COP 30 – L’Amazonie et les Peuples Autochtones au centre du monde : une réflexion à partir de l’expérience Me Hoprê Catejê | João Mitia Antunha Barbosa, Leila Saraiva et Francisco Hyjno Krahô

COP30 – The Amazon and Indigenous Peoples at the centre of the world: Reflections based on the Me Hoprê Catejê experience

Résumé

au cœur des agendas mondiaux sur le climat et la biodiversité, en mettant particulièrement l’accent sur les Peuples Autochtones et les Communautés Locales (PA&CL). Bien qu’ils soient de plus en plus reconnus dans les discours internationaux comme des acteurs indispensables pour la préservation des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique, ils restent de manière disproportionnée exposés à ses impacts et exclus structurellement des ressources nécessaires au maintien de leurs territoires et de leurs modes de vie. Les preuves scientifiques confirment de manière récurrente leur rôle central dans la conservation de la biodiversité, la séquestration du carbone et la préservation de la couverture végétale. Pourtant, malgré cette reconnaissance, les flux financiers demeurent largement asymétriques, la plupart des soutiens passant par des intermédiaires plutôt que par des mécanismes dirigés par les peuples eux-mêmes. Dans ce contexte, la revendication d’un financement direct—garantissant que les ressources atteignent les organisations et fonds territoriaux autochtones selon leurs priorités et leurs systèmes de gouvernance—est devenue l’une des demandes centrales portées dans les négociations internationales. La COP-30, qui s’est tenue, en 2025, en Amazonie brésilienne, incarne à la fois l’espoir d’une transformation structurelle et le risque d’une inclusion purement symbolique. Pour illustrer ces tensions, le texte présente une étude de cas de l’initiative de surveillance territoriale du peuple Krahô, Me Hoprê Catejê. Née d’une mobilisation autonome et soutenue par des organisations autochtones et alliées, cette initiative illustre la créativité et la résilience des stratégies autochtones de protection territoriale. Elle met également en lumière les limites imposées par l’absence de ressources continues, la fragilité des politiques publiques et une architecture mondiale du financement climatique qui privilégie les intermédiaires bureaucratiques au détriment des communautés. Pour les Krahô, la surveillance territoriale ne se limite pas à une simple action technique, mais s’inscrit dans les rituels, la mobilité et l’organisation sociale, reflétant ainsi une relation cosmologique profonde avec le Cerrado. En ce sens, la surveillance territoriale constitue à la fois un acte de résistance et une affirmation d’autonomie, tout en révélant les asymétries persistantes entre les pratiques autochtones de soin et les cadres institutionnels qui prétendent les encadrer. L’analyse montre que ces dilemmes ne sont pas conjoncturels mais structurels, profondément enracinés dans les contradictions durables entre PA&CL, États et institutions globales. Les solutions à la crise climatique ne peuvent être abstraites, technocratiques ou déconnectées des réalités communautaires ; elles doivent impliquer le renforcement des droits territoriaux et le soutien durable aux initiatives portées par les peuples. En reliant les débats mondiaux de la COP-30 aux pratiques quotidiennes de surveillance et de soin du territoire Krahô, cet article souligne que l’avenir de la gouvernance climatique dépendra de la capacité à articuler négociations globales et réalités locales. La durabilité des réponses planétaires au changement climatique suppose de reconnaître que les PA&CL sont non seulement disproportionnellement menacés par ces crises, mais qu’ils incarnent également de nombreux savoirs nécessaires pour proposer des solutions viables.

Mots-clés : Peuples Autochtones et Communautés Locales ; COP 30 ; Amazonie ; Financement direct ; Peuple Krahô.

Abstract

This study analyses the contradictions at the heart of global climate and biodiversity agendas, with particular emphasis on Indigenous Peoples and local communities (IPLCs). Although they are increasingly recognised in international discourse as essential actors in ecosystem preservation and climate change mitigation, they remain disproportionately exposed to its impacts and structurally excluded from the resources required to sustain their territories and ways of life. Scientific evidence consistently confirms their central role in biodiversity conservation, carbon sequestration and the preservation of vegetation cover. Yet, despite this recognition, financial flows remain highly asymmetrical, with most support channelled through intermediaries rather than through mechanisms led by Indigenous Peoples and local communities themselves. In this context, the demand for direct funding—ensuring that resources reach Indigenous organisations and territorial funds in accordance with their own priorities and governance systems—has become a central issue in international negotiations. COP30, held in the Brazilian Amazon in 2025, embodied both the hope of structural transformation and the risk of merely symbolic inclusion. To illustrate these tensions, the article presents a case study of the Me Hoprê Catejê territorial monitoring initiative of the Krahô people. Emerging from autonomous mobilisation and supported by Indigenous and partner organisations, this initiative illustrates the creativity and resilience of Indigenous strategies for territorial protection. It also highlights the constraints created by a lack of sustained funding, fragile public policies and a global climate finance architecture that favours bureaucratic intermediaries over communities. For the Krahô, territorial monitoring is not merely a technical activity; it is embedded in rituals, mobility and social organisation, thereby reflecting a profound cosmological relationship with the Cerrado. In this sense, territorial monitoring constitutes both an act of resistance and an assertion of autonomy, while revealing the persistent asymmetries between Indigenous practices of care and the institutional frameworks that claim to govern them. The analysis shows that these dilemmas are not merely circumstantial but structural, deeply rooted in the enduring contradictions between IPLCs, states and global institutions. Solutions to the climate crisis cannot be abstract, technocratic or disconnected from community realities; they must involve strengthening territorial rights and providing sustained support for initiatives led by Indigenous Peoples and local communities. By connecting the global debates surrounding COP30 with everyday Krahô practices of monitoring and caring for their territory, this article emphasises that the future of climate governance will depend on the ability to connect global negotiations with local realities. The sustainability of global responses to climate change requires recognition that IPLCs are not only disproportionately threatened by these crises but also embody many of the knowledge systems needed to develop viable solutions.

Keywords: Indigenous Peoples and local communities; COP30; Amazon; Direct funding; Krahô people.

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