unifié sur lequel une analyse globale et multi-niveau pourrait être réalisée (Sovet, 2016). Des consensus la croisée des enjeux pratiques et scientifiques sont encore à trouver pour avancer dans cette direction à l’image de ce que l’on retrouve actuellement dans la littérature scientifique sur le sens au travail (Sovet & Bernaud, 2019). L’articulation du bien-être au travail entre des indicateurs objectifs et subjectifs (Lerouge, 2020) et entre des enjeux individuels et organisationnels (Guillemin, 2020) nécessite d’avancer vers des modèles plus complexes, dynamiques et multivariés (Bakker, 2015 ; Bliese et al., 2017 ; Boniwell et al., 2020 ; Leclerc et al., 2020 ; Ntsame Sima & Natalia Telles-Homberger, 2020 ; Sovet, 2016).

Suivant les perspectives soulevées par Guillemin (2020), ce dialogue des disciplines et des communautés s’avère indispensable : « la recherche ne doit pas se limiter à la psychologie et à la philosophie, mais doit impliquer de nombreux autres chercheurs, tant sur le plan de la santé au travail (ergonomie, psychodynamique, médecine, etc.) que sur celui du management, de la gestion des ressources humaines, de l’organisation du travail ainsi que sur celui de la sociologie » (p. 25). À la lecture de chaque article, nous pouvons facilement percevoir que l’étendue des connaissances est vaste à l’intersection de concepts théoriques, de pratiques organisationnelles et d’un cadre légal. Des démarches de synthèse sont et de décryptage indispensables pour en saisir pleinement les enjeux (Bliese et al., 2017). À ce titre, nous pouvons saluer la contribution réalisée par Leclerc et al. (2020) autour de la conceptualisation théorique de la santé psychologique du travail et de Lerouge (2020) autour du cadre légal entourant la santé au travail. La force de ce numéro thématique dédié au bien-être au travail est d’apporter des points de repères pluridisciplinaires pour aborder cet objet d’étude.

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#kaleidoscope

Le bonheur au travail : Risques et opportunités / Michel Guillemin

Happiness at work: Risks and opportunities

Résumé

C’est dans la perspective du bien-être subjectif au travail que cet article traite du bonheur et de son émergence dans le monde du travail. Il est clair que l’une des raisons principales de cette émergence réside dans le fait que la souffrance au travail ne cesse d’augmenter et qu’elle appelle à un réveil des consciences et à l’expression de plus en plus forte des aspirations de plus en plus forte des individus concernés et en particulier des jeunes générations. Après un survol des mesures qui sont prises actuellement dans certaines entreprises, pour répondre à ces aspirations, il reste à comprendre pourquoi la situation ne s’améliore pas, malgré toutes les connaissances et les évidences scientifiques et économiques accumulées jusqu’ici. Cet article présente les risques et les opportunités se profilant dans les entreprises qui mettent en place des stratégies de promotion du bonheur au travail. C’est sur le plan éthique que se situent principalement les risques, si les objectifs réels de l’entreprise (rendement, économie) sont travestis en mesures apparemment humanistes. Quant aux opportunités, elles apparaissent très prometteuses tant sur le plan personnel des individus que sur le plan de l’entreprise et de la société, dont la « bonne santé » ne peut être qu’améliorée.

Mots-clés : Bien-être ; Santé globale ; Responsables du bonheur ; Enjeux éthiques ; Salutogénèse.

Abstract

In this paper, happiness is considered as a subjective feeling of well-being that may be threatened or promoted at the workplaces where this aspect has recently emerged. It is obvious that one of the main reasons to explain this emergence is the fact that suffering at work continues to increase and triggers awareness and craving for better working conditions especially for the younger generation. After a quick review of the measures some companies are taking to cope with these aspirations, it remains to understand why the global situation is not improving in spite of the knowledge and the scientific evidences accumulated up to now. This paper presents risks and opportunities looming ahead for companies that promote happiness at work through different strategies. Risks mainly occur at the ethical level when the real objectives of the company (benefits, productivity) disguise as apparently humanist measures. As to the opportunities, they look very promising both on a personal level and on a collective level for the company and for society whose “good health” can only be improved.

Keywords: Well-being; General health; Chief happiness officer; Ethical issues; Salutogenesis.

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#article

Vers une conceptualisation intégrative des mécanismes explicatifs liant la santé psychologique à la performance de tâche et innovante au travail / Jean-Simon Leclerc, Viviane Masciotra, Jean-Sébastien Boudrias et Francesco Montani

Towards an Integrative Conceptualization of Explanatory Mechanisms Linking Psychological Health to Task and Innovative Performance at Work

Résumé

La contribution de la santé psychologique à la performance au travail a fait l’objet de nombreuses études. Bien que la majorité d’entre elles confirment la relation positive entre ces variables, notre compréhension des mécanismes médiateurs et modérateurs sous-jacents demeure embryonnaire. Les fondements théoriques et empiriques du lien existant entre la santé psychologique et la performance sont d’ailleurs très hétérogènes. Cet article théorique vise ainsi à développer un modèle intégrateur des mécanismes explicatifs liant la santé psychologique à deux types de performance (de tâche et innovante). Plus précisément, le modèle propose que la santé psychologique génère des bénéfices proximaux agissant à titre de médiateurs dans sa relation avec la performance, soit des bénéfices cognitifs, motivationnels et sociaux. Il est également proposé que les caractéristiques de l’emploi modèrent ces relations.

Mots-clés : Santé psychologique au travail ; Performance ; Innovation ; Caractéristiques de l’emploi ; Médiation ; Modération.

Abstract

The contribution of psychological health towards performance has been the subject of numerous studies. Although most of them confirm the positive relationship between these variables, our understanding of the underlying mediating and moderating mechanisms remains embryonic. Besides, the theoretical and empirical grounds of the health-performance relationship are very heterogeneous. This theoretical article aims to develop an integrating model of explanatory mechanisms linking psychological health to two types of performance (task and innovative). It is argued that psychological health generates proximal benefits that act as mediators in its relationship with performance, namely cognitive, motivational and social benefits. It is also argued that work characteristics moderate these relationships.

Keywords: Psychological health at work; Performance; Innovation; Work characteristics; Mediation; Moderation.

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#article

Facteurs de risques psychosociaux et état de santé du personnel hospitalier : Une étude comparative dans un centre hospitalier universitaire français / Nicoleta Lesueur, Jean-François Gehanno, Angélique Lefebvre, François Michelot, Ariane Leroyer et Laetitia Rollin

Psychosocial risk factors and health status of hospital staff: A comparative study in a French university hospital center

Résumé

L’objectif de cet article vise à décrire les risques psychosociaux (RPS) et la santé psychique des différentes catégories du personnel hospitalier et à étudier les liens entre les troubles neuropsychiques et ces facteurs de risque psychosociaux. La population d’étude était un échantillon aléatoire des personnels d’un centre hospitalier universitaire français déterminé par leur mois de naissance : les 322 salariés nés en octobre d’une année paire. Le questionnaire de l’observatoire EVREST (EVolutions et RElations en Santé au Travail) version 2014 était administré lors des entretiens réalisés par une infirmière diplômée en santé au travail ou un médecin du travail, entre mi-juin et fin octobre 2014, après qu’une information individuelle ait été faite à chaque participant à l’étude. Les résultats ont été comparés aux résultats nationaux des travailleurs français à l’aide de l’observatoire national EVREST. L’analyse a porté sur 260 travailleurs, soit un taux de participation de 81%. Les personnels hospitaliers déclarent des contraintes psychosociales plus importantes par rapport aux autres travailleurs, en particulier le personnel médical et le personnel non médical soignant. La proportion de troubles neuropsychiques définis par la présence au cours des sept derniers jours à la fois d’une fatigue, d’une anxiété ou nervosité et de troubles du sommeil déclarés par le salarié, était plus importante chez le personnel hospitalier de façon générale par comparaison aux résultats nationaux (22% versus 7%), sans différence significative selon le groupe professionnel. Les facteurs associés significativement à la présence de troubles neuropsychiques étaient la pression temporelle, l’absence de possibilité d’entraide et la peur de perdre son emploi. L’état de santé neuropsychique des salariés hospitaliers semble plus altéré que chez les autres travailleurs français. Cela est associé à une exposition importante aux facteurs de risques psychosociaux.

Mots-clés : Personnel hospitalier ; Facteurs de risques psychosociaux ; Observatoire national EVREST ; Troubles neuropsychiques.

Abstract

To describe psychosocial constraints and mental health in different categories of hospital workers and to study links between mental health and psychosocial constraints. The population was a random sample of workers of a French University hospital: 322 workers born in October of a pair year. The 2014 Evrest (Evolutions and Relations between Health and Work) questionnaire was administered during a medical occupational interview performed by a nurse trained in occupational health between 2014 June and 2014 October. Psychosocial constraints and mental health were compared with all French workers group using data of the Evrest national observatory. A total of 260 interviews were carried out (response rate: 81%). Hospital workers declared more psychosocial constraints than other French workers, especially caregivers and medical workers. Prevalence of psychological distress defined by the association of fatigue, anxiety/nervousness and sleeping disorders was significantly higher for hospital workers than for French workers (22% vs 7%), without significant difference between categories of hospital workers. The factors significantly associated with the presence of psychological distress among caregivers were high time pressure, lack of help possibilities and fear of losing his job. Mental health of hospital workers seems to be worse than other French workers. This is associated with high level of psychosocial constraints.

Keywords: Healthcare workers; Caregivers; Occupational stressors; Evrest national observatory; Mental health.

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