Réduction volontaire du temps de travail conjugal en Suisse occidentale : Quelles implications pour le bien-être et la consommation durable ? | Clémentine Rossier, Marlyne Sahakian et Frédéric Minner

Voluntary reduction of couples’ working time in Western Switzerland: What are the implications for well-being and sustainable consumption?

Résumé

La réduction du temps de travail payé est l’une des solutions envisagées pour diminuer la consommation et donc l’empreinte écologique dans les pays à revenus élevés. Or, les personnes qui travaillent à plein temps ont des meilleures trajectoires de santé et de bien-être sur le long terme, et le retrait de l’emploi est l’un des moteurs de la persistance des inégalités de genre. Dans cette étude exploratoire menée fin 2018 en Suisse occidentale, nous avons conduit des entretiens approfondis auprès d’un échantillon de personnes en couple avec des charges familiales (N = 17). Dans 14 cas, les deux membres ont diminué leur temps en emploi. Nous les avons questionnés sur leur bien-être et leurs pratiques de consommation. Cette démarche nous permet d’imaginer les résultats ainsi que les limites de programmes de réduction volontaire de travail pour tous, visant à promouvoir une consommation durable tout en favorisant l’égalité de genre. Nous utilisons le cadre conceptuel des besoins humains permettant de relier l’emploi, le genre, le bien-être et la consommation durable. Nos données indiquent qu’une partie des personnes de l’échantillon jouissent d’un niveau de bien-être élevé et d’une relative égalité de genre dans la répartition du travail payé et domestique, tout en limitant leur consommation et son impact écologique. Cependant, la réduction du travail payé des deux membres du couple dépend largement de l’adoption des normes non consuméristes et est donc presque exclusivement le fait de personnes au capital culturel élevé. De plus, les inégalités de genre sont compatibles avec le bien-être, si elles sont valorisées socialement. Par ailleurs, les style de vie réellement économes en ressources naturelles ne semblent possibles que pour les personnes qui vivent dans des milieux qui offrent des options écologiques par défaut. Enfin, l’impact de ces styles de vie sur le bien-être à long terme des participants restent incertain : les couples interrogés se caractérisent par une absence de discours sur leur futur. A l’inverse, quelques personnes atypiques de l’échantillon (temps partiel conjugal adopté en fin de carrière, ou par un seul membre du couple) qui n’ont cédé à l’appel de la réduction du travail payé qu’après avoir assuré le financement de leur retraite. Nous concluons à la centralité du dispositif de politiques publiques pour viabiliser la réduction du travail pour un bien-être durable.

Mots-clés : Réduction de travail volontaire ; Égalité de genre ; Consommation durable ; Bien-être ; Besoins humains.

Abstract

Reducing paid work time is one of the solutions being considered to reduce consumption and thus the ecological footprint in high-income countries. However, people who work full-time have better long-term trajectories for health and well-being, and withdrawal from employment is one driver of persistent gender inequalities. In this exploratory study conducted in late 2018 in Western Switzerland, we conducted in-depth interviews with a sample of individuals (N=17) in couples with family responsibilities; in 14 cases, both members decreased their time in employment. We asked them about their well-being and their consumption practices. This material helps us to imagine the outcomes and limitations of voluntary work reduction programs for all, aimed at promoting sustainable consumption while promoting gender equality. We use the conceptual framework of human needs to link employment, gender, well-being, and sustainable consumption. Our data indicate that a portion of the sample enjoys a high level of well-being and relative gender equality in the distribution of paid and domestic work, while limiting their consumption and the ecological impact thereof. However, the reduction of paid work by both members of the couple depends largely on the adoption of non-consumerist norms and is therefore almost exclusively the work of people with high cultural capital. Moreover, gender inequalities are compatible with well-being, if they are socially valued. Furthermore, truly resource-efficient lifestyles seem to be possible only for people who live in environments that offer ecological options by default. Finally, the impact of these lifestyles on the long-term well-being of the participants remains uncertain: the couples interviewed are characterized by an absence of discourse on their future, in contrast to the few atypical individuals in the sample (part-time work adopted at the end of their career by both members, or by only one member, of the couple) who only followed the call to reduce paid work after securing their retirement finances. We conclude that the public policy system is central to making work reduction viable for sustainable well-being.

Keywords: Voluntary work reduction; Gender equality; Sustainable consumption; Well-being; Human needs.

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