Le Sumak Kawsay ou le bien-vivre de la cosmovision andine, un modèle de développement axé sur le bonheur | Olivia Giordano

Sumak Kawsay, or Buen Vivir in the Andean worldview: A development model centered on happiness

Résumé

Et si le bonheur venait simplement d’un rapport équilibré entre l’humain et le non-humain ? Dans la cosmovision andine des peuples quechua et aymara, il existe un concept qui désigne la vie harmonieuse que tout humain devrait suivre : le bien-vivre (« buen vivir ») ou sumak kawsay en langue quechua. Il propose une vision intégrale de la vie où les éléments composant le monde sont en équilibre et entretiennent des liens de réciprocité. Ce concept est né d’un mouvement autochtone qui s’est opposé à un modèle de développement loin de leurs réalités et auquel ils ont peu participé. Le contexte des régimes progressistes sud-américains a poussé les peuples autochtones à proposer la vision d’un avenir politique inclusif, basé sur le dialogue interculturel : la poursuite d’un développement alternatif éloigné de la conception occidentale du développement. En Équateur, il se conçoit comme un droit constitutionnel, les droits du bien-vivre, tandis qu’en Bolivie, il englobe un ensemble de valeurs qui permettent de « bien-vivre ensemble ». Ce concept résonne pertinemment avec les enjeux écologiques et culturels d’aujourd’hui, ce qui fait de lui un paradigme prometteur à l’heure de quête d’alternatives au modèle productiviste. Le rapport au vivant, le sens de la communauté et de la durabilité suffiraient à connaître le bonheur. Qu’il soit individuel ou collectif, le bien-vivre englobe les moyens concrets d’atteindre un objectif bien particulier et précieux, celui d’une vie humaine heureuse.

Mots-clés : Sumak kawsay ; Bien-vivre ; Bonheur ; Cosmovision andine ; Développement ; Équateur ; Bolivie.

Abstract

What if happiness simply arose from a balanced relationship between humans and the non-human world? In the Andean worldview of the Quechua and Aymara peoples, there is a concept referring to the harmonious way of life that every human being should strive for: Buen Vivir (“good living”), or sumak kawsay in Quechua. It offers a holistic vision of life in which the different elements of the world exist in balance and maintain relationships of reciprocity. This concept emerged from Indigenous movements that challenged a model of development far removed from their realities and in whose construction they had little involvement. Against the backdrop of progressive governments in South America, Indigenous peoples put forward a vision of an inclusive political future based on intercultural dialogue and the pursuit of an alternative form of development distinct from Western conceptions of development. In Ecuador, Buen Vivir has been incorporated into the Constitution through a set of rights associated with good living, whereas in Bolivia it encompasses a set of values aimed at enabling people to “live well together.” The concept is particularly relevant to contemporary ecological and cultural challenges, making it a promising paradigm at a time when alternatives to the productivist model are increasingly being sought. A connection with the living world, a sense of community, and a commitment to sustainability may thus provide the foundations for happiness. Whether understood at the individual or collective level, Buen Vivir encompasses concrete ways of achieving a particularly valuable goal: a happy human life.

Keywords: Sumak Kawsay; Buen Vivir; Happiness; Andean worldview; Development; Ecuador; Bolivia.

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