Thèse de doctorat : Explorer l’intention chez les animaux pour apporter un nouvel éclairage au bien-être | Anne-Lise Dauphiné-Morer

Thèse de doctorat en sciences cognitives, psychologie, linguistique, philosophie de la pensée, réalisée sous la direction de Muriel Mambrini-Doudet (Institut de recherche pour le développement, France), Alain Boissy (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement, France) et Franck Zenasni (Laboratoire de Psychologie et d’Ergonomie Appliquées, Université Paris Cité, Université Gustave Eiffel, France).

Introduction

Le premier cadre théorique du bien-être animal (BEA) restreignait son étude aux « besoins fondamentaux » de l’espèce (Brambell, 1965). Grâce à un travail sur la représentation qu’a la chercheuse ou le chercheur de l’espèce étudiée (Botreau, 2008 ; Despret, 2009), ce cadre a été enrichi par l’intégration du vécu subjectif de l’individu (ANSES, 2018). Des questions d’ordre biologique, méthodologique et épistémologique se posent alors : quelle(s) possibilité(s) d’accéder à ce point de vue par l’étude de la cognition (Brydges & Braithwaite, 2008), avec quels outils (Le Neindre et al., 2018) ? Les cadres théoriques actuels et les conditions d’expérimentation permettent-ils à l’observé d’exprimer ses capacités cognitives et à l’observateur de les identifier en tant que telles (De Waal & Ferrari, 2012 ; Despret, 2009) ?

Pour traiter ces questions nous avons proposé d’utiliser le concept d’intention comme outil interdisciplinaire d’exploration des cadres théoriques de l’éthologie et de la cognition elle-même. En effet, il permet de travailler le rapport de la chercheuse ou du chercheur à son objet d’étude (propriétés épistémologiques montrées par Schmid et Mambrini-Doudet, 2019). De plus, il est interdisciplinaire, l’intention est définie en psychologie comme, l’intention est définie en psychologie comme « [l’]orientation des pensées ou des comportements d’une personne » (APA Dictionary of Psychology, 2023), et en philosophie au travers de trois approches : par l’action, par les représentations mentales et enfin comme agentivité (Setiya, 2018). En éthologie, l’intention n’est pas directement définie mais est étudiée au travers de comportements spécifiques (par exemple, les actes orientés vers un but, Trösch et al., 2020).

Enfin, l’intention serait sous-jacente à de nombreuses capacités cognitives en lien avec le bien-être, comme l’attente (Ajzen, 2011) ou encore la satisfaction (Diener et al., 2009). De plus, les expressions comportementales des intentions seraient des facteurs d’impact du bien-être (Griffeth et al., 2000) tout comme la capacité d’un individu à comprendre ou à attribuer une intention à son environnement (Ryan & Deci, 2001).

Objectifs de la thèse

Ce travail posait la question de l’effet des cadres théoriques et méthodologiques existants en éthologie, de leurs limites pour capter l’éventail du répertoire cognitif des animaux non-humains (ANH) et leurs impacts sur l’étude du BEA. L’enjeu était donc de repenser les bases conceptuelles de l’étude des intentions chez les ANH pour ouvrir à de nouvelles hypothèses d’étude des capacités cognitives à travers l’intention.

Pour ce faire, nous avons développé une approche interdisciplinaire (éthologie, psychologie, épistémologie) construite en trois temps : 1) l’exploration des cadres théoriques et méthodologiques de l’étude du concept d’intention, 2) la conception d’outils interdisciplinaires d’ouverture de ces cadres et 3) l’exploration expérimentale de l’apport de ces outils sur l’étude de la cognition des ANH.

Principaux résultats

L’analyse prototypique couplée à des analyses factorielles des correspondances du premier questionnaire – basée sur une tâche d’association libre, diffusée en février 2021 auprès de 196 chercheur·e·s (Tableau 1) – a montré que les notions associées à l’étude des intentions variaient en fonction des disciplines et des espèces étudiées (humains et non-humains).

De plus, dix approches scientifiques différentes de l’étude des intentions chez les ANH ont été identifiées (Tableau 2) grâce à l’analyse du réseau de co-occurrence des mots-clés auteurs du corpus issu de l’analyse bibliométrique de la littérature scientifique (2016-2020). Toutes ces approches étaient limitées aux définitions développées pour l’humain et à un unique paradigme d’étude, celui de la communication. Pour dépasser ces limites, nous avons créé des ateliers interdisciplinaires impliquant 16 chercheur·e·s (six psychologues, cinq éthologues et cinq chercheur·e·s en sciences de gestion ou de conception). Ces ateliers ont permis d’identifier les logiques scientifiques suivies par les chercheur·e·s et deux cadres théoriques sous-jacents à l’étude des intentions chez les ANH : le déterminisme biologique – les réflexions s’articulaient autour d’oppositions (inné/acquis, etc.) et l’anthropocentrisme – l’humain comme système de référence. Nous avons aussi montré : 1) que poser l’hypothèse d’intentions non-humaines, ayant d’autres natures et formats d’expression que celles connues chez l’humain, est un outil d’ouverture des cadres théoriques actuels, 2) les conditions minimales pour poser expérimentalement cette hypothèse et 3) ses effets sur l’ensemble expérimentateur-individu étudié.

Sur cette base, nous avons développé un nouveau cadre théorique de l’étude de la cognition des ANH. Il intègre dans le processus scientifique ce qui reste inaccessible à l’expérimentateur, grâce à un outil matriciel (10×10) qui synthétise pour chacune des approches les questionnements qu’elles soulèvent, les concepts qui lui sont associés et enfin ses effets épistémologiques. Cette matrice permet de poser l’hypothèse d’intentions non-humaines.

Cette proposition théorique a été testée empiriquement dans deux études de cas : la revisite du test d’approche volontaire chez le cheval (Lansade & Bouissou, 2008) et la création d’un cadre d’analyse de vidéos d’habituation de poules à un dispositif expérimental. Ces premières expérimentations ont confirmé les effets de notre approche sur la conception scientifique en éthologie. Celle-ci a permis d’enrichir le cadre d’analyse d’un test classique en éthologie et a abouti au renversement de la logique expérimentale : un système à deux éthogrammes qui contextualisait le cadre d’analyse des résultats dans l’inconnu contenu dans l’hypothèse d’intentions non-humaines.

En parallèle, un travail exploratoire a permis de discriminer les chercheur·e·s selon deux postures : 1) l’adaptation ou non des notions associées à l’étude de l’intention en fonction de la discipline et de l’espèce étudiée et 2) le degré d’anthropocentrisme. Cependant, aucun effet épistémologique de ces postures n’a pu être montré.

Perspectives

Dans ce travail, nous avons proposé l’étude du concept d’intention pour dépasser les limitations théoriques et expérimentales actuelles de l’étude des capacités cognitives des ANH. Les différences d’appréhension du concept d’intention en fonction de la discipline et de l’espèce que nous avons identifiées pourraient résulter de l’absence de consensus philosophique (Setiya, 2018) et biologique (Le Neindre et al., 2018) sur la nature même des intentions. Cependant, lorsque cette étude est décontextualisée des champs disciplinaires et des espèces, ces différences ne sont pas retrouvées. Ainsi, nous pensons qu’elles ne sont pas l’expression de conceptualisations divergentes mais celles d’habitudes disciplinaires (épistémologiques ou méthodologiques).

Les deux ancrages théoriques identifiés durant les ateliers (le déterminisme biologique et l’anthropocentrisme), n’ont pas été explicitement exposés par les chercheur·e·s. Or, Luhrmann et al. (2012) ont mis en exergue que, lorsque les cadres théoriques desquels sont issues les définitions des concepts étudiés ne sont pas explicitement identifiés, il existe des hypothèses « cachées » à l’expérimentateur qui impactent la démarche scientifique. Nos résultats posent donc la question des effets de ces cadres sur notre capacité à considérer des formes non-humaines de cognitions.

De plus, nous avons révélé la double injonction faite à l’éthologue : faire la preuve d’intentions chez l’espèce étudiée et ce, par l’existence d’une communication intentionnelle. Cette approche découle de l’idée selon laquelle démontrer la présence d’intentions implique de discriminer les comportements intentionnels des non-intentionnels, ce qui ne serait possible qu’au travers du langage (Anscombe, 2000 ; Dennett, 2009). Or, en posant l’hypothèse d’intentions non-humaines dans l’étude de la cognition des ANH, nous proposons une nouvelle logique scientifique non logocentrée. D’abord, en intégrant l’individu étudié dans son environnement de manière dynamique, l’outil matriciel permet de questionner ce qui est signifiant pour lui sans nécessairement se rapporter au langage (Derrida, 2006). Ensuite, l’inconnu contenu dans cette hypothèse empêche de pré-conceptualiser la nature ou les formats d’expression des intentions. Elle impose ainsi un changement de la logique expérimentale : l’éthogramme est issu de l’analyse des données et devient le premier résultat. Cette démarche est en continuité des réflexions menées sur la diversité des supports neurobiologiques et des formes d’expression des capacités cognitives (Call & Tomasello, 2008). Enfin, Call et Tomasello (2008) ont montré la nécessité de considérer l’autre comme agent actif de ses comportements pour être en mesure de les comprendre comme intentionnels. Notre proposition théorique, parce qu’elle intègre les intentions des chercheur·e·s dans le processus de recherche, étend cette réflexion aux attentes des chercheur·e·s et à leurs effets sur le cadre d’analyse des comportements observés. En permettant de considérer scientifiquement une cognition non anthropocentrée, notre proposition questionne le cadre d’étude du BEA et devrait permettre d’enrichir les outils d’évaluation de celui-ci.

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#thèse

Recension de « Psychologie de l’humour : Mécanismes et impacts » de Arthur Durif Meunier (Dunod, 2024) | Laurent Sovet

L’humour et le rire occupent une place fondamentale dans la vie quotidienne et dans les interactions sociales. Ils peuvent s’appréhender comme une expérience humaine universelle prenant différentes formes et servant plusieurs fonctions. Bien que l’expression de l’humour et ses effets puissent varier selon les époques, les cultures et les individus, le rire prend une forme commune au travers d’une vocalisation si particulière qui dépasse les différences et qui apparaît dès le plus jeune âge (Mirault & Reddy, 2016 ; Sauter et al., 2010). À cet égard, l’humour et le rire fascinent. Les écrits qui tentent d’en définir l’essence ne manquent pas. Remontant à Aristote et à Platon, ils traversent le temps. Il faut tout de même attendre le 19ème siècle pour que le sens de l’humour soit reconnu comme une qualité socialement valorisée, tel que nous le connaissons aujourd’hui (Martin & Ford, 2018).

L’humour peut se définir comme « un terme vaste et multiforme qui désigne tout ce que les gens disent ou font que d’autres perçoivent comme drôle et qui a tendance à les faire rire, ainsi que les processus mentaux impliqués dans la création et la perception d’un tel stimulus amusant, et également la réponse émotionnelle de la gaieté liée à son appréciation » (Martin & Ford, 2018, p. 16). Dans une conception sociologique inspirée par Émile Durkheim, l’humour peut se concevoir comme « un système institutionnalisé et intériorisé par tous, source de croyances, aspirations et pratiques communes sur lesquelles la société exerce un pouvoir coercitif et de régulation » (Bonardi, 2009, p. 23).

Les travaux scientifiques sur l’humour connaissent une effervescence au cours du 20ème siècle, rassemblant des contributions de différentes disciplines (e.g., anthropologie, biologie, linguistique, psychologie, sociologie). Une revue scientifique dédiée à l’« humorologie » (humorology), Humor a même été éditée dès 1988 dans le but d’offrir un espace de diffusion des études consacrées à l’humour et de rassembler une communauté scientifique émergente. En 2024, cette revue existe toujours avec la publication du 37ème volume sur un rythme annuel de quatre numéros. Dans sa préface inaugurale, Victor Raskin (1988, p. 3) clôture la ligne éditoriale de la manière suivante : « Une chose à laquelle on ne doit pas s’attendre de ce journal, c’est qu’il soit drôle ». Par ses propos, il tient à souligner l’exigence portée à l’humorologie, par contraste avec son objet. Dans le même temps, il invite aux dialogues entre la recherche, la pratique et la société, pour éviter tout cloisonnement.

Par rapport aux autres disciplines, la psychologie s’est emparée de l’humour comme objet d’étude plus tardivement. Entre la première édition de leur ouvrage en 2007 et la seconde en 2018, Rod A. Martin et Thomas E. Ford ont pu observer une accélération des publications portant sur la psychologie de l’humour. Il est possible de trouver des contributions dans des branches variées qui composent cette discipline. Par exemple, Janet M. Gibson (2019) offre un panorama de la psychologie de l’humour à travers dix de ses branches (i.e., psychologie cognitive, psychologie biologique, psychologie de la personnalité, psychologie sociale, psychologie interculturelle comparée, psychologie développementale, psychologie de la santé, psychologie positive, psychologie clinique, psychologie appliquée). Il est fort probable que cette trajectoire ascendante se poursuive dans les prochaines décennies.

Dans le paysage francophone, les publications portant explicitement sur la psychologie de l’humour sont assez réduites. Curieusement, Françoise Bariaud rédige une conclusion à son article qui peut faire écho aux propos développés dans la préface de Victor Raskin (1988) : « Cerner l’organisation des processus de compréhension et de participation affective dans la réaction d’humour, tel peut être l’objectif essentiel d’une recherche qui n’aura jamais la prétention d’être drôle » (Bariaud, 1976, p. 226). Cela témoigne à nouveau du souci de l’exigence et des paradoxes de l’humorologie. Par la suite, elle publia un ouvrage dédié au développement de l’humour chez l’enfant (Bariaud, 1983). En somme, de tels ouvrages disponibles en langue française sont rares et ne permettent pas d’offrir une vue complète et actualisée de la psychologie de l’humour. Ils ne doivent pas se confondre avec des ouvrages qui décident d’utiliser l’humour pour transmettre des connaissances psychologiques au grand public (e.g., Bretelle & Muzo, 2024).

Arthur Durif Meunier est psychologue et psychothérapeute, exerçant dans une activité clinique et une activité de consultant en entreprise en France. Il réalise également des activités d’enseignement et de formations en psychologie. Son ouvrage intitulé « Psychologie de l’humour : Mécanismes et impacts » est accompagné d’une préface rédigée par Jean-Luc Bernaud, offre une contribution remarquable à la psychologie de l’humour. Prenant appui sur ses lectures personnelles, ses réflexions et sa riche expérience clinique, il met en lumière toute la profondeur, les nuances, les ambivalences, les usages mais aussi les mésusages de l’humour dans la vie quotidienne et dans les pratiques professionnelles des psychologues et psychothérapeutes (Durif Meunier, 2024, p. 11) :

« Si l’humour peut nous faire rire, nous divertir ou nous soulager, entre la dérision et l’humiliation, entre la taquinerie et le harcèlement, il n’y a qu’un pas. Ainsi, telle la poudre noire, son usage peut participer à l’embellissement de nos vies comme à l’assombrissement de notre existence. Entre le feu d’artifice et la poudre à canon, l’humour dispose d’un fabuleux pouvoir tantôt protecteur, tantôt destructeur. À vous qui êtes adeptes de l’humour, passionnés par le second degré ou simplement curieux, je vous propose d’explorer ensemble, ce qu’il a à nous dire sur l’être humain. »

L’ouvrage se décompose en trois parties. La première partie intitulée sobrement « L’humour en théorie », inclut cinq chapitres permettant successivement de saisir l’étymologie de l’humour et ses différentes interprétations (Chapitre 1, « Il était une fois l’humour »), de cerner ses recouvrements et ses nuances avec d’autres termes proches (Chapitre 2, « L’humour et son écosystème »), de comprendre les principaux mécanismes qui le caractérisent (Chapitre 3, « Vers une conceptualisation de l’humour »), de découvrir différentes théories pour modéliser sa réception et ses différentes formes (Chapitre 4, « À chacun son humour »), et de parcourir ses effets positifs et négatifs en soi et dans ses interactions (Chapitre 5, « Pourquoi faudrait-il prescrire de l’humour »). À l’issue de cette première partie, un interlude est proposé en présentant l’humour comme une caractéristique de la personnalité à partir des écrits de Rod A. Martin et al. (2003) et de Wolfgang Schmidt-Hidding (1963).

La deuxième partie conserve la même sobriété dans son intitulé avec « L’humour en pratique ». Elle est décrite en introduction comme « plus expérimentale, plus empirique et surtout bien plus pratique ». (Durif Meunier, 2024, p. 12). En effet, le Chapitre 6 « L’humour en psychothérapie, de quoi parle-t-on ? » permet de situer la place de l’humour dans trois approches (i.e., psychanalyse, psychothérapie comportementale et cognitive, psychologie positive) et les enjeux déontologiques dans son utilisation dans le cadre de ses pratiques professionnelles. Loin d’imposer l’humour comme un ingrédient indispensable à la réussite d’un accompagnement psychothérapeutique, il fournit les clés de lecture pour en faire un usage adapté en situation professionnelle. Le Chapitre 7 « L’humour comme outil pour le psychologue » apporte un éclairage ancré dans les pratiques de l’auteur sur les impacts potentiels que l’humour peut avoir en psychothérapie. Le dernier chapitre de cette partie s’intitule « L’humour dans la vie du patient » (Chapitre 8). Arthur Durif Meunier s’emploie à analyser minutieusement la manière dont les patients utilisent l’humour pour interagir avec lui et comment ces prises de parole peuvent être exploitées dans la dynamique des échanges.

La troisième et dernière partie se présente comme une postface ayant pour titre « L’humoriste est un existentialiste ». Ici, et comme cela est indiqué à plusieurs reprises, l’humoriste désigne la personne qui utilise l’humour, et non pas uniquement la personne qui exerce ce métier. Elle prend la forme d’une réflexion personnelle menée par l’auteur visant à débattre et à étayer l’hypothèse suivante : « L’humour joue un rôle essentiel en permettant à ceux qui le pratiquent de se réaliser » (Durif Meunier, 2024, p. 239). En mobilisant à la croisée de la philosophie existentialiste, de la psychologie existentielle et de son expérience clinique, il aboutit à la conclusion que l’humour peut être un « puissant vecteur de sens » (Durif Meunier, 2024, p. 265).

Tout au long de l’ouvrage, il est possible de constater le soin apporté par Arthur Durif Meunier pour rendre le contenu facile à comprendre. Les illustrations sont nombreuses, s’appuyant sur des références culturelles variées (e.g., humoristes, films, émissions télévisées) et des exemples issus de sa pratique professionnelle soigneusement sélectionnées. Il est possible notamment de (re)découvrir les fameuses punchlines adressées par Winston Churchill à Lady Astor. Les débuts et les fins de chapitre s’accompagnent souvent de rappels sur les éléments critiques à venir et à retenir. Le vocabulaire très précis (e.g., humour apollinien, humour dionysiaque) est utilisé de manière consistante à chaque page, avec parfois quelques rappels fort appréciables. Lorsque des termes s’annoncent complexes pour un lectorat non averti, des notes de page viennent apporter les éléments d’information à leur compréhension (e.g., névrose, hypervigilance, stress post-traumatique). Cela contribue à rendre la lecture accessible au plus grand nombre. Bien entendu, l’humour est au rendez-vous pour apporter des moments de légèreté voire de poésie.

Au-delà de l’humour qui occupe une place importante dans l’ouvrage, sa lecture donne à certains endroits l’impression de pénétrer dans le quotidien d’un psychologue-psychothérapeute ; de mettre un pied dans la pratique en quelque sorte. En effet, Arthur Durif Meunier prend grand soin d’expliquer ses postures, ses réflexions et ses doutes. Les illustrations s’accompagnent d’une prise de recul qui met en lumière à la fois la complexité et l’exigence de son activité professionnelle. Le Code de Déontologie des Psychologues (2021) y est men-tionné à plusieurs reprises et témoigne sa volonté d’agir dans le respect de la personne dans sa dimension psychique et de ses droits fondamentaux. Voici une citation extraite de l’ouvrage (Durif Meunier, 2024, pp. 192–193) :

« Pour que vous puissiez vous représenter ma façon de travailler, je vais vous la décrire sous une forme métaphorique. Imaginons que nous soyons dans un 4 x 4 à la découverte de votre psychisme et de son fonctionnement. Dans la mesure où vous êtes le seul expert de votre histoire, votre place est bien évidemment au volant, afin de prendre les différentes décisions qui s’imposent à vous. De mon côté, je suis à votre droite avec une carte représentant la structure théorique du psychisme humain. Mettant à votre disposition mon savoir-faire et mes observations, je partagerai avec vous ce que je comprends de votre fonctionnement. Si j’aperçois un obstacle ou si je pense que vous prenez une mauvaise direction, je n’hésiterai pas à vous le signifier. En revanche, je ne donnerai jamais de coups de volant. Autrement dit, si vous voulez rouler en marche arrière, sur la pelouse ou si vous foncez tout droit dans une rivière, je ne vous priverai jamais de votre rôle de pilote en vous disant ce que vous devriez faire. Je pourrai vous conseiller, vous guider et dans de plus rares cas vous donner mon avis si vous le souhaitez, mais ce sera à vous seul que reviendra la décision finale. » En conclusion, les effets positifs de l’humour sur des indicateurs de la santé mentale (e.g., Schneider et al., 2018 ; Stiwi & Rosendhal, 2022) et de la santé physique (e.g., Kramer & Leitao, 2023) retiennent aujourd’hui une attention particulière pour la recherche et la pratique. La place de l’humour dans les interventions psychologiques et psychothérapiques a également fait l’objet de longs débats dans la littérature scientifique (e.g., Hussong & Micucci, 2021 ; Malik, 2024). De récentes méta-analyses soulignent aussi ses effets positifs sur la réduction du stress et de l’anxiété (Sarink & García-Montes, 2023 ; Sun et al., 2023). Face à ces preuves scientifiques, l’ouvrage « Psychologie de l’humour : Mécanismes et impacts » fournit des pistes de réflexions et d’actions pour intégrer de manière éclairée l’humour dans ses pratiques professionnelles.

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#recension

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