« Je ne crois pas au hasard ! ». Du déterminisme du destin aux approches contingentes scientifiques : Les représentations sociales du hasard pour expliquer l’appréhension de l’incertitude | Sarah Leveaux, Tanguy Leroy et Marie Préau

« I don’t believe in chance! » From the determinism of destiny to scientific contingent approaches: Social representations of chance to explain the apprehension of uncertainty

Résumé

L’incertitude constante générée par le hasard est source d’inquiétude, voire d’angoisse, pour l’être humain. Comment les individus gèrent-ils cette source d’incertitude dans leurs quotidiens ? Avec l’appui de la théorie des représentations sociales, nous avons essayé de comprendre comment ce concept est perçu et appréhendé. Dans l’étude 1, un questionnaire avec associations verbales, nous avons utilisé une analyse lexicométrique pour explorer le vocabulaire que les participant∙es (N = 312) ont spontanément associé à la notion de « hasard ». Dans l’étude 2, nous avons mené trois focus groups avec des groupes de six participant∙es (N = 18) afin d’investiguer qualitativement les représentations de ce concept et ainsi observer les concordances et/ou discordances dans les manières de négocier la place du hasard dans leurs quotidiens. L’étude 1 montre que les notions rattachées au hasard se divisent entre des représentations concrètes à travers le jeu (i.e., jeux d’argent, symboles de chance et de divertissement, matérialisation et symboles des jeux de hasard) ; et les considérations humaines du hasard (i.e., croyances et approches spirituelles du hasard, approches scientifiques du hasard, émotions suscitées par le caractère immaitrisable du hasard). Les variables codées tels que le genre et la considération de l’existence du hasard sont alors plus ou moins représentatives des différents contenus de ces représentations. L’étude 2 a mis en évidence l’influence pratique des différentes représentations sociales du hasard sur le rapport et la gestion de celui-ci pour les individus. Effectivement, ces représentations orientent comment ils qualifient les événements dus au hasard, comment ils font sens de leur environnement, gèrent les émotions qu’il suscite, (ré)agissent face à lui, etc. Les représentations sociales du hasard permettent finalement aux êtres humains d’appréhender les diverses notions composant ce concept complexe et omniprésent. En donnant du sens à l’incertitude, ces représentations servent de guide (des perceptions, des actions, etc.) en redonnant un sentiment de contrôle (et donc d’équilibre) face à l’environnement incertain.

Mots-clés : Hasard ; Représentations sociales ; Sociogénétique ; Émotions.

Abstract

The constant uncertainty generated by chance is a source of anxiety, even anguish, for human beings. How do individuals deal with this source of uncertainty in their daily lives? With the support of social representation theory, we tried to understand how this concept is perceived and understood. In Study 1, a questionnaire with verbal associations, we used lexicometric analysis to explore the vocabulary that participants (N=312) spontaneously associated with the notion of « chance. » In Study 2, we conducted three focus groups with groups of six participants (N=18) in order to qualitatively investigate representations of this concept and thus observe concordances and/or discordances in ways of negotiating the place of chance in their daily lives. Study 1 shows that the notions attached to chance are divided between concrete representations through play (i.e., gambling, symbols of luck and entertainment, materialization and symbols of games of chance); and human considerations of chance (i.e., beliefs and spiritual approaches to chance, scientific approaches to chance, emotions aroused by the uncontrollable character of chance). Coded variables such as one’s gender and consideration of the existence of chance are then more or less representative of the different contents of these representations. Study 2 highlighted the practical influence of different social representations of chance on how individuals relate to and manage it. Indeed, these representations guide the way in which they qualify events due to chance, make sense of their environment, manage the emotions it arouses, (re)act in the face of it, and so on. Social representations of chance ultimately enable human beings to understand the various notions that make up this complex and omnipresent concept. By giving meaning to uncertainty, these representations act as guides (for perceptions, actions, etc.), restoring a sense of control (and hence balance) in the face of an uncertain environment.

Keywords: Chance; Social representations; Sociogenetic approach; Emotions.

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Bonheur et incertitude : Contributions de la Théorie de la Viabilité à l’économie du bonheur | Francis Munier

Happiness and uncertainty: Contributions of viability theory to the economics of happiness

Résumé

Nous étudions le bonheur en situation d’incertitude. Plutôt que de considérer l’incertain de façon traditionnelle en économie (stochastique), nous suggérons une approche fondée sur le concept mathématique de viabilité où l’incertitude est contingente. L’apport de cet article est de donner une grille de lecture originale pour comprendre les comportements heureux en situation incertaine.

Mots-clés : Bonheur ; Viabilité ; Incertitude tychastique.

Abstract

We study happiness under uncertainty. Rather than considering uncertainty in the traditional way in economics (stochastic), we suggest an approach based on the mathematical concept of viability, where uncertainty is contingent. The contribution of this article is to provide an original frame of reference for understanding happy behavior in uncertain situations.

Keywords: Happiness; Viability; Tychastic uncertainty.

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Contrat permanent, secteur public et sécurité de l’emploi perçue : Une comparaison entre la France et la Suisse | Anthony Lepinteur

Permanent contract, public sector, and perceived job security: A comparison between France and Switzerland

Résumé

En utilisant des jeux de données longitudinaux français et suisses, nous testons la mesure dans laquelle un contrat permanent et un emploi dans le secteur public se traduisent par un plus grand sentiment de sécurité de l’emploi. Les travailleurs français et suisses considèrent toujours bénéficier d’une meilleure protection de l’emploi lorsqu’ils détiennent un contrat permanent. À l’inverse, l’effet protecteur d’un emploi dans le secteur public n’est observé qu’en Suisse. L’écart de magnitudes des coefficients entre les deux échantillons est une autre différence significative : l’effet d’un contrat permanent est deux à trois fois plus élevé en France. Ces différences sont particulièrement intéressantes puisqu’elles reflètent les différences institutionnelles entre les marchés du travail français et suisses et démontrent que l’effet protecteur des caractéristiques de l’emploi sont sensibles au contexte législatif.

Mots-clés : Sécurité de l’emploi ; Satisfaction dans la vie ; Panel.

Abstract

Using French and Swiss longitudinal datasets, we test the extent to which a permanent contract and public sector employment translate into a greater sense of job security. French and Swiss workers always consider that they benefit from better job protection when they hold a permanent contract. Conversely, the protective effect of a job in the public sector is only observed in Switzerland. The difference in magnitudes of the coefficients between the two samples is another significant difference: the effect of a permanent contract is two to three times higher in France. These differences are particularly interesting as they reflect the institutional differences between the French and Swiss labor markets, and demonstrate that the protective effect of employment characteristics are sensitive to the legislative context.

Keywords: Job security; Life satisfaction; Panel.

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Maîtriser le risque d’anomalies fœtales : Controverses sur la dimension eugéniste de la médecine | Carine Vassy

Controlling the risk of fetal anomalies: Controversies on the eugenic dimension of medicine

Résumé

La médecine propose aux femmes enceintes des tests pour diminuer l’incertitude quant à la présence d’éventuelles anomalies chez le fœtus. Les techniques de dépistage et de diagnostic prénatals pour mesurer les risques d’anomalie sont maintenant utilisées dans la plupart des pays industrialisés. En cas de diagnostic avéré d’une anomalie grave et incurable, il est proposé une interruption médicale de grossesse. Dans plusieurs pays, ces innovations biomédicales ont été critiquées au nom de leurs enjeux éthiques et sociaux. Cet article porte sur la principale accusation, celle d’eugénisme, qui a nourri une longue controverse en France dans des arènes médiatiques, médicales ou scientifiques. Des voix critiques attirent l’attention sur les conséquences collectives des choix individuels et soulignent le risque d’élimination des personnes atteintes de certaines anomalies génétiques, comme la trisomie 21. D’autres, à l’inverse, réfutent le caractère eugéniste de ce dépistage et défendent le droit des futurs parents à éviter une naissance qui serait un fardeau pour eux et l’enfant concerné, comme pour la société dans son ensemble. Avec une approche sociohistorique, cet article étudie la controverse qui s’est développée en France sur le dépistage des anomalies fœtales à partir de 1990. Il présente les acteurs qui ont pris part au débat, en analysant leurs prises de position dans des médias, des textes de vulgarisation médicale, des rapports d’institutions publiques et des travaux scientifiques. Les sciences humaines et sociales ont aussi participé à cette controverse, en se divisant sur la question du caractère eugéniste de ce dépistage. L’analyse montre que la controverse se polarise autour de deux sens du mot eugénisme, et qu’il existe des tensions entre différentes représentations du rôle de l’État, ainsi qu’entre des conceptions opposées du handicap, compatible ou non avec une qualité de vie satisfaisante pour la personne affectée et son entourage.

Mots-clés : Eugénisme ; Handicap ; Controverse ; Dépistage prénatal ; Anomalies fœtales ; Médecine.

Abstract

Medicine offers pregnant women tests to reduce uncertainty about the presence of any abnormalities in the fetus. Prenatal screening and diagnostic techniques to measure the risk of abnormality are now used in most industrialized countries. In the event of a confirmed diagnosis of a serious and incurable anomaly, medical termination of pregnancy is proposed. In several countries, these biomedical innovations have been criticized for their ethical and social implications. This article focuses on the main accusation, that of eugenics, which has fueled a long-running controversy in France in media, medical, and scientific arenas. Critics draw attention to the collective consequences of individual choices, and highlight the risk of eliminating people with certain genetic anomalies, such as Down’s syndrome. Others, in contrast, refute the eugenic character of such screening and defend the right of future parents to avoid a birth that would be a burden for them and the child concerned, as well as for society as a whole. Using a socio-historical approach, this article examines the controversy that developed in France over fetal anomaly screening from 1990 onwards. It presents the actors who took part in the debate, analyzing their positions in the media, popular medical texts, reports by public institutions, and scientific works. The humanities and social sciences also took part in this controversy, dividing on the question of the eugenic character of this screening. The analysis shows that the controversy is polarized around two meanings of the word eugenics, and that there are tensions between different representations of the role of the State, as well as between opposing conceptions of disability, compatible or not with a satisfactory quality of life for the affected person and his or her entourage.

Keywords: Eugenics; Disability; Controversy; Prenatal screening; Fetal abnormalities; Medicine.

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Insaisissable bien-être : Le scénario de la correction génétique anténatale selon l’eugéniste libéral Julian Savuslescu | Jean-Hugues Déchaux

Elusive well-being: The scenario of prenatal genetic correction according to liberal eugenicist Julian Savuslescu

Résumé

La naissance en Chine fin 2018 de deux jumelles dont le génome a été modifié au stade anténatal a fait l’objet d’une large condamnation internationale, y compris de la part des partisans de « l’eugénisme libéral » qui, depuis environ vingt ans, cherchent à promouvoir la sélection génétique des embryons conçue comme un choix privé des familles visant à procurer à l’enfant à naître le plus de « bien-être » possible. L’article traite de Julian Savulescu, figure de proue de l’eugénisme libéral, dont on examine, à partir de ses écrits récents, les réactions à l’affaire des jumelles. Sa condamnation de la naissance des jumelles se réfère au cas clinique, jugé mal choisi, et n’exprime aucun rejet de principe de la correction génétique anténatale. L’affaire est l’occasion d’affiner sa réflexion sur les conditions dans lesquelles un tel recours serait non seulement recommandable, mais dans certains cas, moralement obligatoire. L’objectif affiché est de corriger les ratés de la sélection naturelle, de promouvoir l’égalité et d’assurer le bien-être du futur enfant et de la collectivité. Toutefois, l’évolution des analyses révèle une notion de bien-être aux contours incertains qui évolue d’une définition individuelle à une conception collective ou impersonnelle. Cette évolution conduit à interroger le caractère prétendument nouveau de cet eugénisme libéral.

Mots-clés : Bien-être ; Édition du génome ; Eugénisme libéral ; Libéralisme ; Utilitarisme ; Procréation ; Risque.

Abstract

The birth in China at the end of 2018 of two twin girls whose genomes were altered prenatally has been the subject of widespread international condemnation, including from proponents of « liberal eugenics » who, for some twenty years, have sought to promote the genetic selection of embryos conceived as a private choice by families aimed at providing the unborn child with as much « well-being » as possible. This article deals with Julian Savulescu, a leading figure in liberal eugenics, whose reactions to the twins affair are examined on the basis of his recent writings. His condemnation of the birth of the twins refers to the clinical case, judged to have been poorly chosen, and does not express any principled rejection of prenatal genetic correction. The case is an opportunity to refine his thinking on the conditions under which such recourse would be not only advisable but, in certain cases, morally obligatory. The stated aim is to correct the failures of natural selection, promote equality, and ensure the well-being of the future child and the community. However, the evolution of analyses reveals a notion of well-being with uncertain contours, evolving from an individual definition to a collective or impersonal conception. This evolution leads us to question the allegedly new character of this liberal eugenics.

Keywords: Well-being; Genome editing; Liberal eugenics; Liberalism; Utilitarianism; Procreation; Risk.

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Recension de « Understanding and managing uncertainty in healthcare: Revisiting and advancing sociological contributions » de Nikola Mackintoch et Natalie Armstrong (Wiley Blackwell, 2020) | Gaël Brulé

Understanding and managing uncertainty in healthcare: Revisiting and advancing sociological contributions est un ouvrage collectif co-dirigé par Nikola Mackintoch et Natalie Armstrong (WIiley Blackwell, 2020). Il est publié dans un numéro spécial de la revue Sociology of Health & Illness avec un accès libre à l’ensemble des contenus. Il se compose de dix chapitres sur la façon dont l’incertain s’insère dans les plis des établissements de santé et comment celui-ci empêche ou permet le bien-être des patients et du personnel soignant. C’est un ouvrage dont les entrées sociologiques et ethnologiques analysent la façon dont l’incertain est produit ou est producteur dans des contextes très variés (environnement néonatal, psychiatrie, psychologie clinique, traitements de fin de vie…).

La sociologie s’est emparée du thème de l’incertain, du risque depuis Émile Durkheim (1997) mais plus récemment, c’est surtout à Ulrich Beck (2001) que l’on doit les réflexions les plus fécondes. Nous vivons depuis les deux guerres mondiales et la fin des trente glorieuses dans des sociétés du risque, c’est-à-dire des sociétés qui génèrent des formes inédites potentielles de vulnérabilisation des individus et des sociétés. Les risques économiques, technologiques, biotechnologiques et environnementaux font partie de ces nouvelles formes de risque. Understanding and managing uncertainty in healthcare: Revisiting and advancing sociological contributions décline ce propos au monde de la santé, qui récupère les problèmes sociaux et sanitaires et qui doit composer avec de nouvelles logiques économiques. La richesse du livre réside dans sa capacité à faire dialoguer plusieurs services, de voir l’incertain parfois comme quelque chose à gérer, parfois comme une instance productrice et parfois comme le résidu d’un ethos (par exemple néolibéral).

Le chapitre d’Alan Cribb (2020) parle de la notion de normativité implicite, en particulier dans le cadre de la bioéthique. Si la normativité implique un ensemble d’accords moraux qui se coconstruisent au sein des interactions sociales et de relations de pouvoir, la normativité implicite désigne spécifiquement l’ensemble des accords qui ne sont pas mentionnés ou tenus pour acquis. Cette notion de normativité implicite est par exemple au centre du chapitre de Amy Chandler et al. (2020) dans le cadre de la marginalisation de patients utilisant des substances comme les parents dans l’univers néonatal. Expliciter la normativité au sein de ce contexte serait pour les auteurs un moyen de normaliser plutôt que d’exclure les parents étant dans ces situations. Toujours dans l’univers néonatal, Lisa Hinton et Natalie Armstrong (2020) montrent que l’acquisition de connaissances est un moyen pour les parents de rapidement naviguer face à des décisions chirurgicales difficiles pour le nouveau-né dans un océan d’incertitudes. Rhiannon Lane (2020) montre également combien le diagnostic est crucial dans le domaine psychiatrique et que le flou entre des catégories construites, dépourvues de biomarqueurs, et une gestion conservatrice de l’incertain tendent à pathologiser des comportements vus comme divergents, comme a pu être l’homosexualité au sein de la troisième version du Diagnostic and Statistical Manual (DSM-III). Martyn Pickergill (2020) montre que certains métiers comme les psychologues cliniciens permettent de naviguer l’incertain en servant de passerelles entre des mondes informationnels disjoints. Julia Swallow (2020) analyse comme Rhiannon Lane, la limite entre le normal et le pathologique dans la continuité des travaux de Georges Canguilhem (2013). Caroline Cupit et al. (2020) montrent que, en limitant les risques et en utilisant un cadre de risques basées sur les données probantes, la pratique des soignants tend à voir dans le patient un cas et à laisser de côté la parole des patients. Dagoberto Cortez et Michael Halpin (2020) tirent l’incertain dans la situation extrême de la fin de vie entre les choix palliatifs, la recherche, notamment sous l’angle de la qualité de vie. Naike Bochatay et Nadja Bajwa (2020) montrent dans une étude comparative entre contextes suisse et américain que le personnel soignant adopte souvent la position de leur superviseur quant à l’incertain. Les mouvements à travers l’incertain agissent positivement, c’est-à-dire que le personnel soignant est producteur d’actions, d’affects et de nouvelles ontologies (Moreira et al., 2009). Du point de vue des classifications, l’exemple de la maladie d’Alzheimer de Julia Swallow (2020) montre que l’incertain n’est pas anéanti par le processus de catégorisation mais fait partie de cette tentative voire sert d’espace de résistance contre la classification. Les mouvements de va et vient entre le normal et le pathologique servent à mettre en avant les processus normatifs qui dessinent les contours de ces catégories. Caroline Cupit et al (2020) montrent que les professionnels de santé viennent amener du jeu entre les catégories « malades » et « pas malades ». Ils tentent d’enlever l’incertain du patient entrant dans le monde médical et de se concentrer sur l’incertain dans le diagnostic ou le traitement. Dans le cas de la fin de vie, l’incertain est un espace dans lequel vient se négocier des traitements à prouver, une amélioration de la qualité de vie au prisme d’un rapport au risque et d’une relation patients, personnel de soin et famille. Les essais cliniques peuvent tout autant allonger la durée de vie de semaines, mois ou années ou simplement diminuer leur qualité de vie. Si ce livre est d’une grande aide théorique, il pourrait être complété par des apports conceptuels et empiriques qui l’enrichiraient. Tout d’abord, si le point de vue des patients n’est pas absent, le bien-être subjectif aurait pu jouer un rôle plus central. Est-ce que la gestion de l’incertain au niveau de l’institution diminue le bien-être déclaré des patients ou du personnel ? Si l’on comprend que l’incertain est producteur, il serait intéressant de voir ce qu’il produit, en positif et en négatif du point de vue du bien-être subjectif. Ces deux compléments seraient de précieux apports à ce livre dont les apports sont déjà importants. D’autre part, il pourrait être complété en ajoutant les apports environnementaux qui devient la grande variable productrice d’incertain dans un système dominé par les maladies chroniques.

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Recension de « Les décisions d’orientation : Notions fondamentales » de Yann Forner (Septentrion, 2021) | Laurent Sovet

L’indécision peut se concevoir comme « l’incapacité d’un sujet à exprimer un choix pour une activité différenciée lorsqu’il est amené à le faire » (Forner, 2021, p. 52). Cette définition est susceptible de se contextualiser à des situations variées de la vie quotidienne où un choix est attendu. Dans les sciences de l’orientation, et plus spécifiquement en psychologie de l’orientation, il existe un intérêt de longue date pour expliquer, prédire et accompagner les choix d’orientation (Osipow, 1999 ; Priyashantha et al., 2023). L’indécision vocationnelle (career indecision) y occupe une place notable. Dans la lignée de la définition proposée en préambule, elle correspond à « l’incapacité à définir un choix d’orientation scolaire ou professionnelle » (Kelly & Lee, 2002, p. 322). Au cours des dernières décennies, de nombreux modèles théoriques ont été proposés pour offrir un cadre de compréhension à l’indécision vocationnelle (Foley et al., 2006 ; Sovet, 2014). Au-delà des différences dans les conceptualisations proposées, il émerge un consensus scientifique sur la multidimensionnalité de l’indécision vocationnelle : elle serait la conséquence de plusieurs caractéristiques individuelles et situationnelles (Kulcsar et al., 2020 ; Priyashantha et al., 2023). Si initialement les premières études se centraient davantage sur les publics scolarisés et sur la transition de l’école à l’emploi, le périmètre s’est progressivement étendu pour s’inscrire dans une perspective d’orientation tout au long de la vie (Kulcsar et al., 2020 ; Osipow, 1999). Dans un contexte marqué par le mouvement et l’incertitude, il est possible de considérer que les choix d’orientation deviennent plus complexes et ambigus qu’auparavant (Canzittu, 2022 ; Forner, 2007).

Les travaux de recherche menés par Yann Forner s’inscrivent dans le champ de la psychologie de l’orientation tout au long de la vie, avec des contributions notables à la compréhension de l’indécision vocationnelle dans une perspective différentialiste. Son ouvrage intitulé « Les décisions d’orientation : Notions fondamentales », avec une préface de Francis Danvers, s’apparente à une synthèse des réflexions et des recherches engagées durant son parcours scientifique. Il prend appui notamment sur ses propres publications scientifiques sur la période de 1987 à 2013. L’avant-propos rédigé par l’auteur permet d’éclairer l’essence de cet ouvrage en évoquant « une présentation critique de quelques concepts fondamentaux de la psychologie de l’orientation que l’on peut générer à partir de celui de prise de décision de carrière » (Forner, 2021, p. 19). En complément, plusieurs échelles psychométriques en lien avec ces notions sont disponibles et s’accompagnent d’informations détaillées sur leurs qualités psychométriques. Il est possible notamment de retrouver l’Échelle de Compétences en Orientation au Lycée (Forner et al., 2013), l’Épreuve de Décision Vocationnelle (Forner, 2009) et le Questionnaire de Motivation à la réussite en situation de Formation (Forner, 2010).

Le premier chapitre intitulé « Les conceptions de la décision et l’apport de l’informatique » aborde, dans une brève perspective historique, les différentes entrées qui permettent de comprendre les choix d’orientation et l’apparition des premiers systèmes informatiques susceptibles de faciliter le processus de décision. Le deuxième chapitre intitulé « Un état préparation à la décision : La maturité vocationnelle » porte plus spécifiquement sur le concept de maturité vocationnelle et ses évolutions. Il est possible d’y découvrir une étude sur l’effet des stages en entreprise sur la maturité vocationnelle de 262 jeunes au collège (Forner et al., 1996). Le troisième chapitre s’intitule « La diversité des processus de décision : Stratégies et styles ». Bien que stratégies et styles peuvent sembler très proches, la distinction suivante est introduite : « « stratégie » pour caractériser le comportement en situation, « style » pour caractériser la personne » (Forner, 2021, p. 77). Ce chapitre suggère l’intérêt de proposer des accompagnements différenciés à la prise de décision en fonction des stratégies et des styles de la personne. Le quatrième chapitre intitulé « Un dysfonctionnement fondamental des processus : L’indécision » se centre plus spécifiquement sur la conceptualisation multidimensionnelle de l’indécision vocationnelle, son évaluation psychométrique et l’impact des pratiques d’éducation à l’orientation sur sa réduction. Le cinquième chapitre intitulé « La dynamique des décisions : La motivation à la réussite » porte sur les cadres théoriques mobilisés pour concevoir la motivation à la réussite en situation de formation : le besoin de réussite, le contrôle interne et la perspective temporelle. Il offre une analyse détaillée de plusieurs études portant les liens entre motivation à la réussite et notes aux examens. Il a obtenu des résultats avec des effets plutôt faibles voire nuls qui peuvent être résumés de la manière suivante : « Ces valeurs faibles mais toujours positives correspondent bien à l’idée de motivation en tant que force d’appoint qui ne permet pas seule la réussite mais qui aide à obtenir les quelques points supplémentaires qui feront la différence » (Forner, 2021, p. 152). Le sixième chapitre intitulé « La dynamique des décisions : Les déterminants sociétaux des intérêts et des valeurs » rassemble plusieurs travaux conduits par l’auteur qui portent sur les intérêts professionnels et sur les valeurs.

Le chapitre de discussion ouvre sur des réflexions critiques sur les théoriques et les pratiques qui visent les décisions d’orientation. Plusieurs questions vives sont énoncées. Il est possible de citer le dernier paragraphe qui invite à repenser le dialogue entre recherche et pratique : « On peut espérer que la recherche en psychologie de l’orientation pourra s’organiser par la mise en place d’une recherche fondamentale (généralement descendante) où l’on prend soin de prévoir des applications et, d’autre part, une recherche appliquée (souvent ascendante) où l’on a anticipé une généralisation des observations réalisées, voir des « recherches-actions » sur les décisions d’orientation » (Forner, 2021, p. 187). Dans l’ensemble, cet ouvrage apporte un éclairage critique sur les décisions d’orientation et les notions fondamentales théoriques associées. L’étayage des études menées par Yann Forner pour illustrer ces notions permet d’apporter des éléments concrets qui mettent en perspective cette littérature scientifique. Il aurait été intéressant de prendre appui sur des publications plus récentes. Au cours de ces dernières années, plusieurs synthèses ont été proposées portant à la fois sur les déterminants de l’indécision vocationnelle (Gati, 2013 ; Kulcsar et al., 2020), sa conceptualisation (Sovet, 2014 ; Xu & Bhang, 2019), l’efficacité des pratiques d’aide à l’orientation visant à la réduire (Ozlem, 2019) et des méthodes d’accompagnement à la prise de décision (Rochat, 2019). En cohérence avec les conclusions de l’auteur, de telles publications témoignent de la vivacité des recherches et des applications autour des décisions d’orientation. Cette invitation aux dialogues entre la recherche et la pratique par la recherche translationnelle, la recherche-action et l’expérimentation pédagogique laisse entendre à de futurs prolongements à un champ d’étude toujours aussi prolifique.

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#recension

Introduction au numéro thématique « Durabilité et bien-être : Des relations ambivalentes » | Gaël Brulé

Introduction to the thematic issue « Sustainability and Well-being: Ambivalent Relationships »

Si les grandes représentations du bonheur mettent souvent en avant une proximité immédiate avec la nature, les liens entre durabilité (i.e., que l’on définit ici comme un ensemble de considérations, de discours et de pratiques en lien avec la préservation de l’environnement naturel) et bien-être sont bien moins évidents que certains et certaines ont voulu le laisser penser. Un état des lieux de la littérature révèle la coexistence de deux discours antinomiques qui scinde la littérature (Brulé 2022). Si le discours consonant, a dominé dans le climat institutionnel à partir des années 1970 (un bon environnement mène à un certain bien-être) puis scientifique des années 1990 et 2000 (les personnes heureuses polluent moins toutes choses égales par ailleurs) ou chez les plus pessimistes (un environnement détruit empêche tout bien-être), un discours réaliste, empirique est venu remettre en question ce discours avec la crise financière de 2008, ses interrogations de justice sociale et climatique. Ce discours dissonant met en avant que les personnes les plus heureuses, souvent les plus favorisées au sein des sociétés avaient aussi une empreinte écologique bien supérieure à celles des populations les moins favorisées et a priori les moins heureuses (Chancel 2022).

La tension structurant la littérature se retrouve sans trop d’étonnement dans ce numéro 8 de Sciences & Bonheur. La mesure, souvent performative, est questionnée par Anne-Lise Dauphiné-Morer (2023) dans « Et si l’évaluation du bien-être cachait l’écosystème ? », suggérant que dans les questions et les définitions actuelles du bien-être résident des possibles contradictions entre bien-être et durabilité. Les autrices et auteurs se posent la question de la définition et de l’évaluation du bien-être actuel et se demandent si l’évaluation elle-même ne cache pas une ignorance du vivant et propose de se désaxer sur la notion de flux qui permet davantage d’intégrer les dimensions animales et végétales. Certains articles mettent en avant la durabilité comme facteur indispensable du bien-être. Laetitia Dillenseger et Vincent Vergnat (2023) dans « Le développement durable est-il le terreau du bonheur citoyen ? »montrent l’importance du développement durable comme condition du bien-être. La durabilité n’est pas le développement durable, mais celui-ci constitue la réponse institutionnelle la plus remarquable et la plus consensuelle depuis le rapport Brundtland. Au-delà des critiques que l’on peut faire au développement durable et aux objectifs de développement durable (ODD) (Rist 1996), cela représente une grammaire que partagent les institutions du monde entier. Toutefois, comme le montrent ces deux auteur·e·s, tous les ODD ne s’imbriquent pas de manière équivalente avec le bien-être. Certains ODD comme « villes soutenables », sont positivement liés avec le bien-être subjectif, alors que l’ODD « action climat » est négativement lié au bonheur, confirmant de manière claire l’ambivalence des liens entre durabilité et bien-être. Mònica Guillén-Royo et Francis Munier (2023) imaginent également le remplacement de normes consuméristes par davantage de temps commun, source de bien-être évidente à l’impact environnemental modéré dans « La Félicité des Communs : Contributions de l’économie du bonheur pour une économie verte et cordiale ». Ou alors c’est la qualité de vie qui est une condition de la durabilité comme le montre Amandine Payet-Junot (2023) dans « La qualité de vie comme condition de durabilité : Un aperçu et une application pour la ville durable ». Dans cet article, l’autrice s’intéresse à caractériser ce qui définit le bien-être et la durabilité au sein des villes.

Certains articles, s’appuyant sur la veine réaliste et donc le discours dissonant, essaient d’imaginer des pistes pour sortir de cette tension. Elisabeth Maizonnier-Payelle (2023) s’appuie sur les apports pédagogiques de Germaine Tortel (1928, 1972), inspectrice des écoles primaires entre 1932 et 1962, combinant éducation de l’enfant et formation de l’adulte et dont la nature serait à la fois « tributaire et maître » de l’Homme. L’anthropologue s’intéresse à l’exposition comme espace d’expériences plurielles et la durabilité se vit et s’exprime sous des angles multiples, des relations au monde différentes qui confrontées et agrégées permettent de faire société. Dans « Représentations sociales de la relation entre bien-être et environnement naturel à travers la notion de services écosystémique : Application à la réserve de biosphère de Mohéli – Comores », Nassim Said Abdallah (2023) s’interroge sur ce que les écosystèmes peuvent apporter en termes de bien-être dans des communautés de pêcheurs et autres communautés. SI le lien est toujours présent, il est plus ou moins conscientisé en fonction des communautés et des types d’écosystème. Clémentine Rossier, Marlyne Sahakian et Frédéric Minner (2023) se posent la question du travailler moins sur une base volontaire pour combiner à la fois bien-être et durabilité dans « Réduction volontaire du temps de travail en Suisse occidentale : Quelles implications pour le bien-être durable ? ». Ces auteur·e·s s’interrogent sur la possibilité d’un temps de travail réduit et volontaire pour combiner bien-être et durabilité. Si ce couplage s’inscrit à présent parmi les ménages au capital culturel élevé, plusieurs tendances pro-écologiques ont également suivi ce chemin et s’il ne fait pas -encore- société, il peut représenter un horizon possible. Enfin Sophie Plumey (2023), dans « Crise écologique et santé mentale : Une étude expérimentale des effets de la gratitude existentielle sur l’éco-anxiété » caractérise les effets atténuateurs de la gratitude sur l’éco-anxiété.

Ce sont donc bien des rapports ambivalents qui parcourent ce numéro. Si plusieurs articles tentent de voir comment rapprocher durabilité et bien-être, les moyens convoqués diffèrent, offrant ainsi une large palette de possibilités pour dégager l’horizon d’un bien-être durable. À ces contributions, viennent s’ajouter des recensions de deux ouvrages réalisées par de Laura Rams Boltaina (2023) sur « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » de Vincent Maymo et Geoffroy Murat (2020) et par Laurent Sovet (2023) sur « The psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » de Ron L. Chandler (2019).

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#kaleidoscope

Et si l’évaluation du bien-être cachait l’écosystème ? | Anne-Lise Dauphiné-Morer, Agnès Tiret, Anne-Françoise Schmid et Muriel Mambrini-Doudet

Well-being assessment: What about the ecosystem?

Résumé

La définition du bien-être animal proposée par l’ANSES (2018) est centrée sur l’individu. Or, le bien-être repose aussi sur les relations entre individus et avec leurs environnements (ANSES, 2018). Ceci est particulièrement difficile à penser. En première approche, on pourrait passer par le concept Nature souvent utilisé pour positionner l’individu. Avec la Nature viennent l’Humain, l’Animal et le Végétal, éléments séparés enfermés sur leur identité de règne. Le concept de Nature entraîne une pensée par dyade (Nature/Culture, Naturel/Artificiel, etc.) qui impose la fixation de définitions (identités) et réduit l’analyse à une opposition. Prenons maintenant le concept d’Humain. En tant qu’identité, sa définition ne permet pas d’aboutir à un concept équilibré sans mobiliser le concept d’Animal, qui lui est à la foi interne et externe. Dans la philosophie classique, l’Humain est 1, l’Animal plus un attribut (Aristote, 2015) ou 2. sans un attribut (Un Bipède sans plumes ; Platon, 2018). Ces deux définitions ont des conséquences très différentes, en particulier dans la façon d’éviter ou de ne pas éviter le racisme et le spécisme, la définition de l’Humain par un sans étant beaucoup plus neutre que celle par un plus. Ces deux définitions supposent le collectif et ses relations, l’individu isolément ne suffit pas. De cet a priori de séparation consensuelle entre l’Animal et l’Humain découlent les notions de bien-être qui lui sont compatibles. Pour les dépasser, sortir de cette fixité, nous savons nécessaire de faire usage d’autres outils de pensée. Nous les avons trouvés dans la philosophie d’Anne-Françoise Schmid et les outils de l’épistémologie générique (Schmid & Mambrini-Doudet, 2019). Ces outils nous permettent de savoir les oppositions et de considérer les relations qui peuvent dépendre de l’individu (relations internes ; Leibniz, 1686) – l’individu devient un concept qui contient tous ses prédicats – ou être indépendantes des individus (relations externes ; Russell, 1959), les faits sont indépendants de l’expérience de ceux-ci. L’outil que nous proposons ici se situe à l’échelle de l’individu, sans s’y enfermer. Il s’agit de faire usage du concept d’intention pour révéler et prendre en compte les relations, une porosité de l’individu avec soi-même, les autres et son environnement. Il permet de révéler les petites perceptions, comme le bruit des vagues (Leibniz, 1686), les différences de pression de l’air (Bouillon, 2021) et les dimensions qu’elles portent en elles. Le déplacement de l’individu à ses micro-perceptions enrichit tellement la notion de bien-être que le sens s’en défait pour laisser apparaître un individu complexe et fluide dans son écosystème.

Mots-clés : Bien-être ; Écosystème ; Individu ; Relations ; Intention ; Animal/Humain.

Abstract

The definition of animal welfare proposed by ANSES (2018) is centered on the individual. However, welfare also relies on the relationships between individuals and with their environments (ANSES, 2018). This is particularly difficult to think about. As a first approach, we could use the concept of Nature, often used to position the individual. With Nature comes Human, Animal, and Plant, separate elements locked into their kingdom identity. The concept of Nature leads to a dyadic thinking (e.g., Nature/Culture, Natural/Artificial) which imposes the fixing of definitions (identities) and reduces the analysis to that of opposition. Let us now take the concept of Human. As an identity, its definition does lead to a balanced concept without using the concept of Animal, which is both internal and external. In classical philosophy, the Human is the Animal either 1, with an attribute (Aristotle, 2015) or 2, without an attribute (a featherless biped, Plato, 2018). These two definitions have very different consequences, particularly in how racism and speciesism are or are not avoided, with the definition of Human by a minus being much more neutral than by a plus. These two definitions suppose the collective and their interrelations; the individual in isolation is not enough. From this a priori of consensual separation between the Animal and the Human derive compatible notions of well-being. To overcome this, to leave this fixation, we know that it is necessary to make use of other tools of thought. We found them in the philosophy of Anne-Françoise Schmid and the tools of generic epistemology (Schmid & Mambrini-Doudet, 2019). These tools allow us to know the oppositions and to consider the relations that can depend on the individual (internal relations, Leibniz, 1686), the individual becomes a concept that contains all its predicates; or be independent of other individuals (i.e., external relations, Russell, 1959), the facts are independent of their experience. The tool that we propose here is situated at the level of the individual, without being confined to them. It is a question of using the concept of intention to reveal and take into account the relationships, a porosity of the individual with themself, others, and their environment. It reveals the small perceptions, like the noise of the waves (Leibniz, 1686), the differences in air pressure (Bouillon, 2021), and the dimensions which they carry. The displacement of the individual to their micro-perceptions enriches so much the notion of well-being that the sense is undone to let appear a complex and fluid individual in their ecosystem.

Keywords: Well-being; Ecosystem; Individual; Relationships; Intention; Animal/Human.

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#article

Le développement durable est-il le terreau du bonheur citoyen ? | Laetitia Dillenseger et Vincent Vergnat

Is sustainable development the breeding ground for citizen happiness?

Résumé

Dans cet article nous défendons l’idée que le but global de toutes sociétés doit être d’atteindre un bien-être durable. En 2015 l’Organisation des Nations Unis (ONU) a adopté les objectifs de développement durable (ODD) englobant des dimensions économiques, sociales et environnementales. Ainsi nous tentons d’apporter des éléments de réponse à la question suivante : La réalisation des ODD est-elle compatible avec le bonheur citoyen ? Pour ce faire, nous étudions comment chacun de ces objectifs sont corrélés avec le bien-être subjectif à l’aide d’un modèle linéaire à effets individuels. Nous observons que les différents objectifs ne sont pas tous corrélés avec le bien-être, en particulier il existe une hétérogénéité géographique importante : un indicateur de développement durable peut être positivement corrélé avec le bien-être dans une région du monde et pas dans une autre.

Mots-clés : Bien-être subjectif ; Satisfaction dans la vie ; Développement durable ; Transition écologique.

Abstract

In this article we defend the idea that the overall goal of all societies must be to achieve sustainable well-being. In 2015, the United Nations (UN) adopted the Sustainable Development Goals (SDGs), which encompass economic, social, and environmental dimensions. Thus we try to answer the following question: Is the achievement of the SDGs compatible with citizen happiness? To do so, we study how each of these goals correlates with subjective well-being using a linear model with individual effects. We observe that not all goals are correlated with well-being, in particular there is significant geographic heterogeneity: a sustainable development indicator may be positively correlated with well-being in one region of the world and not in another.

Keywords: Subjective well-being; Life satisfaction; Sustainable development; Ecological transition.

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