Dans un contexte où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) comme le développement durable sont des sujets de préoccupation pour les organisations, l’ouvrage « La boîte à outils du Développement Durable et de la RSE » offre une analyse méthodique de ces notions. Les auteurs – Vincent Maymo, docteur en sciences de gestion et maître de conférences à l’IAE de Bordeaux et Geoffroy Murat, entrepreneur, chercheur et titulaire d’un doctorat en éthique et dirigeant de la société de services en développement durable Nicomak – partagent leurs expertises au travers de neuf dossiers thématiques et de cinquante-trois fiches opérationnelles. Dans cet ouvrage, le développement durable comme la RSE (notions utilisées indistinctement) renvoient à une réalité aux enjeux multiples de nature économiques, sociétaux et environnementaux. Au centre de la démarche RSE, le dialogue avec les parties prenantes est particulièrement détaillé pour tendre vers une performance durable des organisations.
Le premier dossier aborde les quatre principaux enjeux du développement durable. Les auteurs débutent par l’enjeu du positionnement stratégique, où une démarche RSE permet de s’implanter durablement sur un marché (outil 1) et d’asseoir le positionnement de son organisation (outil 2). Par la suite, les auteurs ancrent dans une perspective durable l’enjeu de la gestion des risques et la réduction des coûts au travers de l’outil du « cost-killing » responsable (outil 3) et de « la matrice durable » (outil 4). Autre enjeu majeur de la RSE, la gestion de la réputation d’une organisation est détaillée au travers d’un outil permettant de réaliser un suivi réputationnel au quotidien et en situation de crise (outil 5). L’établissement d’une culture d’entreprise forte, est le dernier enjeu de la RSE présenté au travers d’une fiche opérationnelle visant à prioriser les actions selon les perceptions des parties prenantes (outil 6) et par l’utilisation d’une charte des valeurs (outil 7) indispensable pour identifier des repères durables dans les entreprises.
Au sein du deuxième dossier, les auteurs évoquent au travers de trois sujets clés, l’importance de l’appropriation de la démarche RSE par son organisation. Le premier sujet aborde le positionnement éthique de son entreprise par le biais du triptyque éthique (Held, 2004). Le deuxième sujet est celui de la considération des attentes des parties prenantes. Véritable point d’orgue dans la démarche RSE, les outils de cartographie (outil 9) et d’analyse (outil 10) guident le lectorat dans la compréhension des comportements des parties prenantes. Le dernier sujet aide à formaliser un modèle d’engagement RSE adapté à son organisation. Pour ce faire, les auteurs adressent trois outils permettant de positionner son organisation face à la concurrence internationale (outil 11), de cibler son niveau d’engagement RSE (outil 12) et de rester en vigilance sur la compréhension des logiques des parties prenantes (outil 13).
Le troisième dossier aborde le lien entre la RSE et le management au travers de plusieurs actions permettant d’améliorer l’implication des collaborateurs et collaboratrices. Les deux premiers outils préconisent l’utilisation d’un baromètre du bien-être au travail (outil 14) et d’une méthode de gestion du stress au travail (outil 15) selon le modèle de Karasek et al. (1989). Les auteurs évoquent également l’importance de la RSE pour manager par le sens, au travers la mise en place d’un indicateur de sens (outil 16) et en soutenant la créativité et l’innovation au sein du collectif de travail (outil 17). Les dernières fiches opérationnelles présentent la RSE comme un outil de recrutement (outil 19) permettant d’attirer et de fidéliser les talents (outil 18).
Le quatrième dossier présente six outils méthodologiques pour organiser le pilotage d’une démarche RSE. L’outil 20 propose des actions concrètes pour établir un dialogue avec les parties prenantes. Les outils 21 et 22 permettent de spécifier le périmètre que souhaite couvrir l’organisation avec sa démarche RSE. L’outil 23 consiste à rendre visible les apports de la RSE par le biais d’une cartographie de la chaîne de valeur (Michael & Kramer, 2006). Enfin, les outils 24 et 25 aident les lecteurs à structurer et maintenir le dialogue avec les parties prenantes.
Au sein du cinquième dossier, les auteurs abordent la thématique de la communication des actions RSE. Pour communiquer efficacement, les auteurs conseillent de se positionner par rapport au cadre normatif. Autrement dit de s’approprier les référentiels de développement durable (outil 26) pour pouvoir organiser son reporting et sa communication (outil 27). Pour éviter que la RSE soit perçue avec méfiance, les auteurs rappellent l’importance de communiquer en engageant les parties prenantes (outils 28 et 29). Enfin, le lectorat est invité à suivre de manière continue l’actualité de la RSE, en participant à des événements (outil 30) et en réalisant une politique de veille (outil 31).
Le sixième dossier appréhende le développement durable comme un outil stratégique pour le service des ressources humaines. Dans cette visée, la RSE est envisagée tel un avantage compétitif mobilisable dans les actions de recrutement, d’intégration, d’exploitation et d’exploration des talents (outil 32, d’après Mirales, 2007), et notamment auprès des générations Y (outil 35). Véritable outil attractif, la RSE est également un moyen de fidéliser les collaborateurs et de lutter contre le turn-over (outil 34) mais aussi de mobiliser les managers, acteurs clés dans la démarche. À ce propos, les auteurs conseillent d’interroger les perceptions des managers et de les impliquer dans la démarche RSE (outils 36 et 37). Enfin, la RSE est envisagée comme un moyen de renforcer la qualité de services clients (outil 33).
Au sein du septième dossier est présenté l’étape indispensable pour intégrer la RSE au sein de la stratégie globale de l’entreprise : l’évaluation de la démarche. Pour ce faire, les auteurs guident le lectorat au travers de quatre fiches opérationnelles permettant d’établir les indicateurs RSE (outil 38), d’organiser des tableaux de bord stratégiques (outils 39 et 40) et de conserver un regard critique sur le projet afin de respecter les missions initiales : avoir un impact sociétal et un impact économique (outil 41).
Le huitième dossier aborde la thématique de l’adhésion à un référentiel de développement durable. Dans un premier temps, les auteurs évoquent la gestion de la conformité (compliance) à laquelle doivent répondre les organisations (outil 42). Dans un second temps, plusieurs référentiels sont proposés dont le référentiel Global Reporting Initiative (GRI, outil 43) ou la norme ISO 26000 (outil 45). L’importance pour les organisations de communiquer sur le sujet des référentiels afin de pouvoir piloter la performance par ce biais est particulièrement soulignée (outil 44). Enfin, les deux derniers outils évoquent la certification environnementale au travers de plusieurs référentiels (outil 46) et du cas particulier de la maîtrise de son impact carbone (outil 47).
Le neuvième et dernier dossier aborde la thématique de la finance. L’outil 48 démontre le lien entre les marchés financiers et les enjeux RSE. Les outils 49 et 50 évoquent quant eux, la notation extra-financière des entreprises, particulièrement sur les critères Environnement-Social-Gouvernance (ESG). Enfin, les auteurs clôturent cet ouvrage par une analyse de l’Investissement Socialement Responsable (ISR, outils 51, 52 et 53). En somme, cet ouvrage offre une vision très opérationnelle du développement durable et de la RSE. Un « livre-outil » intéressant pour tout professionnel qui souhaite avoir des connaissances appliquées sur ces notions. Les cas d’entreprise et les exemples concrets illustrent bien les éléments factuels, il peut être dommageable de ne pas en avoir davantage. Enfin, il est à mentionner qu’un apport théorique plus conséquent aurait permis aux lecteurs d’avoir une compréhension plus étoffée sur certaines notions et outils clés. Dès le début de l’ouvrage, il aurait été intéressant d’aborder davantage l’association de la notion de « développement durable » avec la « responsabilité sociale des entreprises ». Une mise en lumière des enjeux et des limites de ces notions et de leurs assimilations aurait apporté au lectorat une meilleure compréhension de leur usage interchangeable dans l’ouvrage. En d’autres termes, ces éclairages théoriques auraient été souhaitables pour percevoir la richesse comme la complexité du développement durable et de la RSE, tout en donnant davantage de sens aux éléments factuels présentés aux fils de la lecture. Néanmoins, cet ouvrage a le mérite de rendre accessible la démarche du développement durable-RSE dans un format qui encourage le passage à l’action.