Construire un indicateur bioculturel du bien-vivre autochtone : proposition méthodologique fondée sur la sécurité humaine et l’approche One Health | Jean-Marc Berjeaud et al.

Towards a biocultural indicator of Indigenous well-being: A methodological framework grounded in human security and One Health

Résumé

Les indicateurs habituellement mobilisés pour évaluer le développement ou la qualité de vie rendent difficilement compte des conceptions autochtones du bien-vivre. Cet article propose un cadre méthodologique destiné à construire un Indicateur de Bien-Être Humain Autochtone (IBEHA). L’objectif n’est pas de produire une mesure universelle du bien-être, mais de développer un outil capable de saisir les relations qui unissent les communautés, leurs territoires et les différentes dimensions de leur existence. En mobilisant les apports de la sécurité humaine, des approches bioculturelles et du cadre One Health, l’IBEHA cherche à articuler des dimensions sociales, culturelles, environnementales, économiques et biologiques généralement étudiées séparément. La démarche repose sur la co-construction des indicateurs avec les communautés concernées et accorde une attention particulière aux questions d’autodétermination, de souveraineté des données et de gouvernance des savoirs. Les biomarqueurs (microbiote, exposomes) et les données environnementales (qualité de l’eau) ne sont pas envisagés comme des mesures directes du bien-vivre, mais comme des éléments complémentaires permettant d’éclairer certaines conditions matérielles de la sécurité humaine. L’article défend ainsi l’idée qu’une compréhension plus fine du bien-vivre autochtone suppose de prendre en compte les interdépendances entre santé humaine, santé des écosystèmes, capacités collectives et dynamiques territoriales. Au-delà du contexte amazonien, ce cadre a vocation à interroger les possibilités et les limites de la comparabilité et de la transférabilité de ces indicateurs vers d’autres contextes. En replaçant le bien-être au cœur des relations entre populations, environnements et cadres institutionnels, cet article contribue à nourrir la réflexion sur les pratiques de développement local et les politiques publiques dans une perspective de résilience socio-écologique.

Mots-clés : Bien-vivre autochtone ; Sécurité humaine ; One Health ; Autodétermination ; Indicateurs de bien-être ; Développement territorial.

Abstract

development and quality of life often fail to capture Indigenous conceptions of well-being. This article proposes a methodological framework for developing Indigenous Biocultural and Human Well-Being Attributes (IBEHA). Rather than seeking to establish a universal measure of well-being, the aim is to develop a tool capable of capturing the relationships connecting communities, their territories, and the multiple dimensions of their existence. Drawing on human security, biocultural approaches, and the One Health framework, the proposed indicator seeks to integrate social, cultural, environmental, economic, and biological dimensions that are typically examined separately. The approach is based on the co-construction of indicators with Indigenous communities, with particular attention to issues of self-determination, data sovereignty, and knowledge governance. Biomarkers (e.g., microbiome and exposome) and environmental data (e.g., water quality) are not considered direct measures of well-being but rather complementary sources of information that can help shed light on certain material conditions shaping human security. The article argues that a more comprehensive understanding of Indigenous well-being requires consideration of the interdependencies between human health, ecosystem health, collective capabilities, and territorial dynamics. Beyond the Amazonian context, the proposed framework aims to explore both the possibilities and limitations of comparing and transferring such indicators across different sociocultural and territorial contexts. By positioning well-being at the intersection of populations, environments, and institutional frameworks, this article contributes to ongoing discussions on local development practices and public policies from a socioecological resilience perspective.

Keywords: Indigenous well-being; Human security; One Health; Self-determination; Well-being indicators; Territorial development.

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