Introduction au numéro thématique « Durabilité et bien-être : Des relations ambivalentes » | Gaël Brulé

Introduction to the thematic issue « Sustainability and Well-being: Ambivalent Relationships »

Si les grandes représentations du bonheur mettent souvent en avant une proximité immédiate avec la nature, les liens entre durabilité (i.e., que l’on définit ici comme un ensemble de considérations, de discours et de pratiques en lien avec la préservation de l’environnement naturel) et bien-être sont bien moins évidents que certains et certaines ont voulu le laisser penser. Un état des lieux de la littérature révèle la coexistence de deux discours antinomiques qui scinde la littérature (Brulé 2022). Si le discours consonant, a dominé dans le climat institutionnel à partir des années 1970 (un bon environnement mène à un certain bien-être) puis scientifique des années 1990 et 2000 (les personnes heureuses polluent moins toutes choses égales par ailleurs) ou chez les plus pessimistes (un environnement détruit empêche tout bien-être), un discours réaliste, empirique est venu remettre en question ce discours avec la crise financière de 2008, ses interrogations de justice sociale et climatique. Ce discours dissonant met en avant que les personnes les plus heureuses, souvent les plus favorisées au sein des sociétés avaient aussi une empreinte écologique bien supérieure à celles des populations les moins favorisées et a priori les moins heureuses (Chancel 2022).

La tension structurant la littérature se retrouve sans trop d’étonnement dans ce numéro 8 de Sciences & Bonheur. La mesure, souvent performative, est questionnée par Anne-Lise Dauphiné-Morer (2023) dans « Et si l’évaluation du bien-être cachait l’écosystème ? », suggérant que dans les questions et les définitions actuelles du bien-être résident des possibles contradictions entre bien-être et durabilité. Les autrices et auteurs se posent la question de la définition et de l’évaluation du bien-être actuel et se demandent si l’évaluation elle-même ne cache pas une ignorance du vivant et propose de se désaxer sur la notion de flux qui permet davantage d’intégrer les dimensions animales et végétales. Certains articles mettent en avant la durabilité comme facteur indispensable du bien-être. Laetitia Dillenseger et Vincent Vergnat (2023) dans « Le développement durable est-il le terreau du bonheur citoyen ? »montrent l’importance du développement durable comme condition du bien-être. La durabilité n’est pas le développement durable, mais celui-ci constitue la réponse institutionnelle la plus remarquable et la plus consensuelle depuis le rapport Brundtland. Au-delà des critiques que l’on peut faire au développement durable et aux objectifs de développement durable (ODD) (Rist 1996), cela représente une grammaire que partagent les institutions du monde entier. Toutefois, comme le montrent ces deux auteur·e·s, tous les ODD ne s’imbriquent pas de manière équivalente avec le bien-être. Certains ODD comme « villes soutenables », sont positivement liés avec le bien-être subjectif, alors que l’ODD « action climat » est négativement lié au bonheur, confirmant de manière claire l’ambivalence des liens entre durabilité et bien-être. Mònica Guillén-Royo et Francis Munier (2023) imaginent également le remplacement de normes consuméristes par davantage de temps commun, source de bien-être évidente à l’impact environnemental modéré dans « La Félicité des Communs : Contributions de l’économie du bonheur pour une économie verte et cordiale ». Ou alors c’est la qualité de vie qui est une condition de la durabilité comme le montre Amandine Payet-Junot (2023) dans « La qualité de vie comme condition de durabilité : Un aperçu et une application pour la ville durable ». Dans cet article, l’autrice s’intéresse à caractériser ce qui définit le bien-être et la durabilité au sein des villes.

Certains articles, s’appuyant sur la veine réaliste et donc le discours dissonant, essaient d’imaginer des pistes pour sortir de cette tension. Elisabeth Maizonnier-Payelle (2023) s’appuie sur les apports pédagogiques de Germaine Tortel (1928, 1972), inspectrice des écoles primaires entre 1932 et 1962, combinant éducation de l’enfant et formation de l’adulte et dont la nature serait à la fois « tributaire et maître » de l’Homme. L’anthropologue s’intéresse à l’exposition comme espace d’expériences plurielles et la durabilité se vit et s’exprime sous des angles multiples, des relations au monde différentes qui confrontées et agrégées permettent de faire société. Dans « Représentations sociales de la relation entre bien-être et environnement naturel à travers la notion de services écosystémique : Application à la réserve de biosphère de Mohéli – Comores », Nassim Said Abdallah (2023) s’interroge sur ce que les écosystèmes peuvent apporter en termes de bien-être dans des communautés de pêcheurs et autres communautés. SI le lien est toujours présent, il est plus ou moins conscientisé en fonction des communautés et des types d’écosystème. Clémentine Rossier, Marlyne Sahakian et Frédéric Minner (2023) se posent la question du travailler moins sur une base volontaire pour combiner à la fois bien-être et durabilité dans « Réduction volontaire du temps de travail en Suisse occidentale : Quelles implications pour le bien-être durable ? ». Ces auteur·e·s s’interrogent sur la possibilité d’un temps de travail réduit et volontaire pour combiner bien-être et durabilité. Si ce couplage s’inscrit à présent parmi les ménages au capital culturel élevé, plusieurs tendances pro-écologiques ont également suivi ce chemin et s’il ne fait pas -encore- société, il peut représenter un horizon possible. Enfin Sophie Plumey (2023), dans « Crise écologique et santé mentale : Une étude expérimentale des effets de la gratitude existentielle sur l’éco-anxiété » caractérise les effets atténuateurs de la gratitude sur l’éco-anxiété.

Ce sont donc bien des rapports ambivalents qui parcourent ce numéro. Si plusieurs articles tentent de voir comment rapprocher durabilité et bien-être, les moyens convoqués diffèrent, offrant ainsi une large palette de possibilités pour dégager l’horizon d’un bien-être durable. À ces contributions, viennent s’ajouter des recensions de deux ouvrages réalisées par de Laura Rams Boltaina (2023) sur « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » de Vincent Maymo et Geoffroy Murat (2020) et par Laurent Sovet (2023) sur « The psychology of sustainability: Understanding the relationship between self and Earth » de Ron L. Chandler (2019).

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#kaleidoscope

Et si l’évaluation du bien-être cachait l’écosystème ? | Anne-Lise Dauphiné-Morer, Agnès Tiret, Anne-Françoise Schmid et Muriel Mambrini-Doudet

Well-being assessment: What about the ecosystem?

Résumé

La définition du bien-être animal proposée par l’ANSES (2018) est centrée sur l’individu. Or, le bien-être repose aussi sur les relations entre individus et avec leurs environnements (ANSES, 2018). Ceci est particulièrement difficile à penser. En première approche, on pourrait passer par le concept Nature souvent utilisé pour positionner l’individu. Avec la Nature viennent l’Humain, l’Animal et le Végétal, éléments séparés enfermés sur leur identité de règne. Le concept de Nature entraîne une pensée par dyade (Nature/Culture, Naturel/Artificiel, etc.) qui impose la fixation de définitions (identités) et réduit l’analyse à une opposition. Prenons maintenant le concept d’Humain. En tant qu’identité, sa définition ne permet pas d’aboutir à un concept équilibré sans mobiliser le concept d’Animal, qui lui est à la foi interne et externe. Dans la philosophie classique, l’Humain est 1, l’Animal plus un attribut (Aristote, 2015) ou 2. sans un attribut (Un Bipède sans plumes ; Platon, 2018). Ces deux définitions ont des conséquences très différentes, en particulier dans la façon d’éviter ou de ne pas éviter le racisme et le spécisme, la définition de l’Humain par un sans étant beaucoup plus neutre que celle par un plus. Ces deux définitions supposent le collectif et ses relations, l’individu isolément ne suffit pas. De cet a priori de séparation consensuelle entre l’Animal et l’Humain découlent les notions de bien-être qui lui sont compatibles. Pour les dépasser, sortir de cette fixité, nous savons nécessaire de faire usage d’autres outils de pensée. Nous les avons trouvés dans la philosophie d’Anne-Françoise Schmid et les outils de l’épistémologie générique (Schmid & Mambrini-Doudet, 2019). Ces outils nous permettent de savoir les oppositions et de considérer les relations qui peuvent dépendre de l’individu (relations internes ; Leibniz, 1686) – l’individu devient un concept qui contient tous ses prédicats – ou être indépendantes des individus (relations externes ; Russell, 1959), les faits sont indépendants de l’expérience de ceux-ci. L’outil que nous proposons ici se situe à l’échelle de l’individu, sans s’y enfermer. Il s’agit de faire usage du concept d’intention pour révéler et prendre en compte les relations, une porosité de l’individu avec soi-même, les autres et son environnement. Il permet de révéler les petites perceptions, comme le bruit des vagues (Leibniz, 1686), les différences de pression de l’air (Bouillon, 2021) et les dimensions qu’elles portent en elles. Le déplacement de l’individu à ses micro-perceptions enrichit tellement la notion de bien-être que le sens s’en défait pour laisser apparaître un individu complexe et fluide dans son écosystème.

Mots-clés : Bien-être ; Écosystème ; Individu ; Relations ; Intention ; Animal/Humain.

Abstract

The definition of animal welfare proposed by ANSES (2018) is centered on the individual. However, welfare also relies on the relationships between individuals and with their environments (ANSES, 2018). This is particularly difficult to think about. As a first approach, we could use the concept of Nature, often used to position the individual. With Nature comes Human, Animal, and Plant, separate elements locked into their kingdom identity. The concept of Nature leads to a dyadic thinking (e.g., Nature/Culture, Natural/Artificial) which imposes the fixing of definitions (identities) and reduces the analysis to that of opposition. Let us now take the concept of Human. As an identity, its definition does lead to a balanced concept without using the concept of Animal, which is both internal and external. In classical philosophy, the Human is the Animal either 1, with an attribute (Aristotle, 2015) or 2, without an attribute (a featherless biped, Plato, 2018). These two definitions have very different consequences, particularly in how racism and speciesism are or are not avoided, with the definition of Human by a minus being much more neutral than by a plus. These two definitions suppose the collective and their interrelations; the individual in isolation is not enough. From this a priori of consensual separation between the Animal and the Human derive compatible notions of well-being. To overcome this, to leave this fixation, we know that it is necessary to make use of other tools of thought. We found them in the philosophy of Anne-Françoise Schmid and the tools of generic epistemology (Schmid & Mambrini-Doudet, 2019). These tools allow us to know the oppositions and to consider the relations that can depend on the individual (internal relations, Leibniz, 1686), the individual becomes a concept that contains all its predicates; or be independent of other individuals (i.e., external relations, Russell, 1959), the facts are independent of their experience. The tool that we propose here is situated at the level of the individual, without being confined to them. It is a question of using the concept of intention to reveal and take into account the relationships, a porosity of the individual with themself, others, and their environment. It reveals the small perceptions, like the noise of the waves (Leibniz, 1686), the differences in air pressure (Bouillon, 2021), and the dimensions which they carry. The displacement of the individual to their micro-perceptions enriches so much the notion of well-being that the sense is undone to let appear a complex and fluid individual in their ecosystem.

Keywords: Well-being; Ecosystem; Individual; Relationships; Intention; Animal/Human.

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#article

Le développement durable est-il le terreau du bonheur citoyen ? | Laetitia Dillenseger et Vincent Vergnat

Is sustainable development the breeding ground for citizen happiness?

Résumé

Dans cet article nous défendons l’idée que le but global de toutes sociétés doit être d’atteindre un bien-être durable. En 2015 l’Organisation des Nations Unis (ONU) a adopté les objectifs de développement durable (ODD) englobant des dimensions économiques, sociales et environnementales. Ainsi nous tentons d’apporter des éléments de réponse à la question suivante : La réalisation des ODD est-elle compatible avec le bonheur citoyen ? Pour ce faire, nous étudions comment chacun de ces objectifs sont corrélés avec le bien-être subjectif à l’aide d’un modèle linéaire à effets individuels. Nous observons que les différents objectifs ne sont pas tous corrélés avec le bien-être, en particulier il existe une hétérogénéité géographique importante : un indicateur de développement durable peut être positivement corrélé avec le bien-être dans une région du monde et pas dans une autre.

Mots-clés : Bien-être subjectif ; Satisfaction dans la vie ; Développement durable ; Transition écologique.

Abstract

In this article we defend the idea that the overall goal of all societies must be to achieve sustainable well-being. In 2015, the United Nations (UN) adopted the Sustainable Development Goals (SDGs), which encompass economic, social, and environmental dimensions. Thus we try to answer the following question: Is the achievement of the SDGs compatible with citizen happiness? To do so, we study how each of these goals correlates with subjective well-being using a linear model with individual effects. We observe that not all goals are correlated with well-being, in particular there is significant geographic heterogeneity: a sustainable development indicator may be positively correlated with well-being in one region of the world and not in another.

Keywords: Subjective well-being; Life satisfaction; Sustainable development; Ecological transition.

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#article

La Félicité des Communs. Contributions de l’économie du bonheur pour une économie verte et cordiale : Cas d’étude de la loi française « climat et résilience » | Mònica Guillén-Royo et Francis Munier

The Felicity of the Commons. Contributions of the economics of happiness for a green and cordial economy. Case study of the French ‘climate and resilience’ law

Résumé

L’économie du bonheur montre que les relations sociales sont une source importante de bien-être subjectif. En référence notamment au concept de croissance défensive, les relations sociales apparaissent également plus vertes. Dès lors, l’objet de cet article est d’explorer les fondamentaux théoriques et empiriques d’une économie verte et cordiale sous l’angle du concept philosophique de reconnaissance, avec un cas d’étude de la loi française « climat et résilience ».

Mots-clés : Économie du bonheur : Environnement ; Croissance défensive ; Reconnaissance ; Relations sociales.

Abstract

The economics of happiness shows that social relations are an important source of subjective well-being. With particular reference to the concept of defensive growth, social relations also appear to be greener. The purpose of this paper is to explore the theoretical and empirical foundations of a green and cordial economy from the perspective of the philosophical concept of recognition, with a case study of the French ‘climate and resilience’ law.

Keywords: Economics of happiness; Environment; Defensive growth; Recognition; Social relations.

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#article

La qualité de vie comme condition de durabilité : Un aperçu et une application pour la ville durable | Amandine Payet-Junot

Quality of life as a condition for sustainability: An overview and application for the sustainable city

Résumé

La qualité de vie, en particulier la qualité de vie environnementale-urbaine, et la durabilité font l’objet d’une grande attention ces dernières années. Si l’un des principaux objectifs du développement durable est la qualité de vie, cette dernière serait également l’une des conditions préalables de la durabilité. Toutefois, peu de travaux ont à ce jour vérifier ce dernier lien. Considérant la congruence homme-environnement et les conséquences comportementales associées, ce travail visait à étudier le rôle de la qualité de vie sur la durabilité et d’y identifier les logiques sous-jacentes en jeu.

Mots-clés : Qualité de vie ; Qualité de vie environnementale ; Bien-être ; Durabilité ; Congruence homme-environnement.

Abstract

Quality of life, in particular environmental-urban quality of life, and sustainability have received much attention in recent years. If one of the main goals of sustainable development is quality of life, then quality of life would also be one of the preconditions for sustainability. However, few works have so far verified this last link. Considering the person-environment congruence and the associated behavioral consequences, this work aimed to study the role of quality of life on sustainability and to identify the underlying rationales in play.

Keywords: Quality of life; Environmental quality of life; Well-being; Sustainability; Person-environment congruence.

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#article

Savoir composer des mondes : Pour une éducation en anthropocène à l’école primaire | Élisabeth Maizonnier-Payelle

Crafting worlds: Towards Anthropocene education in elementary school

Résumé

Dans les années 1990, le débat est lancé sur les nouvelles formes de la recherche en éducation entre recherche et pratique. Certaines expérimentations menées, entre autres, par la pédagogue Germaine Tortel (1896-1975) anticipent ce tournant dès les années 1960. L’éducation par l’art à l’école primaire en est le fer de lance. L’exposition est alors considérée du point de vue de la médiation comme objet lié à la réflexivité du sujet, ayant une histoire héritée des expositions universelles, intimement liée au regard sur/avec l’Autre et sur l’ailleurs. Les deux expositions organisées au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Exhibitions, L’invention du sauvage (2011) et Persona, Étrangement humain (2016) dévoilent des modalités multi-référentielles de la relation aux mondes. La communication du vivant revêt des formes multiples qui par la mise en scène révèle « l’associativité coopérative » pour vivre « en » et selon la diversité des ontologies. Celles-ci sont données à voir pour composer des mondes.

Mots-clés : Éducation en anthropocène ; École primaire ; Expositions ; Germaine Tortel.

Abstract

In the 1990s, the debate between research and practice was launched on new forms of educational research. Certain experiments led by the educationalist Germaine Tortel (1896-1975), among others, anticipated this turning point as early as the 1960s. Art education in elementary schools spearheaded the trend. From the point of view of mediation, art exhibitions were seen as objects tied to the Subject’s reflexivity, with a history inherited from the World’s Fairs, intimately linked to the gaze towards the Other and towards the Elsewhere. The two art exhibitions organized at the Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Exhibitions, L’invention du sauvage (Exhibitions: The Invention of the Wild, 2011) and Persona, Étrangement humain (Persona: Human Strangeness, 2016) reveal multi-referential modalities of the relationships towards other worlds. Communication among the living world takes on multiple forms, and the staging reveals « cooperative associativity » for living « in » and according to the diversity of ontologies. These are made visible in order to compose other worlds.

Keywords: Anthropocene Education; Elementary school; Exhibitions; Germaine Tortel.

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#article

Représentations sociales de la relation entre bien-être et environnement naturel à travers la notion de services écosystémiques : Application à la réserve de biosphère de Mohéli aux Comores | Nassim Said Abdallah

Social representations of the relationship between well-being and the natural environment through the notion of ecosystem services: Application to the Mohéli Biosphere Reserve in the Comoros

Résumé

Les services écosystémiques, une notion beaucoup plus floue (Maillefert, 2016), renvoie aux bénéfices offerts aux humains par les écosystèmes (MEA 2005). Leurs évaluations sont encore surtout centrées sur l’offre de services ou sur leur valeur monétaire sans étudier explicitement leur contribution effective au bien-être des habitants ou usagers (Prévot & Geijendorffer, 2016). Notre travail ambitionne donc de proposer une évaluation explicite les représentations que les individus ont de l’apport des services écosystémiques en tant que composante de leur bien-être. La méthodologie mise en œuvre repose sur l’évaluation des représentations sociales en associant entretiens, et cartographie cognitives. Ces représentations sont relatives aux catégories socio-professionnelles (i.e., les pêcheurs se représentent le bien être différemment des autres acteurs) et du type d’écosystème (i.e., les plages et hauts de plage génèrent plus de service pour le bien être que les mangroves et encore moins les récifs coralliens).

Mots-clés : Services écosystémiques ; Bien-être ; Représentations sociales ; Gestion de la biodiversité ; Mohéli/Comores.

Abstract

Ecosystem services, a fuzzy concept (Maillefert, 2016), refer to the benefits offered to humans by ecosystems (MEA, 2005). Evaluations of ecosystem services are still mainly focused on the supply of services or their monetary value, without explicitly studying their actual contribution to the well-being of inhabitants or users (Prévot & Geijendorffer, 2016). Our work therefore proposes an explicit evaluation of individuals’ representations of ecosystem services’ contributions as a component of their well-being. The methodology implemented is based on the assessment of social representations through a combination of interviews, cognitive mapping, and cognitive graphs. These representations are related to socio-professional categories (i.e., fishermen represent well-being differently from other stakeholders) and ecosystem type (i.e., beaches and seasides generate more well-being services than mangroves and coral reefs). We verify empirically the hypothesis of a positive impact of ecosystem services on well-being.

Keywords: Ecosystem services; Well-being; Social representation; Biodiversity management; Moheli/Comoros.

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#article

Réduction volontaire du temps de travail conjugal en Suisse occidentale : Quelles implications pour le bien-être et la consommation durable ? | Clémentine Rossier, Marlyne Sahakian et Frédéric Minner

Voluntary reduction of couples’ working time in Western Switzerland: What are the implications for well-being and sustainable consumption?

Résumé

La réduction du temps de travail payé est l’une des solutions envisagées pour diminuer la consommation et donc l’empreinte écologique dans les pays à revenus élevés. Or, les personnes qui travaillent à plein temps ont des meilleures trajectoires de santé et de bien-être sur le long terme, et le retrait de l’emploi est l’un des moteurs de la persistance des inégalités de genre. Dans cette étude exploratoire menée fin 2018 en Suisse occidentale, nous avons conduit des entretiens approfondis auprès d’un échantillon de personnes en couple avec des charges familiales (N = 17). Dans 14 cas, les deux membres ont diminué leur temps en emploi. Nous les avons questionnés sur leur bien-être et leurs pratiques de consommation. Cette démarche nous permet d’imaginer les résultats ainsi que les limites de programmes de réduction volontaire de travail pour tous, visant à promouvoir une consommation durable tout en favorisant l’égalité de genre. Nous utilisons le cadre conceptuel des besoins humains permettant de relier l’emploi, le genre, le bien-être et la consommation durable. Nos données indiquent qu’une partie des personnes de l’échantillon jouissent d’un niveau de bien-être élevé et d’une relative égalité de genre dans la répartition du travail payé et domestique, tout en limitant leur consommation et son impact écologique. Cependant, la réduction du travail payé des deux membres du couple dépend largement de l’adoption des normes non consuméristes et est donc presque exclusivement le fait de personnes au capital culturel élevé. De plus, les inégalités de genre sont compatibles avec le bien-être, si elles sont valorisées socialement. Par ailleurs, les style de vie réellement économes en ressources naturelles ne semblent possibles que pour les personnes qui vivent dans des milieux qui offrent des options écologiques par défaut. Enfin, l’impact de ces styles de vie sur le bien-être à long terme des participants restent incertain : les couples interrogés se caractérisent par une absence de discours sur leur futur. A l’inverse, quelques personnes atypiques de l’échantillon (temps partiel conjugal adopté en fin de carrière, ou par un seul membre du couple) qui n’ont cédé à l’appel de la réduction du travail payé qu’après avoir assuré le financement de leur retraite. Nous concluons à la centralité du dispositif de politiques publiques pour viabiliser la réduction du travail pour un bien-être durable.

Mots-clés : Réduction de travail volontaire ; Égalité de genre ; Consommation durable ; Bien-être ; Besoins humains.

Abstract

Reducing paid work time is one of the solutions being considered to reduce consumption and thus the ecological footprint in high-income countries. However, people who work full-time have better long-term trajectories for health and well-being, and withdrawal from employment is one driver of persistent gender inequalities. In this exploratory study conducted in late 2018 in Western Switzerland, we conducted in-depth interviews with a sample of individuals (N=17) in couples with family responsibilities; in 14 cases, both members decreased their time in employment. We asked them about their well-being and their consumption practices. This material helps us to imagine the outcomes and limitations of voluntary work reduction programs for all, aimed at promoting sustainable consumption while promoting gender equality. We use the conceptual framework of human needs to link employment, gender, well-being, and sustainable consumption. Our data indicate that a portion of the sample enjoys a high level of well-being and relative gender equality in the distribution of paid and domestic work, while limiting their consumption and the ecological impact thereof. However, the reduction of paid work by both members of the couple depends largely on the adoption of non-consumerist norms and is therefore almost exclusively the work of people with high cultural capital. Moreover, gender inequalities are compatible with well-being, if they are socially valued. Furthermore, truly resource-efficient lifestyles seem to be possible only for people who live in environments that offer ecological options by default. Finally, the impact of these lifestyles on the long-term well-being of the participants remains uncertain: the couples interviewed are characterized by an absence of discourse on their future, in contrast to the few atypical individuals in the sample (part-time work adopted at the end of their career by both members, or by only one member, of the couple) who only followed the call to reduce paid work after securing their retirement finances. We conclude that the public policy system is central to making work reduction viable for sustainable well-being.

Keywords: Voluntary work reduction; Gender equality; Sustainable consumption; Well-being; Human needs.

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#article

Crise écologique et santé mentale : Une étude expérimentale des effets de la gratitude existentielle sur l’éco-anxiété | Sophie Plumey

Ecological crisis and mental health: An experimental study of existential gratitude’s effects on eco-anxiety

Résumé

L’éco-anxiété est une réaction normale, adaptative et utile de plus en plus répandue autour du monde et dont la définition et la mesure s’affinent ces dernières années. Cette étude mesure les effets d’une intervention de psychologie positive existentielle sur les dimensions cognitives et affectives de l’éco-anxiété. Un total de 61 personnes ont participé à l’étude et le groupe expérimental a pratiqué un journal de gratitude existentielle pendant deux semaines. Les résultats confirment les hypothèses : un effet significatif et de taille modérée est observé sur l’inquiétude (‑15,20 %, d = -0.34), sur les émotions négatives (-13.91 %, d = ‑0.36) et sur l’acceptation des émotions négatives (+10.57 %, d = 0.49). Le bien-être augmente significativement avec une petite taille d’effet (+5.10 %, d = 0.13). Cette étude contribue au développement d’une réponse au défi de santé publique que représente l’éco-anxiété.

Mots-clés : Éco-anxiété ; Gratitude existentielle ; Journal de gratitude ; Psychologie positive existentielle ; Acceptation.

Abstract

Eco-anxiety is a normal, adaptive, and useful response that is increasingly common around the world and has become better defined and measured in recent years. This study measures the effects of an existential positive psychology intervention on the cognitive and affective dimensions of eco-anxiety. A total of 61 volunteers participated in the study, and the experimental group practiced an existential gratitude journal for two weeks. The results confirm the hypotheses: significant effects of moderate size are observed on worry (-15.20 %, d=-0.34), on negative emotions (-13.91 %, d=-0.36) and on the acceptance of negative emotions (+10.57 %, d=0.49). Well-being increased significantly with a small effect size (+5.10 %, d=0.13). This study contributes to the development of an answer to the public health challenge of eco-anxiety.

Keywords: Eco-anxiety; Existential gratitude; Gratitude journal; Existential positive psychology; Acceptance.

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#article

Recension de « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » de Vincent Maymo et Geoffroy Murat (Dunod, 2020) | Laura Rams Boltaina

Dans un contexte où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) comme le développement durable sont des sujets de préoccupation pour les organisations, l’ouvrage « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » offre une analyse méthodique de ces notions. Les auteurs – Vincent Maymo, docteur en sciences de gestion et maître de conférences à l’IAE de Bordeaux et Geoffroy Murat, entrepreneur, chercheur et titulaire d’un doctorat en éthique et dirigeant de la société de services en développement durable Nicomak – partagent leurs expertises au travers de neuf dossiers thématiques et de cinquante-trois fiches opérationnelles. Dans cet ouvrage, le développement durable comme la RSE (notions utilisées indistinctement) renvoient à une réalité aux enjeux multiples de nature économiques, sociétaux et environnementaux. Au centre de la démarche RSE, le dialogue avec les parties prenantes est particulièrement détaillé pour tendre vers une performance durable des organisations.

Le premier dossier aborde les quatre principaux enjeux du développement durable. Les auteurs débutent par l’enjeu du positionnement stratégique, où une démarche RSE permet de s’implanter durablement sur un marché (outil 1) et d’asseoir le positionnement de son organisation (outil 2). Par la suite, les auteurs ancrent dans une perspective durable l’enjeu de la gestion des risques et la réduction des coûts au travers de l’outil du « cost-killing » responsable (outil 3) et de « la matrice durable » (outil 4). Autre enjeu majeur de la RSE, la gestion de la réputation d’une organisation est détaillée au travers d’un outil permettant de réaliser un suivi réputationnel au quotidien et en situation de crise (outil 5). L’établissement d’une culture d’entreprise forte, est le dernier enjeu de la RSE présenté au travers d’une fiche opérationnelle visant à prioriser les actions selon les perceptions des parties prenantes (outil 6) et par l’utilisation d’une charte des valeurs (outil 7) indispensable pour identifier des repères durables dans les entreprises.

Au sein du deuxième dossier, les auteurs évoquent au travers de trois sujets clés, l’importance de l’appropriation de la démarche RSE par son organisation. Le premier sujet aborde le positionnement éthique de son entreprise par le biais du triptyque éthique (Held, 2004). Le deuxième sujet est celui de la considération des attentes des parties prenantes. Véritable point d’orgue dans la démarche RSE, les outils de cartographie (outil 9) et d’analyse (outil 10) guident le lectorat dans la compréhension des comportements des parties prenantes. Le dernier sujet aide à formaliser un modèle d’engagement RSE adapté à son organisation. Pour ce faire, les auteurs adressent trois outils permettant de positionner son organisation face à la concurrence internationale (outil 11), de cibler son niveau d’engagement RSE (outil 12) et de rester en vigilance sur la compréhension des logiques des parties prenantes (outil 13).

Le troisième dossier aborde le lien entre la RSE et le management au travers de plusieurs actions permettant d’améliorer l’implication des collaborateurs et collaboratrices. Les deux premiers outils préconisent l’utilisation d’un baromètre du bien-être au travail (outil 14) et d’une méthode de gestion du stress au travail (outil 15) selon le modèle de Karasek et al. (1989). Les auteurs évoquent également l’importance de la RSE pour manager par le sens, au travers la mise en place d’un indicateur de sens (outil 16) et en soutenant la créativité et l’innovation au sein du collectif de travail (outil 17). Les dernières fiches opérationnelles présentent la RSE comme un outil de recrutement (outil 19) permettant d’attirer et de fidéliser les talents (outil 18).

Le quatrième dossier présente six outils méthodologiques pour organiser le pilotage d’une démarche RSE. L’outil 20 propose des actions concrètes pour établir un dialogue avec les parties prenantes. Les outils 21 et 22 permettent de spécifier le périmètre que souhaite couvrir l’organisation avec sa démarche RSE. L’outil 23 consiste à rendre visible les apports de la RSE par le biais d’une cartographie de la chaîne de valeur (Michael & Kramer, 2006). Enfin, les outils 24 et 25 aident les lecteurs à structurer et maintenir le dialogue avec les parties prenantes.

Au sein du cinquième dossier, les auteurs abordent la thématique de la communication des actions RSE. Pour communiquer efficacement, les auteurs conseillent de se positionner par rapport au cadre normatif. Autrement dit de s’approprier les référentiels de développement durable (outil 26) pour pouvoir organiser son reporting et sa communication (outil 27). Pour éviter que la RSE soit perçue avec méfiance, les auteurs rappellent l’importance de communiquer en engageant les parties prenantes (outils 28 et 29). Enfin, le lectorat est invité à suivre de manière continue l’actualité de la RSE, en participant à des événements (outil 30) et en réalisant une politique de veille (outil 31).

Le sixième dossier appréhende le développement durable comme un outil stratégique pour le service des ressources humaines. Dans cette visée, la RSE est envisagée tel un avantage compétitif mobilisable dans les actions de recrutement, d’intégration, d’exploitation et d’exploration des talents (outil 32, d’après Mirales, 2007), et notamment auprès des générations Y (outil 35). Véritable outil attractif, la RSE est également un moyen de fidéliser les collaborateurs et de lutter contre le turn-over (outil 34) mais aussi de mobiliser les managers, acteurs clés dans la démarche. À ce propos, les auteurs conseillent d’interroger les perceptions des managers et de les impliquer dans la démarche RSE (outils 36 et 37). Enfin, la RSE est envisagée comme un moyen de renforcer la qualité de services clients (outil 33).

Au sein du septième dossier est présenté l’étape indispensable pour intégrer la RSE au sein de la stratégie globale de l’entreprise : l’évaluation de la démarche. Pour ce faire, les auteurs guident le lectorat au travers de quatre fiches opérationnelles permettant d’établir les indicateurs RSE (outil 38), d’organiser des tableaux de bord stratégiques (outils 39 et 40) et de conserver un regard critique sur le projet afin de respecter les missions initiales : avoir un impact sociétal et un impact économique (outil 41).

Le huitième dossier aborde la thématique de l’adhésion à un référentiel de développement durable. Dans un premier temps, les auteurs évoquent la gestion de la conformité (compliance) à laquelle doivent répondre les organisations (outil 42). Dans un second temps, plusieurs référentiels sont proposés dont le référentiel Global Reporting Initiative (GRI, outil 43) ou la norme ISO 26000 (outil 45). L’importance pour les organisations de communiquer sur le sujet des référentiels afin de pouvoir piloter la performance par ce biais est particulièrement soulignée (outil 44). Enfin, les deux derniers outils évoquent la certification environnementale au travers de plusieurs référentiels (outil 46) et du cas particulier de la maîtrise de son impact carbone (outil 47).

Le neuvième et dernier dossier aborde la thématique de la finance. L’outil 48 démontre le lien entre les marchés financiers et les enjeux RSE. Les outils 49 et 50 évoquent quant eux, la notation extra-financière des entreprises, particulièrement sur les critères Environnement-Social-Gouvernance (ESG). Enfin, les auteurs clôturent cet ouvrage par une analyse de l’Investissement Socialement Responsable (ISR, outils 51, 52 et 53). En somme, cet ouvrage offre une vision très opérationnelle du développement durable et de la RSE. Un « livre-outil » intéressant pour tout professionnel qui souhaite avoir des connaissances appliquées sur ces notions. Les cas d’entreprise et les exemples concrets illustrent bien les éléments factuels, il peut être dommageable de ne pas en avoir davantage. Enfin, il est à mentionner qu’un apport théorique plus conséquent aurait permis aux lecteurs d’avoir une compréhension plus étoffée sur certaines notions et outils clés. Dès le début de l’ouvrage, il aurait été intéressant d’aborder davantage l’association de la notion de « développement durable » avec la « responsabilité sociale des entreprises ». Une mise en lumière des enjeux et des limites de ces notions et de leurs assimilations aurait apporté au lectorat une meilleure compréhension de leur usage interchangeable dans l’ouvrage. En d’autres termes, ces éclairages théoriques auraient été souhaitables pour percevoir la richesse comme la complexité du développement durable et de la RSE, tout en donnant davantage de sens aux éléments factuels présentés aux fils de la lecture. Néanmoins, cet ouvrage a le mérite de rendre accessible la démarche du développement durable-RSE dans un format qui encourage le passage à l’action.

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